Introduction à la Septante

Au cours de mes études d’histoire, j’ai eu l’occasion de découvrir la Septante, la Bible de l’Eglise ancienne. A travers cette nouvelle série d’articles, j’aimerais à mon tour vous présenter cette Bible. Dans cet article d’introduction, j’évoquerai d’abord l’histoire de cette Bible, puis les différences entre cette version et le texte rabbinique, qui est le texte qu’on trouve dans les Bibles des confessions occidentales (catholicisme romain et protestantisme). Enfin, je conclurai en donnant trois bonnes raisons d’utiliser la Septante.

Histoire de la Septante

Son origine

Le terme de Septante, qui veut dire soixante-dix, se réfère au nombre des scribes judéens qui ont entrepris la traduction du Pentateuque, c’est-à-dire les cinq premiers livres de la Bible (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome). Au sens strict, la Septante ne désigne donc que la traduction grecque de ces cinq premiers livres. Cependant très vite, ce terme prend un sens plus large et désigne l’ensemble des livres bibliques traduits en grec à l’époque hellénistique (après Alexandre le Grand), y compris ceux qui ne seront ensuite pas acceptés dans le canon pharisien.

Cette traduction a au départ été approuvée par les rabbins et même justifiée bibliquement. C’est cette version de la Bible qui était utilisée par les Judéens d’Alexandrie et d’une manière générale par l’ensemble des hellénistes, c’est-à-dire des Judéens de langue grecque. Mais l’opinion rabbinique  change après l’apparition du christianisme.

Sa réception dans l’Eglise

Dès la génération apostolique, les chrétiens parlent majoritairement grec, et le Nouveau Testament lui-même a presque été entièrement rédigé en grec. De plus, ce sont principalement les Judéens de diaspora (comme Prisca et Aquilas ou Apollos) qui partent en mission auprès des païens. Ils transmettent donc aux nouveaux convertis, la version de la Bible qu’eux-mêmes utilisent. Cela explique pourquoi, très vite, la Septante, devient la « Bible de l’Eglise », c’est-à-dire la version officielle utilisée par tous les chrétiens.

Or cette version présente plusieurs différences avec le texte rabbinique. Il ne faudrait cependant pas croire que les docteurs de cette époque étaient ignorants de ces différences. Au contraire, les textes de Justin Martyr, Irénée de Lyon ou Origène montrent bien que ceux-ci savaient que cette version ne correspondait pas à la version reconnue officiellement dans le judaïsme rabbinique. Cependant ils ont refusé de se conformer au texte rabbinique et ont préféré conserver la Septante comme texte officiel de l’Eglise par fidélité aux apôtres.

Le tournant occidental 

Les premières traductions latines de la Bible ont été faites à partir de la Septante. La situation change en Occident à la fin du IVe siècle. Le pape Damase  demande à un érudit, Jérôme, de réaliser une nouvelle traduction latine de la Bible pour remplacer la Vetus Latina. Celui-ci, sous l’influence d’un rabbin, décide de baser sa traduction, non plus sur la Septante, mais sur le  Texte rabbinique. Cette position sera ensuite constamment adoptée par tous les traducteurs occidentaux jusqu’à nos jours, qu’ils soient catholiques romains ou protestants. Notons cependant que les Eglises d’Orient conservent toujours le texte de la Septante comme Ancien Testament.

 Les différences

Venons en maintenant aux différences. Elles peuvent être de deux ordres, et avoir deux causes et deux origines.

 Quantitatives/qualitatives

 Les différences peuvent être quantitatives ou qualitatives.

Quantitatives

Parfois le texte de la Septante est plus long ou plus court que le texte rabbinique. Le cas extrême est le Livre de Jérémie, où le texte de la Septante est à peu près 20% plus court que le texte rabbinique. A l’inverse, les livres d’Esther et de Daniel contiennent des passages supplémentaires.

Qualitatives

D’autres fois, le texte est identique en quantité, mais le sens est différent. Ces différences peuvent être d’ordre historiques (les chronologies par exemple) ou théologiques.

 Les causes

Ces différences peuvent avoir deux causes possibles :

a) une vocalisation différente

b) une modification du texte consonantique.

L’hébreu a la particularité, comme beaucoup de langues sémitiques, d’être une langue consonantique, c’est à dire qu’on écrit que les consonnes. Par conséquent, un même texte offre parfois plusieurs possibilités de lecture.Si j’écris « bnn » par exemple, je peux lire « banane » ou « bonne ». Les possibilités sont d’autant plus nombreuses que dans le texte hébreu original, il n’y a pas de séparation entre les mots. Toutefois toutes les divergences entre le texte rabbinique et la Septante ne peuvent pas s’expliquer par des différences de lectures. Certaines de ces différences impliquent un texte consonantique différent.

