Inerrance biblique ou perfection de la Bible ?

Je vous propose de continuer cette série de réflexions sur l’inspiration et l’interprétation de la Bible en abordant la question de l’inerrance biblique. Je sais que dans certains milieux chrétiens, c’est un sujet extrêmement délicat. Il me paraît néanmoins essentiel de le traiter.

Je commencerai donc par définir ce qu’est l’inerrance biblique, ce qui me permettra ensuite de vous dire pourquoi je n’y adhère plus, alors que j’ai grandi dans des Eglises qui considéraient cette doctrine comme absolument fondamentale. Après avoir évoqué trois objections qui m’ont été faites lorsque j’ai commencé à douter de l’inerrance, j’exposerai ensuite ma propre position en expliquant pourquoi je préfère maintenant parler de « perfection de la Bible ».

Définition de l’inerrance biblique

L’inerrance biblique

La doctrine de l’inerrance biblique est considérée comme fondamentale par beaucoup d’évangéliques. Elle a notamment été réaffirmée lors de la déclaration de Chicago (1973).

« Inerrance » veut dire « sans erreur ». L’inerrance biblique est la doctrine qui affirme que, la Bible est « sans erreur » « dans les manuscrits originaux ». C’est-à-dire que, grâce à son inspiration, Dieu a préservé le texte original de la Bible de toute erreur, théologique bien sûr, mais aussi historique et « scientifique ».

Cette position se distingue de la doctrine de l’infaillibilité biblique, prônée par exemple par l’Eglise catholique, qui considère que la Bible n’est infaillible que sur les questions théologiques, mais que cette infaillibilité ne s’étend pas aux domaines de l’histoire et « des sciences ».

Fondamentalisme et libéralisme

Pour moi, l’inerrance biblique est justement ce qui définit le « fondamentalisme ». Cependant dans ma bouche, ou sous ma plume, cette expression n’a rien de péjorative et ne traduit aucun mépris. Fondamentaliste n’est pas synonyme d’obscurantiste. Il y a bien sûr des fondamentalistes obscurantistes, comme il y a des libéraux obscurantistes, mais il y a aussi des fondamentalistes très compétents dans le domaine des études bibliques. On peut par exemple mentionner Kenneth Kitchen (né en 1932), qui est professeur émérite d’égyptologie à l’université de Liverpool.

Par ailleurs, il faut rappeler qu’historiquement ce sont les fondamentalistes eux-mêmes qui se sont désignés ainsi et non leurs adversaires.

Quant au libéralisme, c’est pour moi le refus de croire à l’aspect surnaturel de la foi (miracles, etc.). Là encore, c’est une désignation objective qui ne traduit de ma part aucun jugement de valeur sur la qualité du travail ou la vie des personnes qui y adhèrent.

L’abandon de l’inerrance

Une enfance marquée par l’inerrance

Comme je le mentionne dans mon parcours personnel, j’ai grandi dans différentes Eglises évangéliques. Malgré cette diversité, celles-ci adhéraient toutes à la doctrine de l’inerrance biblique.

Plus jeune, j’y ai donc moi aussi cru fermement, considérant que cette doctrine était un point essentiel de la foi chrétienne. Je ne comprenais pas que des personnes puissent se dire « chrétiennes » sans y croire.

Le tournant historien/historique

Cependant, au cours de mes études d’histoire, j’ai fini par changer de position à ce sujet et aujourd’hui, je considère que cette position est plus un danger pour la foi qu’autre chose.

Quatre facteurs ont été décisifs pour moi dans ce changement. Je vous les expose allant du moins important au plus important.

