Dans quelle(s) langue(s) ont été écrits les livres de la Bible ?

On sait que l’Ancien Testament a principalement été écrit en hébreu, avec quelques textes en araméen et en grec (pour les « deutérocanoniques »). Le Nouveau Testament, quant à lui, nous est connu par le texte grec.

Toutefois, la question est un peu plus compliquée, puisque nous n’avons pas forcément conservé les textes dans leur langue originale, comme nous le rappelle Spinoza dans une remarque qui mérité d’être citée :

« Enfin, une autre difficulté d’interpréter, par cette méthode, certains livres de l’Ecriture, provient de ce que nous ne possédons pas ces livres dans la langue où ils ont été écrits primitivement. En effet, l’Evangile selon Matthieu, et sans doute aussi l’Epître aux Hébreux, ont été écrits en Hébreu, selon l’opinion commune. Il n’en reste rien cependant. A l’égard du livre de Job, nous ne sommes pas certains de la langue dans laquelle il a été écrit. Dans ses commentaires, Ibn Ezra affirme qu’il a été traduit d’une autre langue en hébreu, et que telle est la cause de son obscurité. Quant aux livres apocryphes, je n’en dis rien, puisqu’ils sont d’une autorité toute différente. » (1)

Plusieurs commentaires peuvent être faits. On peut constater que l’origine hébraïque de l’Evangile selon Matthieu, effectivement attestée par les Pères de l’Eglise, est considérée comme « l’opinion commune ».

Mais surtout, Spinoza évoque le fait que d’après Ibn Ezra, un des plus grands commentateurs juifs du Moyen Age, le livre de Job, que nous avons conservé en hébreu, n’est qu’une traduction d’un texte écrit originellement dans une autre langue. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que cette opinion est aussi reprise par certains philologues contemporains, dont je présenterai les travaux.

Note

(1) Baruch Spinoza, Traité théologico-politique, VII, IV.

A propos David Vincent 176 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.
  • Qu’en est-il de la Peshitta ? Est-il possible de développer ce sujet ?

    Officiellement, le Nouveau Testament de la Peshitta a été traduit du grec, mais cela est contesté par certains spécialistes : la Peshitta serait le texte original des évangiles, écrit en araméen, langue de tous les jours de Jésus.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Peshitta

    http://www.amazon.fr/%C3%A9vangiles-dans-langue-J%C3%A9sus-Pr%C3%A9sent%C3%A9s/dp/2755404833

    http://www.amazon.fr/J%C3%A9sus-parlait-aram%C3%A9en-recherche-lenseignement/dp/2266124633

    • Bonjour Bibletude.
      Pour la Peshitta, je n’ai pu étudier que l’AT.
      Toutefois, comme je l’ai signalé à Roque, il y aura dans les mois à venir une journée d’étude sur le Nouveau Testament en syriaque organisé par la Société des Etudes Syriaques.

  • Roque

    Avez-vous connaissance des travaux de Pierre Perrier et de Frédérique Guigain sur les Evangiles en récitation orale en araméen : ceux parmi ces textes qui ne sont pas des traductions du grec ?

    Je joins un lien qui explique un des arguments permettant de soupçonner que les manuscrits en  » araméens anciens  » connus des 4ème et 5ème siècles dériveraient d’un texte antérieur du début du deuxième siècle : antérieur à la recension anti-marcionite de + 140.

    http://www.revue-resurrection.org/Un-Matthieu-arameen

    Il existe bien entendu plusieurs autres arguments en faveur de cette thèse … totalement inconnue au Collège des Bernardins où je suis des cours. Bref : qu’en pensez-vous ?

