Buts et fonctions du mariage

Pour continuer cette série d’articles sur le mariage d’un point de vue chrétien, je vous propose maintenant de réfléchir aux fonctions ou aux buts du mariage. Je commencerai par évoquer les deux buts « historiques », c’est-à-dire ceux invoqués traditionnellement par l’Eglise, puis je vous proposerai ma propre réflexion sur le sujet, ce qui conduira à évoquer la question délicate des mariages mixtes (chrétien/non-chrétien).

Les buts du mariage

La procréation

Historiquement, l’Eglise, de l’Antiquité jusqu’à l’époque contemporaine, a toujours tenu pour suspectes les relations sexuelles. De fait, cela la mettait dans une position quelque peu délicate. Tout en étant obligée de défendre le mariage contre les hérétiques qui le combattaient (manichéens ou cathares par exemple), l’Eglise était elle-même enclin à partager, de façon plus modérée, les opinions auxquelles elle s’opposait.

Dans ce contexte, le but premier du mariage était la procréation. C’est en effet pour cette seule raison que la sexualité pouvait être acceptée. Les théologiens s’appuyaient notamment sur le commandement de Dieu : « Soyez féconds, multipliez, et remplissez la terre. » (Genèse 1 : 28 et 9 : 1)

Les Pères de l’Eglise les plus rigoristes, comme Clément d’Alexandrie, ont même fait de la procréation la seule finalité des rapports sexuels. Par conséquent, tous les rapports qui ne pouvaient pas déboucher sur la procréation étaient donc formellement interdits et considérés comme des péchés. Cela impliquait par exemple qu’une femme ne pouvait plus avoir de sexualité après sa ménopause. Cette position extrême n’a cependant pas été acceptée officiellement.

La concupiscence

Le deuxième but du mariage était d’éviter le péché. Comme nous l’avons vu, les Pères de l’Eglise considéraient la continence absolue comme l’idéal. Toutefois, ils étaient bien conscients qu’imposer cela à l’ensemble des fidèles était trop dur. Le mariage était donc perçu comme une béquille : à défaut de pouvoir complètement éliminer la sexualité, mieux valait la réguler et l’encadrer.

Une telle opinion heurte certainement l’idée courante que les chrétiens se font du mariage aujourd’hui. Pourtant, je pense que cette opinion était aussi celle de l’apôtre Paul :

« Pour ce qui concerne les choses dont vous m’avez écrit, je pense qu’il est bon pour l’homme de ne point toucher de femme.  Toutefois, pour éviter l’impudicité, que chacun ait sa femme, et que chaque femme ait son mari. […] Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi [NDLR : c’est-à-dire célibataire]; mais chacun tient de Dieu un don particulier, l’un d’une manière, l’autre d’une autre. A ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, je dis qu’il leur est bon de rester comme moi. Mais s’ils manquent de continence, qu’ils se marient; car il vaut mieux se marier que de brûler. » 1 Corinthiens 7 : 1-9

Dans ce passage, l’apôtre Paul est très clair. Pour lui, la virginité est ce qu’il y a de mieux, puisqu’il est « bon » pour l’homme de ne pas toucher de femme et l’apôtre souhaite que tous « fussent comme lui », c’est-à-dire célibataire. Toutefois, il reconnaît que cela n’est pas simple. Rester continent est un « don particulier » et il ne veut pas imposer le célibat à tous. Pour éviter de « brûler », mieux vaut donc se marier. Même si cette idée peut déranger, il faut bien admettre que Paul voyait le mariage comme un moyen d’éviter le péché : à défaut de pouvoir s’abstenir totalement des relations sexuelles, ce que souhaiterait l’apôtre, mieux vaut les canaliser.

Toutefois, la pensée de l’apôtre Paul à l’égard du mariage ne doit pas être réduite à cette simple considération et nous verrons ensuite qu’il propose une vision plus positive.

Et aujourd’hui ?

Que peut-on dire de ces deux buts « historiques »?

Même si une descendance physique est souhaitable et que j’apprécie les familles nombreuses, il ne me semble pas que l’on puisse se référer à ce commandement (« Multipliez-vous ») pour faire de la procréation le but principal du mariage. D’une part, parce que nous sommes actuellement dans la Nouvelle Alliance et plus qu’une descendance physique, nous devons avant tout rechercher une descendance spirituelle. L’une n’excluant pas l’autre. D’autre part, il faut aussi replacer ce commandement dans son contexte et on peut estimer qu’avec plus de six milliards d’individus l’ordre de Dieu, « soyez féconds et multipliez vous », a bien été entendu.

Concernant le deuxième motif, la concupiscence, mieux vaut être modeste et reconnaître qu’effectivement la volonté du mariage est aussi motivée par le désir de sexualité et mieux vaut l’accepter honnêtement plutôt que de se vouloir plus spirituel que l’apôtre et nier cela. Cependant peut-on réduire le mariage à cela ?

Le foyer chrétien et l’Eglise

A plusieurs reprises, j’ai déjà eu l’occasion de montrer que l’individualisme et la volonté d’indépendance étaient la source du péché. Au contraire, Dieu, veut que nous agissions en tant que corps. C’est le principe de l’Eglise (littéralement « l’assemblée »). C’est au contact des autres, et notamment des autres chrétiens, que nous pouvons être façonnés par l’Esprit.