Premièrement, je me suis aperçu qu’au sein même de la Bible, il y avait des divergences. Toutefois, précisons tout de suite un point. On peut toujours trouver toutes sortes d’explications pour résoudre ces « contradictions apparentes ». Cela pour une simple raison, c’est qu’une divergence c’est lorsqu’on affirme « A » et « non-A ». Or, par l’interprétation d’un verset on peut toujours lui faire dire le contraire. Par conséquent, il est toujours possible de transformer « non-A » en « A ». Ainsi, il est toujours possible de résoudre les divergences, mais ces résolutions me paraissent finalement plus infidèles au texte biblique qu’autre chose. Beaucoup de « solutions » aux « contradictions apparentes » sont trop « tirées par les cheveux » pour être crédibles. Surtout s’il n’y avait qu’une seule contradiction où la « solution » était un peu tirée par les cheveux on pourrait l’accepter, mais l’accumulation de celles-ci invite plutôt à chercher la réponse ailleurs.

Deuxièmement, au delà des divergences internes, un certain nombre de textes se heurtent à des constats historiques. On peut certes balayer d’un revers de main cette objection en estimant que la Bible est toujours plus fiable que l’histoire, mais plus on étudie cette question plus on se rend compte des difficultés de cette solution de facilité.

Troisièmement, ceux qui nous ont transmis la Bible n’avaient tout simplement pas la même conception du texte biblique que nous. La doctrine de l’inerrance biblique se réfère aux « textes originaux », or cette notion de « texte original » est tout simplement inadaptée à l’Ancien Testament. J’ai déjà évoqué cela brièvement lors d’un article précédent, et j’y reviendrai plus en détail dans un article spécifique.

Quatrièmement, j’en suis finalement venu à la conclusion que l’inerrance biblique ne correspond tout simplement pas à la volonté de Dieu et qu’il est mieux pour notre foi que la Bible soit ainsi. Ici, l’étude de l’histoire de l’Eglise et mon expérience personnelle sur les conséquences de l’inerrance ont été particulièrement décisives.

Trois objections en faveur de l’inerrance

J’aimerais donc maintenant revenir sur trois objections que l’on m’a présentées lorsque j’ai commencé à douter de l’inerrance biblique.

A) Les chrétiens ont toujours cru à l’inerrance biblique. Cette doctrine n’a été remise en cause que par le libéralisme théologique apparu au 19e siècle.

B) La remise en cause de l’inerrance biblique est une remise en cause de l’autorité de la Bible

C) La remise en cause de l’inerrance biblique est dangereuse pour la foi

Après avoir discuté ces trois points, je terminerai en expliquant pourquoi, selon moi, il est préférable de parler d’une « Bible parfaite » ou de « perfection biblique » plutôt que d’inerrance biblique.

L’inerrance biblique dans l’histoire de l’Eglise

Le premier argument en faveur de l’inerrance biblique est la perpétuité de cette doctrine dans l’histoire de l’Eglise. On entend souvent dire que les chrétiens auraient toujours cru en l’inerrance biblique, et que celle-ci n’a été remise en cause que par les théologies libérales issues des Lumières. Un tel argument a sans aucun doute un poids considérable et m’a longtemps fait réfléchir.

Au tout début, j’ai cru à cette idée. Puis, au cours de mes études, j’ai eu l’occasion de travailler sur la littérature chrétienne ancienne et plus particulièrement sur les commentaires bibliques. C’est en étudiant ces textes que je me suis aperçu que ces auteurs anciens ne croyait pas en l’inerrance biblique telle qu’on la définissait aujourd’hui dans le monde évangélique.

Pour appuyer le fait que les Pères de l’Eglise croyaient en l’inerrance, on extrait souvent quelques citations hors contexte où les Pères semblent affirmer que la Bible est sans erreur. Mais en examinant le contexte de ces citations, on s’aperçoit que les Pères de l’Eglise affirmaient que la Bible était infaillible non dans son sens littéral, mais dans son sens allégorique. Et bien loin de nier les erreurs qui pouvaient exister dans le sens littéral, ils y voyaient au contraire une preuve de l’existence et de la primauté du sens allégorique. Cette conception de l’inspiration, à laquelle adhérait la majorité des Pères de l’Eglise, distinguait l’infaillibilité de la Bible et l’inerrance biblique. La Bible était infaillible dans le sens où elle était un fondement sûr de la foi, à condition de la lire avec l’Esprit. En revanche, cette infaillibilité ne s’étendait pas aux données historiques ou « scientifiques ». Par ailleurs, les Pères de l’Eglise utilisaient comme texte de référence la Septante, qu’ils considéraient comme inspiré. Or ce texte s’écarte souvent du texte rabbinique.