  • Bible2000

    Jean 19.19-20: « Et Pilate fit aussi un écriteau, et le plaça sur la croix ; et il y était écrit : Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs. (20) Plusieurs des Juifs donc lurent cet écriteau, parce que le lieu où Jésus fut crucifié était près de la ville; et il était écrit en hébreu, en grec, en latin. »

    ___Si l’écriteau était écrit en hébreu, en grec et en latin, il est normal de croire que ces trois langues étaient parlées en Israël. Il est écrit que beaucoup de Juifs ont lu cet écriteau, non pas parce qu’ils avaient appris une autre langue, mais parce que l’écriteau était près de la ville (Jérusalem), supposant que l’une de ces trois langues leur était commune, donc la langue parlée de tous les jours. Laquelle ? Le grec serait la « langue commune » (le koinê) à l’époque, bien que l’hébreux et l’araméen y étaient aussi parlés.
    ___Pilate était Romain, il a donc mis la langue de Rome (le latin) sur l’écriteau. L’hébreu, étant la langue des ancêtres des Juifs, était demeurée de père en fils au fil des siècles; il y avait donc encore des gens qui parlaient cette langue, d’autant plus qu’ils avaient les écritures hébraïques. Le grec était la langue commune du peuple, car avant le début de l’empire Romain (lequel était du temps de Jésus), la fin de l’empire de la Grèce avait été relativement récente; la culture grecque avait donc pris largement place dans ces territoires-là. Ainsi, il est normal que ce soit le grec qui y prévalait, puisque aussi Paul avait été choisi pour être envoyé vers les nations et non vers Israël spécifiquement. Bien que Paul savait parler l’hébreux (Actes 21.40), il ne communiquait pas toujours dans cette langue (Actes 17.4; 22.27-28). La langue écrite grecque aurait donc été utilisée pour atteindre ces nations d’autour où la culture grecque s’était déjà étendue dans le passé. D’ailleurs, les manuscrits de base les plus anciens du Nouveau Testament ne sont-ils pas TOUS en grec ?
    ___En exemple, si Jésus parlait souvent l’araméen et que les écrits disent qu’un tel mot araméen que Jésus a prononcé signifie ceci ou cela, alors ça signifie que le texte n’était pas écrit en araméen. Donc, si un mot est interprété dans la langue écrite, c’est que cet écrit n’est pas dans la langue du mot interprété. Quelqu’un voudrait-il peut-être commenter tous les mots « interprétés » dans les versets ci-dessous (version Darby) :

    Matthieu 1.23:  » Voici, la vierge sera enceinte et enfantera un fils, et on appellera son nom Emmanuel « , ce qui, INTERPRÉTÉ, est : Dieu avec nous. »

    Marc 5.41: « Et ayant pris la main de l’enfant, il lui dit : Talitha coumi { langue araméenne } ; ce qui, INTERPRÉTÉ, est : Jeune fille, je te dis, lève-toi. »

    Marc 15.22: « Et ils le mènent au lieu [appelé] Golgotha, ce qui, INTERPRÉTÉ, est : lieu du crâne. »

    Marc 15.34: « Et à la neuvième heure, Jésus s’écria d’une forte voix, disant : Éloï, Éloï lama sabachthani { langue araméenne } ? ce qui, INTERPRÉTÉ, est : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

    Jean 1.38: « Et Jésus se retournant, et voyant qu’ils le suivaient, leur dit : Que cherchez-vous ? Et ils lui dirent : Rabbi (ce qui, INTERPRÉTÉ, signifie maître), où demeures-tu ? »

    Jean 1.41-42: « Celui-ci trouve d’abord son propre frère Simon, et lui dit : Nous avons trouvé le Messie (ce qui, INTERPRÉTÉ, est Christ). (42) Et il le mena à Jésus. Jésus, l’ayant regardé dit : Tu es Simon, le fils de Jonas ; tu seras appelé Céphas { langue araméenne } (qui est INTERPRÉTÉ Pierre). »

    ___En « Jean 1.42 », le mot français « Pierre » est « pétros » en grec du « Nouveau Testament »; et « Céphas » est la version araméenne du grec « Pierre » (pétros).

