Apocalypse 17 et 18 : La grande prostituée et la Bête (1re partie)

Je continue l’examen de différentes prophéties bibliques en abordant cette fois les chapitres 17 et 18 de l’Apocalypse. Le texte étant un peu long, je ne le recopierai pas. Je vous conseille toutefois de le lire une fois avant de commencer la lecture de cet article.

La question clef de ce passage est l’identification des deux protagonistes principaux : la grande prostituée et la bête.

Pour éviter le suspens, je vous dévoile dès maintenant l’hypothèse que je développerai dans cet article : la grande prostituée représente la Jérusalem hérodienne, tandis que la Bête représente la dynastie julio-claudienne.

Beaucoup de commentateurs identifient la grande prostituée, aussi appelée Babylone, à Rome. Je commencerai donc par montrer pourquoi la description s’applique beaucoup mieux à Jérusalem.

Pierre et Babylone

Avant d’aborder l’Apocalypse, j’évoquerai brièvement un premier verset. En effet, le terme de Babylone est aussi utilisé dans un autre passage du Nouveau Testament. Même si cela ne veut pas forcément dire qu’il a le même sens dans ces deux passages, je pense qu’il n’est pas inintéressant de l’examiner.

A la fin de sa première épître, l’apôtre Pierre termine en présentant les salutations de l’Eglise de Babylone : « L’Eglise des élus qui est à Babylone vous salue, ainsi que Marc, mon fils. » 1 Pierre 5:13.

Quelle est cette ville que Pierre appelle « Babylone » ?

La plupart des commentateurs, y voient Rome. Mais il y a en tout quatre possibilités qui se divisent en deux catégories : deux littérales et deux métaphoriques :

  1. Babylone de Mésopotoamie. La Babylone historique
  2. Babylone d’Egypte. C’est l’hypothèse retenue par la tradition copte
  3. Rome. C’est l’hypothèse la plus couramment retenue dans la tradition occidentale.
  4. Jérusalem

De mon côté, c’est cette dernière identification que je privilégie.

Erezt Israel et Houtz la-Aretz

Il est tout d’abord important, pour étudier cette épître, de se rappeler que c’est un hébreu qui l’a écrite. Derrière les mots grecs se cachent donc des notions hébraïques.

Au premier verset, nous voyons un petit détail auquel nous ne faisons souvent pas attention : « Pierre, apôtre de Jésus-Christ, à ceux qui sont étrangers et dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie ».

L’emploi par Pierre du terme  de « dispersés » ne veut pas dire grand-chose pour nous. On pense simplement à des gens qui sont repartis un peu partout dans le monde. En réalité derrière ce terme grec se cache une notion fondamentale de la pensée des Judéens de l’époque (et encore aujourd’hui des juifs), la distinction entre « Eretz Israel » et « Houtz la-Aretz », c’est-à-dire, la distinction entre les Judéens qui vivent en Terre d’Israel (Eretz Israel) et ceux qui vivent à l’extérieur (Houtz la-Aretz).

Le fait que Pierre emploie ce terme invite donc à penser que, par opposition aux « dispersés », lui-même se trouve en Terre d’Israel.

Cette hypothèse peut être appuyée par un passage parallèle. En effet, si on compare les différentes introductions des épîtres, on remarque que c’est l’Epître de Jacques qui ressemble le plus à la première épître de Pierre : « Jacques, serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ, aux douze tribus qui sont dans la dispersion, salut! ».

Là encore nous retrouvons cette idée de « dispersion », qui renvoie au concept Eretz Israel/ Houtz la-Aretz. Or, pour l’Epître de Jacques, il n’y a aucun doute possible sur son lieu d’origine. Jacques était  le responsable de l’Eglise de Jérusalem (Actes 15 / Actes 21) et aucun témoignage historique n’indique un quelconque départ de cette ville. Bien au contraire, Flavius Josèphe rapporte qu’il est mort à Jérusalem.

