Affaire du burkini : Entre polémique inutile et confusions inquiétantes

Ces derniers jours, l’actualité française a été marquée par une nouvelle polémique concernant le « burkini ». Ces tenues de plage, que certains jugent trop connotées religieusement, ont été interdites par plusieurs maires au nom de la « laïcité ».

Au delà de l’affaire elle-même, cette polémique révèle plusieurs problèmes de fond sur lesquels j’aimerais revenir.

Salafisme et burkini

Tout d’abord, commençons par évoquer une confusion grotesque qui a tout récemment reçu un grand coup de publicité dans un des trois principaux quotidiens français. Dans une tribune du 17 août parue dans le journal Libération, Aalam Wassef nous explique très sérieusement que le « burkini » est une arme des salafistes et des wahhabites pour répandre leurs idées.

Problème ? Les salafistes et Les wahhabites sont farouchement opposés au burkini qu’ils jugent contraire à la sharia.

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D’un point de vue musulman, le burkini peut au moins poser deux problèmes. Tout d’abord, les salafistes estiment que le burkini en lui-même met trop en valeur les formes féminines. Par conséquent, plusieurs imams salafistes ont émis des fatwas pour déclarer le burkini haram (=illicite) bien avant son interdiction par certains maires.

De plus, au-delà même des salafistes, d’autres musulmans sont aussi opposés au burkini car celui-ci permet à celles qui le portent d’aller dans des « espaces de nudité », ce qui est aussi interdit. En effet, si les femmes portant le burkini sont habillées, en allant sur la plage, elles entrent en contact avec d’autres personnes que l’éthique musulmane traditionnelle juge trop dévêtues.

J’insiste là-dessus, car il faut bien comprendre que les musulmans les plus rigoristes n’acceptent pas le burkini. Présenter ce vêtement comme une arme de conquête des islamistes est donc un contresens total.

Enfin, pour terminer ce premier point, je souhaite aussi signaler que l’amalgame entre « burqa » et « burkini » est, aux yeux de la loi, injustifié. En effet, en France la burqa n’est pas interdite au nom de la laïcité, mais en vertu d’un principe de sécurité, puisqu’on ne peut pas cacher son identité dans l’espace public. Cela m’amène à mon deuxième point.

Burkini et laïcité

Le deuxième point dérangeant est le recours à la laïcité pour interdire le burkini. En soit l’interdiction de cette tenue n’est pas nouvelle, puisque certains pays musulmans l’ont aussi interdite pour différentes raisons :

InterdictionBurkiniPaysMusulmans

Ce qui est en revanche problématique, c’est d’invoquer la laïcité pour justifier cette interdiction. En effet, la laïcité, selon la loi de 1905, prône très exactement le contraire.

Assimiler la laïcité à une interdiction de manifester ses convictions religieuses dans l’espace public, c’est aller à l’encontre de l’esprit et de la lettre de la loi de 1905.

Que certains citoyens aient cette fausse idée, c’est embêtant. Que des politiques haut-placés, comme Aurélie Filippetti, contribuent à cette désinformation, c’est bien plus inquiétant.

La laïcité, selon la loi de 1905, ne confine absolument pas la religion à la sphère privée comme cela est malheureusement trop souvent répété. Au contraire, cette loi garantit la neutralité de l’Etat pour permettre à chacun de pratiquer librement sa religion, y compris dans l’espace public, avec comme seule limite, le respect des autres.

Militantisme ou vie de famille ?

Enfin, dérive inquiétante, lorsque dans un autre grand quotidien national, un professeur des universités publie une tribune qui assimile toutes les porteuses du burkini à des militantes politiques :

« Les femmes qui portent des vêtements de bain islamiques sont des militantes de la conquête de notre pays par un groupe humain porteur d’une civilisation antagoniste. Cet été, les plages sont la nouvelle partie de notre territoire que visent à s’approprier les islamistes. »

Plage Belle époque

Il y a cent ans, les Français et les Françaises allaient à la plage tout habillés. Aujourd’hui, les mœurs ont évolué et ont préfère le bikini. Personnellement, je n’ai rien contre le bikini. On est sans aucun doute plus à l’aise à la plage en bikini qu’en costume cravate. Mais si d’autres personnes veulent profiter de la plage et de la mer tout en restant plus habillées, en quoi cela nous dérange-t-il ?

Beaucoup de femmes musulmanes ne pouvaient pas aller à la plage car les maillots de bain « classiques » étaient jugés trop indécents. Le burkini a été inventé pour résoudre ce problème. C’est donc avant tout, et contrairement à ce que l’on entend couramment, une tentative de compromis entre une éthique traditionnelle et une activité moderne. Tout le contraire du « jihadisme culturel » annoncé par certains.

Conclusion

En conclusion, je dirais que croire qu’on lutte contre le terrorisme, ou le « fanatisme », en empêchant quelques mères de familles d’accompagner leurs enfants à la plage, me semble plus un aveu d’impuissance qu’autre chose.

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A propos David Vincent 300 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.