    Jean 9.7: « et lui dit : Va, et lave-toi au réservoir de Siloé (ce qui est INTERPRÉTÉ Envoyé). Il s’en alla donc, et se lava, et revint voyant. »

    Actes 4.36: « Et Joseph qui, par les apôtres, fut surnommé Barnabas (ce qui, étant INTERPRÉTÉ, est fils de consolation), lévite, et Cypriote de naissance, »

    Actes 9.36: « Or il y avait à Joppé une femme disciple, nommée Tabitha, qui, INTERPRÉTÉ, signifie Dorcas; elle était pleine de bonnes oeuvres et d’aumônes qu’elle faisait. »

    Hébreux 7.2: « auquel aussi Abraham donna pour part la dîme de tout, premièrement, étant INTERPRÉTÉ, roi de justice, et puis aussi roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix ; »

    Voir aussi: (Titre: « Revue des questions historiques » Tome 46e, Paris, 1889)
    books.google.fr/books?id=u25OAAAAYAAJ&pg

    books.google.fr/books?id=u25OAAAAYAAJ&pg=PA369&lpg=PA369&dq=%22Talitha+coumi%22+langue&source=bl&ots=Imky0divi6&sig=tBzF8w8LPU-xM3GlYzXzeTm-dJY&hl=en&sa=X&ved=0ahUKEwic1tCqnYnLAhVCOz4KHYdfCOsQ6AEIKjAB#v=onepage&q=%22Talitha%20coumi%22%20langue&f=false

    Format texte PDF:
    books.googleusercontent.com/books/content?req=AKW5QadeXq7Lj_kEkF1aCexQ2PBPiqJoiHxHxSkgURVhXQgPoSq-nn1XzRxdeH5JDM-TBNfOFOCypD5UnR7biN6eoAMLP64uHCh7VdQQCo34nZRrH-jU4FLQW4VM8_Z-sg94kNi8Bqji5BlqJqdKvvtNYawpABkzHKf2m6U3fjrUi2kBs0flcU8kL8d5FE0om0wpz2rVTfggL_M6EqrWYRkRcye-3J8OduMxDq-gSE_GR5GTzTyg1mz5dh4W2JiAXdWMDhMOY5c_8qTfV7vIPY3LGfPCoapKvw

    Raymond Houle

  • Roque

    Cher Raymond, merci de cet apport très intéressant.

    N’étant pas du tout spécialiste, juste un amateur très intéressé, j’ai essayé d’examiner quelques exemples que vous donnez. J’ai en effet la traduction française de ce texte araméen très ancien – réputé du 2ème siècle pour son origine. Je n’ai que Matthieu et Marc, pas Jean (Evangiles). La traduction est de Frédéric Guigain, un prêtre maronite résidant à Paris. Voila ce que ça donne :

    Matthieu 1.23 (grec) : « Voici, la vierge sera enceinte et enfantera un fils, et on appellera son nom Emmanuel », ce qui, INTERPRÉTÉ, est : Dieu avec nous. »
    Matthieu 1.23 (araméen) : « Voici, la vierge conçoit et enfante un fils, et ils l’appellent du nom de Emmanuel , ce qui se traduit : notre Dieu avec nous. »
    + Traduction dans le texte araméen qui peut, peut-être, s’expliquer parce que le terme employé serait le terme hébreu tiré de la Bible.

    Marc 5.41 (grec) : « Et ayant pris la main de l’enfant, il lui dit : Talitha coumi { langue araméenne } ; ce qui, INTERPRÉTÉ, est : Jeune fille, je te dis, lève-toi. »
    Marc 5.41 (araméen) : « Il entra, là où était prostrée la jeune fille, saisit la main de la jeune fille et lui dit : « Jeune fille lève-toi » !
    + Le terme araméen n’est pas traduit par le texte araméen.

    Marc 15.22 (grec) : « Et ils le mènent au lieu [appelé] Golgotha, ce qui, INTERPRÉTÉ, est : lieu du crâne. »
    Marc 15.22 (araméen) : « Et ils le firent arriver au Golgotha ; lieu qui s’explique : [celui du] Crâne »
    + Le terme Golgotha est traduit dans la texte araméen éventuellement parce que ce terme de lieu n’est pas araméen, mais hébreu.