Les origines

Ce texte consonantique peut être différent pour trois  raisons :

a) soit parce qu’il a été modifié par les rabbins

b) soit parce qu’il a été modifié par les traducteurs de la Septante.

c) soit parce qu’il existait déjà un texte hébreu différent

En effet contrairement à ce que l’on croit actuellement, les Judéens de l’époque ne pensaient pas que le texte était immuable. Au contraire, le Talmud, la Loi orale des pharisiens, dit expressément que les rabbins ont le droit de modifier le texte écrit sous certaines conditions. Ils n’hésitaient donc pas le cas échant à l’actualiser.

Conclusion

Pour conclure, je vous propose quelques bonnes raisons d’utiliser la Septante :

a) Il est utile de comparer les deux versions afin de repérer les éventuelles modifications.

b) Le vocabulaire de la Septante est souvent repris dans le Nouveau Testament, étudier la Septante permet donc de mieux comprendre le sens de certains termes

c) Comme nous le verrons dans les prochaines articles, les auteurs du Nouveau Testament eux-mêmes utilisaient la Septante et certaines allusions ou citations de l’Ancien Testament dans le Nouveau Testament ne sont compréhensibles qu’en connaissant la Septante.

Bibliographie

Dorival, G., Munnich, O. & Harl, M. (1993). La Bible grecque des Septante. Paris : Cerf.

Articles liés

Sommaire de la série :

La Septante

Article suivant :

La langue des Judéens à l’époque de Jésus

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A propos David Vincent 209 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.
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  • marc laugt

    C’est un peu faux de penser que les premiers chrétiens, comme les apôtres, utilisaient la Septante, puisque tous les passages du nouveau testament ne sont pas des citations de la Septante mais des paraphrases de la Septante. Ce qui laisse penser qu’ils utilisaient un texte différent (peut être en Hébreux, puisqu’ils étaient Juifs), mais ayant une grande similitude avec la Septante (peut être le texte Hébreu dont c’est servit la Septante, ou une autre traduction de ce texte …). D’ailleurs on voit que le texte de Qumran, la Septante, le texte Samaritain et un certains nombres d’autres manuscrits sont très proches contrairement à la massorétique.

    tu dis que le Talmud, la Loi orale des pharisiens, dit expressément que les rabbins ont le droit de modifier le texte écrit sous certaines conditions, et qu’ils n’hésitaient donc pas le cas échant à l’actualiser. Peux tu me dire ces conditions, et éventuellement tes sources ?

    Puisque le texte de la massorétique est le seul à s’éloigner des autres manuscrits, on peut penser en effet que les rabbins en le réactualisant aurait modifié le texte, ou aurait délibérément retenus (trié) les différences entres les manuscrits où il y avait un désaccord avec les chrétiens, et ou propre à leur foi.

    • Bonjour Marc,

      Ton message met l’accent sur un point important.
      J’ai dit que les apôtres utilisaient la Septante, mais je n’ai pas dit que cette utilisation était exclusive.
      La grande majorité des citations de l’Ancien Testament dans le Nouveau Testament (environ 70%) proviennent de la Septante, mais d’autres, comme tu le rappelles, peuvent aussi provenir du texte hébreu ou de d’autres versions grecques, voire même du Targum.

      Pour ce qui est des références talmudiques, je développerai tout cela dans un article consacré aux « tiqquné sopherim » (« les corrections de scribes »).

      Maintenant la question de l’interaction entre les différents manuscrits est un peu plus complexe. J’aurai aussi l’occasion d’en reparler.
      En attendant, si tu as d’autres remarques, n’hésite pas à les partager.

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  • simon

    Daniel 8:14
    Septante : 2400 jours
    Masoretique : 2300 soirs et matins.

    Qu’en pensez vous?

    Pour moi les 2400 jours posent un problème de compréhension et de cohérence avec les autres prophéties.
    On parle d’offrande suprimées, or les offrandes du perpetuel ont lieu 2 fois par jour, 1 le soir et 1 le matin (exode).
    Du coup 2300 soirs et matins font 1150 jours ce qui est tout a fait cohérent avec Daniel9, Daniel12, Mathieu24, Apocalypse13. avec 2400 jours, ça me semble compliqué.

    • Bonjour Simon,
      Les articles sur la LXX ont été publiés un certain temps et je n’ai pas eu le temps d’y retravailler depuis.
      Ceci dit, je comptais bientôt reprendre cela.
      J’ai bien pris note de te remarque et je vais y réfléchir.

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