Babylone dans l’Apocalypse

J’en viens maintenant à la Babylone de l’Apocalypse et je vous propose de comparer la description proposée par Jean avec différents passages des Ecritures. Dans le prochain article, je compléterai l’étude par quelques textes tirés des auteurs contemporains (Philon d’Alexandrie et Flavius Josèphe).

Dans l’Apocalypse, Babylone est mentionnée 6 fois. Elle apparaît pour la première fois au chapitre 14 et pour la dernière fois au chapitre 18. Relevons les principales caractéristiques de cette ville :

Premier passage : « Et un autre, un second ange suivit, en disant: Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande, qui a abreuvé toutes les nations du vin de la fureur de sa prostitution (porneia) » Apocalypse 14:8

Deuxième passage : « Sur son front était écrit un nom, un mystère: Babylone la grande, mère des prostituées et des abominations de la terre. Et je vis cette femme ivre du sang des saints et du sang des témoins de Jésus. Et, en la voyant, je fus saisi d’un grand étonnement. » Apocalypse 17 : 5-6

Troisième passage : « Et il me dit: Les eaux que tu as vues, sur lesquelles la prostituée est assise, ce sont des peuples, des foules, des nations, et des langues. » Apocalypse 17 : 15

Quatrième passage : « Et la femme que tu as vue, c’est la grande ville qui a la royauté sur les rois de la terre. » Apocalypse 17 : 18

Résumons les caractéristiques :

-Babylone est une prostituée

-Elle est coupable d’avoir répandu le sang des « saints et des prophètes » et sera jugée pour cela

-Elle est assise sur une foule de nations

-Elle a la royauté sur les rois de la Terre

Regardons maintenant, à partir des Ecritures, qui est concerné par ces différents critères.

Apocalypse 17 et 18 (2)

La prostitution (porneia)

Dans la Bible, la prostitution a deux sens : un sens littéral et un sens spirituel. Dans ce second cas il désigne l’infidélité envers Dieu et c’est bien sûr ce sens qui nous intéresse ici. Concernant ce second sens, il faut constater qu’il renvoie prioritairement au peuple de Dieu, Israël et Juda. On peut bien sûr penser au livre d’Osée, mais la plupart des grands prophètes (Esaïe, Ezéchiel et Jérémie) y font aussi référence.

Le meurtre des saints et des prophètes et son jugement

Pour ce deuxième reproche, ce sont sans aucun doute les paroles de Jésus qui sont les plus éclairantes :

« Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu! » Matthieu 23 : 37

« Mais il faut que je marche aujourd’hui, demain, et le jour suivant; car il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem. » Luc 13 : 33

« C’est pourquoi la sagesse de Dieu a dit: Je leur enverrai des prophètes et des apôtres; ils tueront les uns et persécuteront les autres,   afin qu’il soit demandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la création du monde,  depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie, tué entre l’autel et le temple; oui, je vous le dis, il en sera demandé compte à cette génération. » Luc 11 : 49-51

Une foule de nations

Lors des grandes fêtes, les Judéens dispersés dans le monde entier se retrouvaient à Jérusalem. A ceux-ci se joignaient aussi des prosélytes, c’est à-dire des païens qui reconnaissaient que le Dieu d’Israël était le vrai Dieu :

« Or, il y avait en séjour à Jérusalem des Judéens, hommes pieux, de toutes les nations qui sont sous le ciel. Au bruit qui eut lieu, la multitude accourut, et elle fut confondue parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. Ils étaient tous dans l’étonnement et la surprise, et ils se disaient les uns aux autres: Voici, ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens?   Et comment les entendons-nous dans notre propre langue à chacun, dans notre langue maternelle?  Parthes, Mèdes, Elamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont, l’Asie, la Phrygie, la Pamphylie, l’Egypte, le territoire de la Libye voisine de Cyrène, et ceux qui sont venus de Rome, Juifs et prosélytes,  Crétois et Arabes, comment les entendons-nous parler dans nos langues des merveilles de Dieu?  Ils étaient tous dans l’étonnement, et, ne sachant que penser, ils se disaient les uns aux autres: Que veut dire ceci?  Mais d’autres se moquaient, et disaient: Ils sont pleins de vin doux. » Actes des apôtres 2 : 5-13