    Marc 15.34 (grec) : « Et à la neuvième heure, Jésus s’écria d’une forte voix, disant : Éloï, Éloï lama sabachthani { langue araméenne } ? ce qui, INTERPRÉTÉ, est : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
    Marc 15.34 (araméen) : « Et à : neuf heures ; Jésus cria d’une voix forte et dit : « Eyl, Eyl, lmana shvaqtany ? ». C’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m »as-tu laissé ? ».
    + Le texte retenu par Marc n’est pas de l’araméen, je crois savoir que c’est de l’hébreu. Le texte araméen utilise la citation du psaume 22 en araméen et néanmoins traduit comme pour des auditeurs ne comprenant pas l’araméen (à priori plutôt rare parmi les juifs contemporains de Jésus).

    Je vous laisse la conclusion. 🙂

    Je pense qu’il serait préférable de faire entrer la littéralité du texte araméen dans le débat et ne pas se contenter d’une argumentation indirecte. Tout le raisonnement parmi les experts et universitaires est jusqu’à présent exclusivement centré sur le texte grec … ce qui peut influencer les conclusions.

    • Bible2000

      ___Merci Roque pour votre commentaire, voici ce qu’on peut lire à la page 369 du livre dont j’ai cité la référence dans mon commentaire précédent ( books.google.fr/books?id=u25OAAAAYAAJ&pg ):
      <<>>

      ___Aussi, la version araméenne, écrite des générations plus tard, ne contiendrait-elle pas des mots qui ont changé de forme au cours des décennies précédentes. Par exemple, bien des mots français, il y a deux siècles, ont changé d’orthographe aujourd’hui. Ainsi, les critères d’analyse d’un texte écrit par un apôtre dans sa propre époque, ne sont pas les mêmes avec une version araméenne du Nouveau Testament écrite plus d’un siècle plus tard; ce qui peut mener à une conclusion différée.
      ___À noter que lorsque Jésus dit ces paroles, des gens tout près qui l’ont entendu, ont pensé qu’il appelait Élie. Ces gens ne connaissaient-ils pas cette langue ou cette expression. Or, au verset 34, Marc utilise le mot « Eloï » (Dieu) tandis que Matthieu utilise le mot « Eli » (v.46), d’où ceux de la foule l’ont entendu comme appelant le prophète « Élie ». Cependant, en grec le nom du prophète « Elie » se dit « Elias » (Marc 15.35). Cependant, en analysant l’ensemble des mots interprétés par les écrivains du texte grec des « évangiles », on y voit beaucoup de terme araméen prouvant que ces écrits originaux du Nouveau Testament ne sont pas écrits en araméen.

      Matthieu 27.46-49: « Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une forte voix, disant : Éli, Éli, lama sabachthani ? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (47) Et quelques-uns de ceux qui se tenaient là, ayant entendu [cela], disaient : Il appelle Élie, celui-ci ! (48) Et aussitôt l’un d’entre eux courut et prit une éponge, et l’ayant remplie de vinaigre, la mit au bout d’un roseau, et lui donna à boire. (49) Mais les autres disaient : Laisse, voyons si Élie vient pour le sauver. »

      Marc 15.34-36: « Et à la neuvième heure, Jésus s’écria d’une forte voix, disant : Éloï, Éloï lama sabachthani ? ce qui, interprété, est : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (35) Et quelques-uns de ceux qui étaient là présents, ayant entendu cela, disaient : Voici, il appelle Élie. (36) Et l’un d’eux courut, et ayant rempli une éponge de vinaigre et l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donna à boire, disant : Laissez, voyons si Élie vient pour le faire descendre. »

      ___Pour comparaison, la Septante (version grecque de la langue hébraïque):
      http://ba.21.free.fr/septuaginta/genese/genese_1.html
      http://theotex.org/perl/theotex_pgsvg.pl?bk=lxx

      Raymond Houle http://www.bible2000.net

      • Bible2000

        Je viens de m’apercevoir que le code du site n’a pas conservé le texte que j’avais écrit entre <> venant de la page 369 du livre cité, il ne s’est donc pas affiché plus haut. Je le remets ici, mais entre { }.
        {
        « Saint Marc nous a aussi transmis en araméen, de même que saint Mathieu, la passage des psaumes prononcé par Notre Seigneur sur la croix: ‘Elohi, Elohi, lema sabachtanei, mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné (4) ?’  »