Au moment de la Réforme, la place centrale occupée par la Bible a progressivement poussé les théologiens protestants à affirmer l’inerrance de celle-ci pour se protéger des attaques de l’Eglise romaine qui invoquait l’autorité du magistère.

Cette inerrance a été poussée très loin, puisque certaines confessions de foi et certains théologiens, notamment dans le camp réformé, affirmaient même l’inspiration des « points-voyelles » et croyaient que le texte que nous avions actuellement dans nos Bibles était exactement le texte original.

Les découvertes historiques ont par la suite complètement balayé ces prétentions et aujourd’hui les inerrantistes sont beaucoup plus modérés dans leurs propos. Certains d’entre eux ont même tendance à quelque peu ré-écrire l’histoire pour passer sous silence les excès de leurs prédécesseurs.

Au 19e siècle, les fondamentalistes ont tout particulièrement réaffirmé cette doctrine face à deux camps : d’un côté les catholiques qui venaient de promulguer l’infaillibilité pontificale (Vatican I, 1870), de l’autre côté les protestants libéraux qui remettaient en cause les fondements même de la foi chrétienne en rejetant tout l’aspect surnaturel de cette foi. L’inerrance biblique apparaissait alors comme le rempart nécessaire à l’orthodoxie protestante.

De ce survol historique, on peut retenir que même si on peut toujours trouver des chrétiens qui y ont crue, cette doctrine n’a jamais fait partie du dépôt commun de la foi. L’importance accordée à l’inerrance biblique est assez récente et doit être replacée dans son contexte précis. Si l’intention est bonne, il ne me semble toutefois pas que cette réponse soit adéquate.

Inerrance biblique et vie chrétienne

La deuxième objection consiste à dire que la remise en cause de l’inerrance biblique entrainerait une remise en cause de l’autorité de la Bible, ce qui conduirait notamment à une attitude de désobéissance envers Dieu.

Je pense de mon côté que ces deux choses sont tout à fait séparées et que le vrai problème de l’obéissance ne se situe pas là.

Tout d’abord, l’adhésion à l’inerrance biblique n’implique pas nécessairement une vie d’obéissance à Dieu, bien au contraire. Un simple coup d’œil historique nous montre que beaucoup de chrétiens fondamentalistes ont eu un comportement absolument contraire à l’Evangile et se sont servis de la Bible pour le justifier.

La convention Baptiste du Sud, qui est aujourd’hui la plus grande dénomination protestante américaine, avait été créée à l’origine par les pasteurs baptistes qui refusaient l’abolition de l’esclavage et l’égalité entre les Blancs et les Noirs. Pendant la guerre de sécession, tous ces pasteurs baptistes se sont rangés derrière l’armée esclavagiste du Sud et ont présenté cette guerre comme une « guerre sainte », n’hésitant pas à écrire des livres pour défendre bibliquement l’esclavage et l’inégalité des races.

Plus récemment, on peut rappeler que le Ku Klux Klan, dans sa deuxième version, était majoritairement composé de WASP (White Anglo-Saxon Protestant). Il y avait bien sûr des « protestants de tradition », mais aussi de nombreux protestants convaincus qui croyaient réellement en Dieu, en la Bible, … et en son inerrance. Cela ne les empêchait pas de se livrer à toutes sortes de crimes.

Sans tomber dans ces extrêmes, j’ai aussi pu constater que cette croyance rend très facilement agressif, en particulier lors des débats doctrinaux. L’explication de cette attitude est assez simple. En assimilant la Parole de Dieu à la Bible, puis la Bible à notre propre interprétation de la Bible, on en vient finalement à élever notre propre interprétation de la Bible au rang de Parole de Dieu. Dès lors, si quelqu’un n’est pas d’accord avec ce que l’on affirme, c’est tout simplement qu’il est en rébellion contre Dieu.

