Ecriture et Tradition chez Karl Barth

Dans ma série sur l’inspiration et l’interprétation de la Bible, j’ai eu l’occasion d’évoquer l’importance du sola scriptura, mais aussi le danger d’une fausse interprétation de ce principe qui pousserait à l’individualisme.

J’insiste sur ce point, car je pense que chaque courant chrétien a ses qualités et ses défauts. Or, il me semble que pour le monde évangélique, le plus grand danger est justement celui de l’individualisme.

Dans une de mes lectures récentes, je suis tombé sur un texte de Karl Barth que j’aimerais partager. Je ferai ensuite un bref commentaire.

Ecritures et Confessions de foi

« Nous avons indiqué, dans la thèse : d’après les données de ses Confessions de foi. L’Ecriture sainte et les Confessions de foi ne sont pas sur un plan identique. Nous réservons à la Bible une estime et un amour que nous n‘avons pas au même degré pour la tradition, fût-ce dans les plus valables de ses éléments. Aucune Confession de foi datant de la Réforme ou de l’époque actuelle ne peut, au même titre que l’Ecriture, élever la prétention de solliciter le respect de l’Eglise. Mais cela n’enlève rien au fait que l’Eglise écoute et apprécie le témoignage de ses Pères; alors même que nous n’y retrouvons pas la Parole de Dieu comme chez Jérémie ou Paul, il a pour nous une haute signification. Obéissant au commandement « honore ton père et ta mère », nous ne nous refuserons pas à respecter, soit dans la prédication, soit dans l’élaboration scientifique de la dogmatique, les affirmations de nos pères. A la différence de l’Ecriture, les Confessions n’ont pas d’autorité contraignante, mais nous devons cependant les prendre en sérieuse considération et leur accorder une autorité relative. » (1)

Commentaire

Karl Barth tient ici une position équilibrée que je partage globalement. Après avoir rappelé la primauté de l’Ecriture, il insiste sur le fait que cela ne doit pas aboutir à un rejet de la « Tradition », mais plutôt à un examen de celle-ci.

De plus Karl Barth donne lui-même l’exemple, puisqu’il a successivement commenté le Symbole des Apôtres et le Catéchisme d’Heidelberg.

Ce choix me paraît très intéressant, car il reflète bien les différents héritages du protestantisme, le Symbole des Apôtres renvoyant aux Pères de l’Eglise et le Catéchisme d’Heidelberg aux Réformateurs, même s’il ne faut pas non plus oublier les théologiens médiévaux.

Conclusion

En conclusion, je voudrais surtout souligner le fait que ne pas tenir compte du travail de nos prédécesseurs serait une immense perte. Par ailleurs, cela pose à mon avis un problème théologique sur lequel je reviendrai dans d’autres articles.

Note

(1) Karl Barth, Esquisse d’une dogmatique, p. 11-12.

Bibliographie

Karl Barth, Esquisse d’une dogmatique, (trad. fr. : Fernand Ryser et Edouard Mauris), Paris-Genève, Le Cerf-Labor et Fides, 1984.

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A propos David Vincent 283 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.