        (Note 4) : « Matt. XXVII, 46 ; Marc XV, 34. Le texte latin ne reproduit pas la même orthographe dans les deux Évangiles, mais les manuscrits grecs ne mettent pas en général de différence. Voir E. Kautazch, Grammatik des Bilisch-Aramaïschen, p.11. Tous ces mots seraient plus ou moins différents en hébreu. Sebaqtani en particulier serait ‘azabtani.  »
        }

        Raymond Houle

  • Roque

    Je vois … mais comment peut-on expliquer que le texte araméen qui utilise une citation du Ps 22 en araméen (a priori) traduise ensuite pour ses auditeurs, a priori araméophones, car judéo-chrétiens ?

    Marc 15.34 (araméen) : « Et à : neuf heures ; Jésus cria d’une voix forte et dit : « Eyl, Eyl, lmana shvaqtany ? ». C’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu laissé ? ».

    Moi, qui pencherais plutôt pour des textes ORAUX (ç.à.d : appris par cœur et psalmodiés lors des liturgies) en araméen – ayant précédé la mise par écrit en grec (thèse de Pierre Perrier er de Frédéric Guigain) je n’ai effectivement pas d’explication.

    Je vais voir si je retrouve le mail du traducteur en français de ces Evangiles en araméen pour lui poser la question …

    • Bible2000

      Bonjour Roque, comme je précisais, il se pourrait qu’à l’intérieur d’un siècle ou deux, il y ait eu changement d’orthographe entre temps. Aussi, il n’est pas rare qu’il y ait deux prononciations ou deux orthographes différentes d’un même mot au même moment, mais dans deux régions différentes. En exemple, la lettre f qui s’est changé en s en français au fil du temps donnait « ceffe », « feulement », « penfer » et « églife » au lieu de « cette », « seulement », « penser » et « église »; mais on est toujours dans la même langue, mais à une époque différente. Plusieurs mots différents d’une même phrase ancienne pourraient même dérouter un Français d’aujourd’hui. Je ne sais pas si c’est le cas du texte araméens dont vous parlez.

  • Roque

    Oui, sans connaître exactement les conditions concrètes de rédaction – ou au minimum la date et les auditeurs réels -, il est difficile de conclure. Je vais donc poser la question directement à Frédéric Guigain. Si j’obtiens une réponses, je vous la communiquerai. 🙂

  • Roque

    Comment c’est un sujet qui me tient à cœur et pour préparer correctement la lettre à Frédéric Guigain, j’ai acheté la traduction en français du texte araméen … et j’ai bien fait. En attendant la réponse à la question de fond posée par ce sujet, le résultat est que dans l’Evangile en araméen selon Jean, les mots araméens ne sont PAS traduits en grec.

    Jean 1.38 (grec) : « Et Jésus se retournant, et voyant qu’ils le suivaient, leur dit : Que cherchez-vous ? Et ils lui dirent : Rabbi (ce qui, INTERPRÉTÉ, signifie maître), où demeures-tu ? »
    Jean 1.38 (araméen) : « et Jésus tourna sa face et les vit qui venaient à sa suite ; et leur dit : « que cherchez-vous ? » ? Ils lui disaient : « Notre Rabbi, où es-tu ? ».
    + Pas de traduction en grec du mot araméen.

    Jean 1.41-42 (grec) : « Celui-ci trouve d’abord son propre frère Simon, et lui dit : Nous avons trouvé le Messie (ce qui, INTERPRÉTÉ, est Christ). (42) Et il le mena à Jésus. Jésus, l’ayant regardé dit : Tu es Simon, le fils de Jonas ; tu seras appelé Céphas { langue araméenne } (qui est INTERPRÉTÉ Pierre). »
    Jean 1.41-42 (araméen) : « Celui-ci vit d’abord Simon, son frère et lui dit : « Nous l’avons trouvé, le Messie ! » Et il le fit venir auprès de Jésus. Et Jésus fixa son regard sur lui et dit : « Tu es, lui, Simon [le bon entendeur] le fils de Yona [la colombe] ; toi tu seras appelé Pierre [Roc] ! »
    + Pas de traduction en grec du mot araméen. Cependant, je ne sais pas exactement ce que signifient les []. Je suppose que c’est l’équivalent en français du mot araméen (?)