La royauté sur les rois de la Terre

Jérusalem a la royauté sur les rois de la Terre tout simplement parce qu’elle est la ville du « Grand Roi », mais aussi parce que les Judéens qui étaient répandus sur toute la Terre, la reconnaissaient comme leur Mère.

« Car l’Eternel, le Très-Haut, est redoutable, Il est un grand roi sur toute la terre. » Psaume 47:2

« Belle est la colline, joie de toute la terre, la montagne de Sion; Le côté septentrional, c’est la ville du grand roi. » Psaume 48:2

«Mais moi, je vous dis de ne jurer aucunement, ni par le ciel, parce que c’est le trône de Dieu, ni par la terre, parce que c’est son marchepied; ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi. » Matthieu 5:35

Conclusion

Dans cet article, nous avons pu voir que la grande prostituée, appelée aussi Babylone, était la Jérusalem hérodienne. Dans le prochain article, je proposerai un commentaire de ces deux chapitres et j’apporterai quelques éléments historiques afin de montrer en quoi consistait sa prostitution et pourquoi la Bête doit être identifiée avec la Rome dirigée par la dynastie julio-claudienne.

Articles liés

Sommaire de la série :

Les chrétiens et la fin du monde

Article précédent :

Matthieu 24 : La destruction du Temple et la fin de l’Ancienne Alliance

Article suivant :

Apocalypse 17 et 18 : La grande prostituée et la Bête (2e partie)

A propos David Vincent 221 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.
  • Cette vision des choses me semble un peu courte : l’interprétation spirituelle prend du recul par rapport aux périodes ponctuelles de l’Histoire, les englobe – au contraire, l’interprétation particulière de la Bible ne sera valable que pour une époque, et/ou un groupe de personnes, et/ou un lieu, etc.

    Pense au nombre de fois où il a été dit : « tel empereur est l’antichrist », « tel dictateur est l’antichrist », « tel personnage est l’antichrist ». Une fois cette personne disparue, on oublie et 40 ans plus tard on recommence. Idem pour les « signes des temps » annonciateurs de « la fin du monde », « Babylone », etc.

    Alors qu’une interprétation spirituelle de la Bible sera valable à toute époque, en tout lieu, pour toute culture, pour toute personne, etc. En fait, elle te concerne toi, ici, maintenant.

    Et c’est là le miracle de cet outil merveilleux qu’est l’interprétation spirituelle : loin d’être un exercice intellectuel dans les nuages, elle est au contraire concrète, pour toi, où tu es en ce moment.

    Compare avec l’explication des chapitres 17 & 18 :
    http://livre-de-l-apocalypse.blogspot.com/

  • Pingback: Les trois raisons pour lesquelles Jésus n'est pas revenu... et ne reviendra pas tout de suite - Didascale()

  • @ BibleÉtude :

    Je ne suis pas très calé en herméneutique (quoique je compte m’y mettre bientôt), et j’ignore à quoi vous référez exactement quand vous insistez sur « l’interprétation spirituelle », mais il me semble que l’approche de David Vincent en eschatologie est inattaquable : il replace les textes dans leur contexte historiques avec leurs destinataires originaux au lieu d’utiliser la Bible comme une boule de cristal et de faire du « newspaper exegesis » en s’excitant chaque fois que ça brasse un peu au Moyen-Orient.

  • alexandre jerus

    Rien qu’à voir tous ceux qui vont à Rome pour recevoir la Bénédiction du pape et de son aval, il ne faut pas aller chercher loin. Un état qui a pouvoir sur les autres à travers ses adeptes et qui va disparaître.