La glossolalie chrétienne existe-t-elle ?

Il y a quelques temps, j’ai publié un article pour expliquer mon point de vue sur le « parler en langues ». Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de le lire, je vous en recommande déjà la lecture avant d’aborder celui-ci.

Suite à cet article, j’ai en effet reçu des demandes d’éclaircissement concernant ma référence à 1 Corinthiens 14. Pourquoi j’estimais que dans ce texte Paul parlait de la glossolalie plutôt que de la xénoglossie ?

1 Corinthiens 14

Lisons tout d’abord le texte en question :

  1. Recherchez la charité. Aspirez aussi aux dons spirituels, mais surtout à celui de   prophétie.
  2. En effet, celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes, mais à Dieu, car personne ne le comprend, et c’est en esprit qu’il dit des mystères.
  3. Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes, les édifie, les exhorte, les console.
  4. Celui qui parle en langue s’édifie lui-même; celui qui prophétise édifie l’Eglise.
  5. Je désire que vous parliez tous en langues, mais encore plus que vous prophétisiez. Celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues, à moins que ce dernier n’interprète, pour que l’Eglise en reçoive de l’édification.
  6. Et maintenant, frères, de quelle utilité vous serais-je, si je venais à vous parlant en langues, et si je ne vous parlais pas par révélation, ou par connaissance, ou par prophétie, ou par doctrine?
  7. Si les objets inanimés qui rendent un son, comme une flûte ou une harpe, ne rendent pas des sons distincts, comment reconnaîtra-t-on ce qui est joué sur la flûte ou sur la harpe?
  8. Et si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat?
  9. De même vous, si par la langue vous ne donnez pas une parole distincte, comment saura-t-on ce que vous dites? Car vous parlerez en l’air.
  10. Quelque nombreuses que puissent être dans le monde les diverses langues, il n’en est aucune qui ne soit une langue intelligible;
  11. si donc je ne connais pas le sens de la langue, je serai un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle sera un barbare pour moi.
  12. De même vous, puisque vous aspirez aux dons spirituels, que ce soit pour l’édification de l’Eglise que vous cherchiez à en posséder abondamment.
  13. C’est pourquoi, que celui qui parle en langue prie pour avoir le don d’interpréter.
  14. Car si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence demeure stérile.
  15. Que faire donc? Je prierai par l’esprit, mais je prierai aussi avec l’intelligence; je chanterai par l’esprit, mais je chanterai aussi avec l’intelligence.
  16. Autrement, si tu rends grâces par l’esprit, comment celui qui est dans les rangs de l’homme du peuple répondra-t-il Amen! à ton action de grâces, puisqu’il ne sait pas ce que tu dis?
  17. Tu rends, il est vrai, d’excellentes actions de grâces, mais l’autre n’est pas édifié.
  18. Je rends grâces à Dieu de ce que je parle en langue plus que vous tous;
  19. mais, dans l’Eglise, j’aime mieux dire cinq paroles avec mon intelligence, afin d’instruire aussi les autres, que dix mille paroles en langue.
  20. Frères, ne soyez pas des enfants sous le rapport du jugement; mais pour la malice, soyez enfants, et, à l’égard du jugement, soyez des hommes faits.
  21. Il est écrit dans la loi: C’est par des hommes d’une autre langue et par des lèvres d’étrangers que je parlerai à ce peuple, Et ils ne m’écouteront pas même ainsi, dit le Seigneur.
  22. Par conséquent, les langues sont un signe, non pour les croyants, mais pour les non-croyants; la prophétie, au contraire, est un signe, non pour les non-croyants, mais pour les croyants.
  23. Si donc, dans une assemblée de l’Eglise entière, tous parlent en langues, et qu’il survienne des hommes du peuple ou des non-croyants, ne diront-ils pas que vous êtes fous?
  24. Mais si tous prophétisent, et qu’il survienne quelque non-croyant ou un homme du peuple, il est convaincu par tous, il est jugé par tous,
  25. les secrets de son coeur sont dévoilés, de telle sorte que, tombant sur sa face, il adorera Dieu, et publiera que Dieu est réellement au milieu de vous.
  26. Que faire donc, frères? Lorsque vous vous assemblez, les uns ou les autres parmi vous ont-ils un cantique, une instruction, une révélation, une langue, une interprétation, que tout se fasse pour l’édification.
  27. En est-il qui parlent en langue, que deux ou trois au plus parlent, chacun à son tour, et que quelqu’un interprète;
  28. s’il n’y a point d’interprète, qu’on se taise dans l’Eglise, et qu’on parle à soi-même et à Dieu.