Bien évidemment, en disant cela, je ne veux pas généraliser. Il y a aussi, et heureusement, des personnes qui peuvent croire à l’inerrance biblique et manifester véritablement l’Evangile et les fruits de l’Esprit (douceur, tempérance, etc.) dans leur comportement. Réciproquement, ne pas adhérer à l’inerrance n’est pas une garantie de modération !

Ce que je veux souligner ici, c’est que ces deux points, l’adhésion à l’inerrance biblique et une réelle vie chrétienne, ne sont pas liés. L’obéissance à Dieu est avant tout une attitude du cœur.

Inerrance biblique et la foi chrétienne

La troisième objection concerne le rapport entre l’inerrance biblique et la foi chrétienne. Comme je l’ai expliqué précédemment, je suis bien conscient que l’adhésion à l’inerrance biblique est liée à une volonté sincère d’être fidèle à l’enseignement de Jésus et qu’en défendant l’inerrance biblique, les inerrantistes ont la réelle conviction de défendre la Bible. Toutefois, je pense aussi que l’on peut être sincère, mais sincèrement dans l’erreur et qu’en réalité la doctrine de l’inerrance est dangereuse pour le christianisme.

Une telle affirmation peut paraître extrême. Même sans y adhérer on peut se demander en quoi l’inerrance peut-elle être dangereuse ? A mon sens, elle est dangereuse tout simplement parce que si cette croyance se révèle fausse, elle peut être une cause de chute, car elle met le chrétien devant une fausse alternative.

Assez récemment, j’ai eu l’occasion d’étudier la « crise moderniste » durant laquelle l’inerrance a été discutée au sein de l’Eglise catholique. Ce qui m’a particulièrement frappé, ce sont les causes qui ont amené un certain nombre de catholiques, comme Ernest Renan ou Alfred de Loisy, à perdre la foi. Ils n’ont pas perdu la foi parce qu’ils ont constaté certaines erreurs dans la Bible. Ils ont perdu la foi parce que l’Eglise, sans répondre à leurs remarques, se contentait de répéter que cela n’était pas possible. Sans examiner sérieusement les objections soulevées, l’Eglise campait sur une position intransigeante qui était tout simplement indéfendable lorsque l’on étudiait les textes avec soin. La seule réponse possible étant la « politique d’autruche » : se cacher la tête pour éviter de voir les problèmes.

Or ce même problème se retrouve aujourd’hui dans certaines franges du monde évangélique. Ainsi, il n’y a pas si longtemps, j’ai pu lire mot pour mot ceci sur un site évangélique : « 1) Soit la Bible est infaillible dans tous les domaines, 2) soit elle n’a aucune valeur ».

En réduisant le choix à ces deux alternatives, les défenseurs de l’inerrance causent de grands dommages, car si la personne s’aperçoit que la proposition 1) est fausse, alors elle basculera  dans l’opinion 2).

Ce « faux choix » est d’autant plus problématique que beaucoup d’inerrantistes évangéliques reproduisent exactement les mêmes erreurs que l’Eglise catholique au moment de la crise moderniste. Ils affirment haut et fort que la Bible est inerrante et pour appuyer cela, outre quelques versets sortis de leurs contextes, inventent des fausses contradictions qu’ils résolvent (« technique de l’homme de paille »), mais refusent toujours de s’attaquer aux vrais problèmes. Lorsqu’on leur propose de discuter de ces vrais problèmes, la réponse est toujours la même : « je n’ai pas le temps ». Une telle attitude est tout simplement désastreuse sur le long terme, et illustre parfaitement ce que les sociologues appellent le « paradoxe des conséquences ».

En sociologie, on parle de « paradoxe des conséquences », lorsque notre action aboutit à un résultat contraire à notre intention. L’intention des inerrantistes est de valoriser la Bible pour défendre son autorité. Mais en soutenant une position insoutenable, ils aboutissent au résultat contraire. En réalité, je pense que le fondamentalisme est le meilleur allié du libéralisme qu’il prétend combattre.