    Jean 9.7 (grec) : « et lui dit : Va, et lave-toi au réservoir de Siloé (ce qui est INTERPRÉTÉ Envoyé). Il s’en alla donc, et se lava, et revint voyant. »
    Jean 9.7 (araméen) : « « et il m’a dit : « Va, et lave[-toi] dans les eaux de Siloé ! ». Et j’[y] suis allé, je me suis lavé et j’ai recouvré la vue ! »
    + Pas de traduction en grec du mot araméen.

    Pour les autres livres : Lettres de Paul, etc … la question est différentes car en araméen – non traduit à partir du grec – ils ont été, à ma connaissance, effectivement perdus (pendant la période d’usage du Diatessaron). La question de savoir si des livres du Nouveau Testament ont été primitivement écrits ou non en araméen ne peut être posée – et  » testée  » sur un texte araméen – que pour les Evangiles et les Actes des Apôtres.

    Bon je reviendrai plus tard … 🙂

  • Roque

    Voici la réponse de Frédéric Guigain. Je précise que c’est un prêtre maronite qui utilise l’araméen de façon usuelle dans la liturgie et qu’il est spécialisé dans l’araméen ancien (avant le syriaque). C’est à lui qu’on doit la traduction de français du texte araméen de la Peshytta, texte réputé provenir du 2ème siècle et qui n’est pas une traduction à partir du grec – selon son école.

    Frédéric Guiguain : Voici ce que je répondrai à vos questions.

    En Mc 5, 41 : « talita koum » est traduit en grec pour un auditoire grec.

    En Mc 15, 22 : « golgotha » est de l’hébreu (pur, biblique) traduit en araméen pour un auditoire araméen – à noter que la Peshytta orthographie « gagoulta », ce qui doit correspondre à un hébreu parlé local (peut-être jérusalémitain ?).

    En Mc 15, 34 : « Eyl Eyl » (prononcé « Yl, Yl ») est bien de l’araméen, mais il n’est pas certain que tout aramophone (notamment chaldéen, selon le dialecte de la Peshytta) comprenne qu’il s’agisse de « El » – comme ce fut le cas pour les auditeurs au pied de la croix – c’est pourquoi cela est précisé.

    • Concernant « Golgotha », il me semble que c’est bien de l’araméen. Je ne comprends pas vraiment l’argument d’un mot hébreu traduit en araméen ?

      • Bible2000

        Bonjour David,
        ___Vue que « Jean 19.17 » nous dit que le mot « Golgotha » est une expression en hébreu et que « Matthieu 27.33 » écrit à ses lecteurs que cette expression « Golgotha » signifie lieu du crâne, cela nous confirme bien que l’évangile selon « Matthieu » n’a donc pas été écrit en hébreu à l’origine puisqu’il n’aurait pas lui-même interprété cette expression hébraïque; même chose pour l’évangile selon « Marc ». Dans son évangile, « Luc » n’utilise pas le mot « Golgotha », ce qui signifie qu’il n’a pas écrit à un auditoire Hébreu; il se contente d’écrire uniquement le mot « crâne » (en grec « kranion »). Concernant l’évangile selon Jean, il n’a pas été écrit en hébreu non plus puisque Jean aussi explique que le lieu du crâne (en grec) se nomme « Golgotha » en hébreu; il n’a donc pas écrit à un auditoire Hébreu. Ainsi donc, aucun de ces quatre évangiles n’a été écrit en hébreu à l’origine.