L’Eglise existe à différents niveaux et le foyer en est justement la cellule de base. Se marier c’est donc déjà fonder une nouvelle cellule de l’Eglise. Cette cellule, qui est la plus petite, est aussi peut-être une des plus importantes. En effet, c’est elle que nous fréquentons constamment et c’est là où nous sommes vraiment formés. Lorsque nous voyons des personnes quelques heures par semaine, le dimanche matin par exemple, il est très facile « d’enfiler un masque » pour jouer le rôle d’un bon chrétien. Mais lorsque nous vivons continuellement avec elles, ce n’est plus possible et notre vraie nature se dévoile. C’est dans ces conditions que nous pouvons réellement voir où nous en sommes. Se marier, c’est donc aussi, et avant tout dirais-je, emprunter un chemin de sanctification.

Buts et fonctions du mariage 2

Les mariages mixtes

Cette réflexion pose directement le problème des mariages mixtes, c’est-à-dire des mariages entre chrétien et non-chrétien. Pour poser la question simplement : un chrétien peut-il se marier avec une non-chrétienne ou inversement une chrétienne peut-elle se marier avec un non-chrétien ?

Ma dernière constatation répond déjà à la question : un foyer chrétien ne peut réellement fonctionner que s’il est composé de deux chrétiens. Une « Eglise » avec un seul membre n’a aucun sens. Cependant, j’aimerais développer un peu plus cette idée. En effet, plusieurs fois des personnes m’ont demandé des « preuves bibliques » de cela. J’ai cependant pu remarquer que cette question était bien souvent piégée, car la plupart des personnes qui la posaient avaient déjà fait leur choix et voulaient simplement « une caution ».

Les mariages mixtes sous l’Ancienne Alliance

Dans l’Ancien Testament, les mariages mixtes étaient très clairement condamnés car ils risquaient de conduire le peuple à l’idolâtrie. Un exemple célèbre est fourni avec le roi Salomon qui, malgré sa sagesse, a fini bien tristement :

« Le roi Salomon aima beaucoup de femmes étrangères, outre la fille de Pharaon: des Moabites, des Ammonites, des Edomites, des Sidoniennes, des Héthiennes, appartenant aux nations dont l’Eternel avait dit aux enfants d’Israël: Vous n’irez point chez elles, et elles ne viendront point chez vous; elles tourneraient certainement vos coeurs du côté de leurs dieux. Ce fut à ces nations que s’attacha Salomon, entraîné par l’amour. Il eut sept cents princesses pour femmes et trois cents concubines; et ses femmes détournèrent son coeur. A l’époque de la vieillesse de Salomon, ses femmes inclinèrent son coeur vers d’autres dieux; et son coeur ne fut point tout entier à l’Eternel, son Dieu, comme l’avait été le coeur de David, son père.  Salomon alla après Astarté, divinité des Sidoniens, et après Milcom, l’abomination des Ammonites. Et Salomon fit ce qui est mal aux yeux de l’Eternel, et il ne suivit point pleinement l’Eternel, comme David, son père. Alors Salomon bâtit sur la montagne qui est en face de Jérusalem un haut lieu pour Kemosch, l’abomination de Moab, et pour Moloc, l’abomination des fils d’Ammon. Et il fit ainsi pour toutes ses femmes étrangères, qui offraient des parfums et des sacrifices à leurs dieux. » 1 Rois 11 : 1-8

L’opinion de l’apôtre

Venons en maintenant à l’opinion de l’apôtre Paul :« Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger. » 2 Corinthiens 6 : 14

Signalons que le contexte ne parle pas explicitement du mariage et que cette recommandation peut être valable dans de très nombreux cas. Cependant, c’est bien au mariage que s’applique le mieux la métaphore du joug. Un joug est une pièce de bois qui unit deux bêtes et les force à marcher ensemble. Quelle situation, autre que le mariage, pourrait mieux correspondre à cette description ?

De plus, une fois marié, notre propre corps ne nous appartient plus. En nous mariant avec un non-chrétien, nous donnons donc notre corps à un étranger.

« La femme n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est le mari; et pareillement, le mari n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est la femme. » 1 Corinthiens 7:4

Considérations pratiques

Au delà de cette réflexion, il me semble aussi que quelques considérations pragmatiques doivent être pris en compte. Un mariage ne peut fonctionner que si des personnes ont un but commun dans la vie. Or, pour un chrétien le but premier devrait être d’apprendre à mieux connaître Dieu. Un tel but peut difficilement être partagé par un non-chrétien et par conséquent cela risque, à plus ou moins long terme de créer des tensions.

Le mystère du mariage 

Toutefois, il est important se rappeler que la Bible n’a pas vocation à être un livre de règles qui nous dicterait pour chaque cas notre conduite. Plutôt que de chercher des versets qui interdiraient ou autoriseraient ces pratiques, il me semble plus intéressant de réfléchir au sens même du mariage.

L’apôtre Paul parle du mariage comme d’un mystère révélant les relations entre Christ et l’Eglise :

« C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ce mystère est grand; je dis cela par rapport à Christ et à l’Eglise. » Ephésiens 5 : 31-32

Conclusion

Pour conclure cet article, je vous propose de retenir quelques points clefs :

  1. Concernant les buts du mariage, historiquement, l’Eglise a surtout insisté sur la procréation et la protection contre la concupiscence et n’a pas toujours eu une position biblique et équilibrée sur le sujet.
  2. Même si à titre personnel j’apprécie les familles nombreuses, je pense que la sexualité n’est pas nécessairement liée à la procréation et que la contraception (« naturelle » ou artificielle) n’est donc pas un péché. Avec plus de six milliards d’individus, le commandement « multipliez-vous » a largement été accompli.
  3. Le mariage est le signe visible (le sacrement) de l’union entre Christ et l’Eglise.
  4. Par ailleurs, le mariage est aussi la création d’un foyer chrétien qui constitue la cellule de base de l’Eglise. Par conséquent, les mariages mixtes (chrétien/non-chrétien) ne peuvent être que déconseillés.

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A propos David Vincent 213 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.