Les caractéristiques du « parler en langue » d’1 Corinthiens 14

J’ai conservé la numérotation des versets pour rendre mes propos plus clairs. Relevons tout d’abord les caractéristiques du « parler en langues » décrit par Paul :

  • Il n’est pas compris des hommes mais de Dieu seul (« personne ne le comprend » verset 2). Cela ne peut donc pas être une langue terrestre étrangère.
  • Il relève de l’esprit (verset 2)
  • Il permet de s’édifier soi-même (verset 5). Ce n’est donc pas un outil d’évangélisation.
  • Il s’adresse à des croyants, mais est objet d’étonnement pour les non-croyants. C’est donc un phénomène qui, d’un point de vue humain, paraît étrange.

La prise en compte de ces quatre caractéristiques me conduit à penser que dans ce passage Paul parle bien de la « glossolalie » et non de la «xénoglossie ». En effet, la xénoglossie a pour but l’évangélisation et est compréhensible par les auditeurs à qui elle est destinée, comme en témoigne le récit des Actes. Il y a donc une opposition directe aux points 1) et 3).

Par ailleurs, une langue terrestre, même si nous ne la comprenons pas, est reconnaissable et il n’y a donc aucune raison de penser que les témoins non-croyants puissent être choqués par ce phénomène (point 4).

Conclusion

Comme je l’ai dit dans l’article précédent, à titre personnel, je ne pratique pas la glossolalie et je ne pense pas que ce soit un don que tous les chrétiens seraient obligatoirement appelés à exercer, ni qu’elle soit le signe d’une plus grande proximité avec Dieu.

Toutefois, je ne crois pas non plus que ce soit quelque chose de forcément faux ou mauvais, comme le soutiennent d’autres chrétiens, puisqu’il me semble que ce passage d’1 Corinthiens 14 atteste bien de l’existence d’une authentique glossolalie chrétienne.

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A propos David Vincent 202 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.
  • Shor L.

    Bonjour David,

    J’ignore si l’on doit classifier le «parler en langue» tel que présenté dans l’Écriture sous l’appellation de glossolalie compte tenu du fait que l’on a une tendance à tout mettre dans ce terme, d’autant plus que nous ne sommes pas des témoins directs des manifestations dîtes de glossolalie.
    Ceux qui exercent la glossolalie sont-ils des chrétiens/croyants ou des incroyants ?
    En effet si un incroyants exerce un don dont il ignore toute la valeur spirituel, on est en droit de rechercher la base biblique d’un tel phénomène.
    Or il n’en existe pas, car la Bible témoigne du «parler en langues» uniquement pour ceux qui ont reçu le message de l’Évangile, qui ont au moins gouté que la Seigneur est bon et dont le cœur s’ouvre à la foi.

    Je suis très frileux dès qu’il s’agit de préférer des observations dîtes scientifiques par rapport au témoignage des Écritures et j’estime qu’il faut dissocier les choses car le parler en langues n’est certes pas un don de l’Esprit répandu sur l’incroyant mais sur le croyant et à cause de cela je crois qu’il nous conviendrait de revenir simplement à ce qui est écrit et cela nous préviendra de bien des troubles.

    Pour moi, il y a le «parler en langues» selon que le Saint-Esprit donne de s’exprimer, la glossolalie et la xénoglossie.
    Concernant la xénoglossie, j’ignore tout de ce phénomène, je ne l’ai personnellement jamais constaté ou expérimenté de près ou de loin et le plus particulier dans l’histoire c’est qu’aucun de apôtres ou disciples de Christ de l’époque ou l’Esprit était fort présent et manifestait des signes divers et particuliers aux croyants n’en parle.
    Il serait fort intéressant de se pencher sur ces phénomènes car si la Bible ne fait nullement mention de la xénoglossie.
    De quel esprit s’agit-il quand on sait que le Mesmerisme donne à sa clientèle sous hypnose d’exceller dans la xénoglossie.

    Bien à toi David.

    Ps : J’ignore si mon commentaire sera visible mais je fais un dernier test.