Il est d’ailleurs intéressant de constater que certains inerrantistes sont eux-mêmes conscients de ce risque. William Lane Craig par exemple, un des grands philosophes évangéliques contemporains, tout en adhérant personnellement à l’inerrance biblique met en garde contre une croyance trop rigide qui risquerait d’entrainer une perte de foi. Un de ses anciens camarades, Bart Ehrman, un bibliste très connu, a d’ailleurs été victime de cela.

Un deuxième danger de l’inerrance est que cette doctrine pousse à déformer le sens du texte biblique. Pour résoudre les « contradictions apparentes », on en vient à inventer toutes sortes d’hypothèses totalement aberrantes qui permettent de concilier ces « contradictions apparentes ».

Les rabbins, partisans de l’inerrance biblique mais observateurs attentifs du texte biblique, avaient déjà su faire preuve d’une grande imagination pour résoudre les « contradictions apparentes ». Un exemple qui m’a toujours interpellé est le cas de l’adultère de David avec Bethsabée. Le texte biblique affirme très clairement que David a commis un adultère avec Bethsabée. Mais en même temps, l’auteur du Psaume 51, que la tradition considère comme la prière de repentance de David après son adultère, affirme, s’adressant à Dieu : « J’ai péché contre toi seul, et j’ai fait ce qui est mal à tes yeux, en sorte que tu seras juste dans ta sentence, sans reproche dans ton jugement. »

Affirmation étonnante de la part de quelqu’un qui vient de commettre un adultère. Le minimum serait au moins de reconnaître qu’il a aussi péché contre le mari de Bethsabée (Urie). Pour résoudre ce problème, les rabbins ont donc inventé une théorie très ingénieuse qui explique qu’en réalité David n’a jamais commis l’adultère avec Bethsabée, même si le texte biblique dit explicitement le contraire.

Ce cas peut paraître caricatural, mais les fondamentalistes chrétiens savent faire aussi bien. Du côté évangélique, une belle illustration de ce genre de pratiques nous est fournie par les théories concernant les récits de la résurrection. Au lieu de reconnaître honnêtement que les récits des différents évangiles présentent entre eux des divergences, on en vient à élaborer des théories complètement farfelues pour tenter de les concilier. Ces « réponses » ne convaincront que les convaincus et tendent à mon avis plus à décrédibiliser le christianisme qu’autre chose. Par ailleurs, en prenant l’habitude de déformer les passages historiques pour gommer les divergences, on risque très vite, sans s’en rendre compte, de se mettre à faire la même chose pour les textes doctrinaux.

Conclusion 

Les problèmes de l’inerrance

Pour résumer brièvement, je pense que la doctrine de l’inerrance comporte deux faiblesses majeures.

A) La première c’est qu’elle est basée sur un présupposé anachronique, au moins pour l’Ancien Testament, En effet, la doctrine de l’inerrance biblique affirme que les textes bibliques sont inerrants dans leurs manuscrits originaux. Cela suppose donc l’existence d’un manuscrit original pour chaque livre qui aurait été ensuite continuellement copié sans changement par les différents scribes. Si une telle idée peut être acceptée pour le Nouveau Testament, elle  n’a aucun sens pour les périodes précédentes comme je l’ai expliqué dans un article précédent.

B) Par ailleurs, la doctrine de l’inerrance n’est défendable qu’en restant dans le domaine de la spéculation. Dès qu’on en vient à des passages précis, les questions restent sans réponse. Ce refus de traiter les problèmes est une position insoutenable sur le long terme.

Les conséquences de l’inerrance biblique

L’adhésion à l’inerrance biblique peut entrainer deux problèmes principaux :

A) Un mauvais fondement de la foi qui peut conduire à la perte de celle-ci. En remplaçant Christ par la Bible et en pensant que l’inerrance biblique est indispensable au christianisme, le chrétien se place en grand danger puisque la découverte d’éléments invalidant l’inerrance biblique peut alors très vite le conduire à la perte de la foi chrétienne. En revanche, une foi fondée directement sur Christ ne peut pas être ébranlée.