        Jean 19.17: « Jésus, portant sa croix, arriva au lieu du crâne, qui se nomme en hébreu Golgotha. »

        Matthieu 27.33: « Arrivés au lieu nommé Golgotha, ce qui signifie lieu du crâne, »

        Marc 15.22: « et ils conduisirent Jésus au lieu nommé Golgotha, ce qui signifie lieu du crâne. »

        Luc 23.33: « Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils le crucifièrent là, ainsi que les deux malfaiteurs, l’un à droite, l’autre à gauche. »

        ___Dans le grec des manuscrits du N.T., le mot « crâne » dans ces quatre versets est « kranion » (numéro Strong 2898).
        http://enseignemoi.com/bible/strong-biblique-grec-kranion-2898.html
        ___Le mot « Golgotha » dans ces trois versets correspond au numéro Strong « 1115 ».

        Raymond Houle http://www.bible2000.net

        • Bonsoir Raymond,

          C’est une très bonne remarque, mais
          mais il y a ici un problème de traduction.

          Ce sont nos traductions françaises qui disent que le terme est « hébreu ».

          Le problème c’est que le terme grec « hébraïsti » peut très bien désigner la langue araméenne.

        • Bible2000

          Bonsoir David, j’ai regardé vite fait sur le site http://enseignemoi.com/bible/strong-biblique-grec-hebraisti-1447.html et il y définit « Hebraisti » comme ceci : « En Hébreux, c’est-à-dire en Chaldéen ».
          ___Voici les six versets ayant ce mot « Hebraisti » (Strong, 1447).

          Jean 5.2: « Or, à Jérusalem, près de la porte des brebis, il y a une piscine qui s’appelle en hébreu (Hebraisti) Béthesda, et qui a cinq portiques. »

          Jean 19.13: « Pilate, ayant entendu ces paroles, amena Jésus dehors; et il s’assit sur le tribunal, au lieu appelé le Pavé, et en hébreu (Hebraisti) Gabbatha. »

          Jean 19.17: « Jésus, portant sa croix, arriva au lieu du crâne, qui se nomme en hébreu (Hebraisti) Golgotha. »

          Jean 19.20: « Beaucoup de Juifs lurent cette inscription, parce que le lieu où Jésus fut crucifié était près de la ville : elle était en hébreu (Hebraisti), en grec et en latin.  »

          Apocalypse 9.11: « Elles avaient sur elles comme roi l’ange de l’abîme, nommé en hébreu (Hebraisti) Abaddon, et en grec Apollyon. »

          Apocalypse 16.16: « Ils les rassemblèrent dans le lieu appelé en hébreu (Hebraisti) Harmaguédon. »

          ___Ce même mot « Hebraisti » viendrait du mot « Hebrais » (1446) où ce même site le définit ainsi : « L’hébreu, la langue hébraïque, pas le langage utilisé dans l’Ancien Testament, mais le Chaldéen, langue du temps de Jésus et des apôtres ».
          ___Voici les trois versets contenant ce mot :
          http://enseignemoi.com/bible/strong-biblique-grec-hebrais-1446.html

          Actes 21.40: « Le tribun le lui ayant permis, Paul, debout sur les degrés, fit signe de la main au peuple. Un profond silence s’établit, et Paul, parlant en langue hébraïque (Hebrais), dit : »

          Actes 22.2: « Lorsqu’ils entendirent qu’il leur parlait en langue hébraïque (Hebrais), ils redoublèrent de silence. Et Paul dit : »

          Actes 26.14: « Nous tombâmes tous par terre, et j’entendis une voix qui me disait en langue hébraïque (Hebrais): Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il te serait dur de regimber contre les aiguillons. »

          ___Si quelqu’un peut pousser plus loin l’analyse…

          Raymond Houle

  • Roque

    Et finalement, la thèse d’un texte de la Peshytta en araméen – non traduit du grec – est défendue par l’école de Frédéric Guigain et Pierre Perrier sur : http://www.eecho.fr/le-texte-grec-quel-texte-grec/

    • Bonjour Roque,
      Merci pour ton travail de recherche.
      J’avoue ne pas bien connaître la Peshitta. Lorsque j’avais travaillé la question, c’était uniquement sur l’AT.
      Je crois cependant qu’il y aura prochainement une journée d’étude sur ce sujet. Probablement en septembre ou en novembre 2016 :

      http://www.etudessyriaques.org

  • Roque

    Oui je croyais aussi que Golgotha était un mot araméen, mais Frédérique Guigain dit que c’est de l’hébreu pur, biblique traduit en araméen pour un auditoire araméen et que Peshytta orthographie « gagoulta », ce qui pourrait être un araméen local de Jérusalem – pas très  » audible  » pour d’autres araméens+.