B) L’orgueil et la violence. Tous les inerrantistes ne sont pas orgueilleux et violents, mais un survol historique et mon expérience personnelle m’ont montré que cette doctrine était très favorable au développement de ces deux sentiments pour les raisons que j’ai explicitées un peu plus haut.

Ma position actuelle : la perfection de la Bible

Plutôt que d’affirmer l’inerrance biblique, je préfère donc maintenant parler de « perfection de la Bible ». La Bible est parfaite, car elle est équilibrée et cet équilibre est le meilleur moyen de remplir le rôle qui lui a été confié. Je résumerai cela en deux points

A) La Bible est suffisamment fiable pour que l’on puisse croire à son témoignage (Luc 24 : 27)

B) Mais la Bible n’est pas inerrante pour ne pas faire d’ombre à la personne dont elle rend témoignage, Jésus de Nazareth, qui est la seule véritable « Parole de Dieu » (Jean 1 : 1)

Articles liés

Sommaire de la série :

L’inspiration et l’interprétation de la Bible

Article précédent :

Religion du Livre et Parole de Dieu

Article suivant :

Le rôle du Saint-Esprit dans l’interprétation de la Bible

A propos David Vincent 221 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.
  • Bonjour David,

    Tu touches là à bien des points ultra sensibles de la théologie évangélique et tu soulèves des questionnements que beaucoup aujourd’hui ne peuvent plus faire l’impasse de se poser.

    Ton approche historique nous montre bien combien nous sommes parfois dans l’illusion de croire que les chrétiens les plus influents ont toujours pensé comme nous sur ces points difficiles.

    Les ramifications à ce sujet sont nombreuses et complexes. Je suis persuadé qu’elles feront l’objet de débats intenses au sein du monde évangélique dans les années qui viennent!

  • Pingback: Divergences et crédibilité des récits évangéliques - Didascale()

  • Pingback: INERRANCE BIBLIQUE ET PERFECTION DE LA BIBLE (par: David Vincent) | lafoisansreligion()

  • Pingback: Inerrance biblique et perfection de la Bible | Glanures()

  • Pingback: Inerrance biblique et infaillibilité de la Bible | Philochristos()

  • Pingback: Le rôle du Saint-Esprit dans l'interprétation de la Bible()

  • marc laugt

    citation : « les auteurs de la Septante ont modifié de nombreux passages en apportant des corrections historiques ou théologiques, voire même « scientifiques » »
    As-tu des preuves de cela ? Par exemple donne moi un exemple de corrections historiques et scientifiques. Pour ce qui est des corrections théologiques, cela est compliqué, pour toute traduction tu dois d’abord comprendre le texte (et donc inconsciemment tu interprètes selon ta foi et ta théologie) et ensuite tu exprimes dans une autre langue ce que tu as compris. Ainsi obligatoirement il peut y avoir introduction de la foi du traducteur dans ce qu’il aura traduit sans même s’en apercevoir. Ensuite également, de manière consciente il peut choisir entre plusieurs sens-interprétations du texte quand il traduira, comme on peut le voir d’ailleurs dans toutes nos traductions de la bible. Mais toi tu parles de correction consciente de la théologie, c’est très différents. De plus tu imagines que toute différence entre le texte de la septante et la massorétique a été introduite par les traducteurs (par exemple le passage que tu cites : Amos 9 versets 11 et 12), c’est à dire que les traducteurs ont traduit la Septante à partir de la massorétique et donc ont introduit expressément des variations avec le texte. C’est ce leurrer complétement, ces variations pour beaucoup préexiste en hébreux, c’est à dire qu’il existait plusieurs variations hébraïque du texte, et que les traducteurs ce sont servit de ces variations, qui diffèrent de la massorétique. Si je prends l’exemple d’Amos 9 versets 11 et 12, qu’est-ce qui te fais croire qu’il n’existait pas de variation hébraïque du texte disant exactement ce que la Septante a traduit ?