    Je n’ai naturellement aucun moyen de vérifier 🙂 Mieux veut s’adresser à ces spécialistes – non du syriaque des 3ème-4ème siècles – mais ce cet araméen ancien du premier siècle (celui qui était écrit initialement en caractères carrés  » hébraïques  » – mais pas en estrangelo déjà plus tardif).

    Et lors de la session sur le syriaque il faudra voir ce que les spécialistes pensent de cette  » Peshytta  » retenue comme  » originale  » par Frédéric Guigain.

    Dans leur écrits (Pierre Perrier et Frédéric Guigain), il parlent effectivement de la dialectisation de l’araméen avec au moins un parler autour de Jérusalem et un parler en galilée et une évolution dans le temps vers le syriaque. Il pensent que – si Jésus a parlé araméen – a probablement du répéter, voire reformuler ses enseignements en s’adaptant plus ou moins à la dialectisation locale. Ce qui fait qu’il y a du y avoir d’emblée des variations dans les  » ipsissima verbi  » du Rabbi Yeshoua. Ca ne facilite pas les choses 🙂

    Une seule explication reste une peu  » bizarre  » avec  » En Mc 5, 41 : « talita koum » est traduit en grec pour un auditoire grec « . Pourquoi traduire en grec ce qui est écrit en araméen pour des araméens ? Mais pour le reste (9/10) de toutes les versets en grec que j’ai pu confronter au texte araméen de la Peshytta traduite par Frédéric Guigain aucun ne s’oppose au fait que le texte initiale puisse avoir été écrit initialement en araméen.

    • Bonsoir Roque,

      Oui mais je ne comprends pas son argument : comment sait-il que ce terme serait de « l’hébreu pur » ?

  • Roque

    A propos de  » l’hébreu pur  » je pose la question à Frédéric Guigain.

    Une remarque : savoir si les Evangiles ont été écrits aussi en araméen – ou plutôt écrits et récités en araméens (la thèse de cette école) – est un enjeu assez mince si les textes en grec et en araméen sont au final les mêmes … et c’est bien le cas. C’est le même Christ, la même foi.

    Après … le temps décantera les thèses non fondées.

    Derrière cette question, il y a un enjeu beaucoup plus important qui concerne la critique interne du texte évangélique. Je vais essayer de faire un post là dessus, un clair s’entend … et c’est ça qui n’est pas évident !

  • Roque

    J’ai voulu dire – ou plutôt composés à l’oral et récités en araméen – !

  • Roque

    La réponse de Frédéric Guigain à ma question :  » Le responsable de ce forum évangélique Didascale (je donne le lien) me demande à propos de Golgotha :  » je ne comprends pas cet argument : comment sait-il que ce terme serait de l’hébreu pur  » ?

    La réponse :
    Quant à Golgota, c’est de l’hébreu biblique : il n’y a qu’à ouvrir un dictionnaire. En revanche, la Peshytta cite dans un autre dialecte ou parler hébraïsant et en donne l’explication en araméen chaldéen.

    • @Rque : Sans être spécialiste des langues sémitiques, il me semble que la terminaison « tha » est spécifique à l’araméen.
      Mais j’irai consulter des dictionnaires spécialisés pour éclaircir cette question.
      Merci en tout cas pour le temps que tu prends.

  • Roque

    Est-ce que le  » tha  » est spécificique de l’araméen, je ne sais absolument pas.

    Ayant été discuter avec un prêtre catholique chaldéen sur une question concernant le  » paraqlita « , j’ai simplement appris que cette terminaison en  » ta  » était la marque du substantif en araméen.

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