    Citation : « Premièrement, les chrétiens, ou au moins les docteurs de l’Eglise, étaient au courant de ces modifications, plusieurs passages de leurs écrits l’attestent très clairement ».
    Peux-tu m’en donner quelques exemples ?

    • Bonjour Marc,

      Je te rassure, je connais la structure de l’hébreu. Si j’ai pris l’exemple d’Amos c’est justement parce que le texte hébreu ne peut pas aboutir au texte grec sans modifications. J’ai pris soin de vérifier cela auprès de plusieurs spécialistes hébraïsants et hellénistes.

      Il y en a d’autres, mais ce qui est intéressant avec ce cas, c’est qu’il est cité dans le NT.

      Pour les modifications historiques et scientifiques, il y en a plusieurs dans le Pentateuque. Je donnerai quelques exemples lorsque je reprendrai les études sur la Septante.

      Pour les citations des Pères de l’Eglise, je ferai aussi un article avec les différents textes.

      • marc laugt

        citation : « Si j’ai pris l’exemple d’Amos c’est justement parce que le texte hébreu ne peut pas aboutir au texte grec sans modifications. J’ai pris soin de vérifier cela auprès de plusieurs spécialistes hébraïsants et hellénistes ».
        Je viens de vérifier moi même, et je me rend compte que tu ne t’es pas très renseigné contrairement à ce que tu dis. Une variante textuelle hébraïque a été proposé pouvant être à l’origine du texte de la Septante : au lieu de אדום Edom on a אדם Adam (on peut vérifier l’existence de cette variante par des textes en arabe et en Syriac). Et au lieu יירשו ils posséderont (ou qu’ils possèdent) on a ידרשו ils rechercheront (le sujet devient le reste des hommes (adam) et non Israel). La version arabe a également une variante avec l’ajout le Seigneur. On obtient ainsi « afin que le reste des hommes cherche le Seigneur ». De toute manière, sans même savoir s’il existe une variante hébraïque on pouvait conclure dans ce cas précis avec une grande probabilité qu’il existait une variante textuelle hébraïque sur ce texte. En effet la Septante était utilisé par des personnes en dehors de Judée ou d’Israël, à des personnes dont la langue maternelle n’est pas l’araméen ou l’hébreu, et dont la langue grec était mieux maitrisé que l’hébreu. Or dans ce cas précis ce n’ai pas le cas, car autant les auditeurs que Jacques sont de langue hébraïque puisque ça se passe à Jérusalem, donc cela suggère bien l’existence d’une variante hébraïque sur ce texte.

        • Bonsoir Marc,

          Avant de critiquer les autres, il est nécessaire de maitriser quelque peu le sujet.

          Les version syriaques et arabes ont été traduites à partir de la Septante. Il est donc normal que leur texte corresponde, mais cela ne prouve nullement l’existence d’une quelconque variante hébraïque.

          Par ailleurs, le texte de ce passage retrouvé à Qumran a au contraire prouvé que le texte hébraïque correspondait bien au texte rabbinique, puis massorétique qui nous a été transmis.

          Concernant la version arabe, j’avais d’ailleurs fait un court article sur le sujet :
          http://didascale.com/la-septante-chez-les-arabes/

  • Plazbovo Tennis

    Bonjour David,

    Tu dis que « les traducteurs de la Septante avaient déjà eux même
    effectué un certains nombre de corrections historiques (ou
    théologiques) ».

    La parfaite concordance entre toutes les versions proposées par les
    72 des 12 tribus serait alors une légende folklorique ? car j’ai peine à
    croire que tous ont apporté les correctifs dans leur traduction en
    grec, alors qu’on leur demandait de traduire et non de corriger !

    • Bonjour Laurent,

      Je pense effectivement que cela relève de l’embellissement. On le voit d’ailleurs lorsque l’on compare les différents récits qui nous sont donnés.

      Cela dit, la Septante est un sujet qui me passionne et c’est grâce à ça que j’ai commencé la recherche.

      Je referai certainement une série d’articles plus sur ce thème. On pourra en rediscuter à ce moment.