La foi au défi des études historiques

Suite à mon article sur la foi et les sciences religieuses, on m’a demandé quelques précisions concernant les questions qui ont mis en cause ce que l’on m’avait appris et qui ont pu, potentiellement, présenter un danger pour ma foi.

Il m’a paru intéressant de partager cela avec vous, tout en précisant que c’est un ressenti très personnel, qui dépend beaucoup du parcours et de la personnalité de chacun. Pour comprendre, en quoi ces découvertes ont pu être un défi, il convient donc brièvement de rappeler mon arrière-plan.

Arrière-plan

Je viens d’un milieu protestant fondamentaliste (ce terme n’ayant aucune connotation négative pour moi) qui insiste fortement sur l’autorité de la Bible. En soi, c’est un point qui me semble plutôt positif. Seulement, la contrepartie négative de ce principe est le développement d’une théologie assez simpliste de l’inspiration de la Bible, qui est littéralement conçue comme un « Coran chrétien ». Toute remise en cause de cette position est vue comme une remise en cause directe de la foi chrétienne.

De fait, trois points ont pu présenter un défi pour ma foi. Je les propose successivement, mais il n’y a pas d’ordre précis.

Le problème du canon biblique

Une première question est celle du canon biblique. C’est un sujet auquel je consacre actuellement une série d’articles et qui m’a passionné car il pose un problème fondamental si on adhère à une conception étroite du sola scriptura. Toute doctrine est normalement fondée sur la Bible, mais à aucun endroit la Bible ne se définit elle-même. Par conséquent, comment justifier que la Bible contienne 66 livres ?

Pour l’Ancien Testament, on résolvait le problème en affirmant que l’Eglise avait tout simplement repris le « canon juif ». Quant au Nouveau testament, il s’agissait d’une sorte de consensus surgit d’on ne sait trop où.

Seulement, lorsque l’on étudie sérieusement l’histoire de la Bible, ces deux « solutions » sont très vites réfutées. D’une part, il n’existait pas de « canon juif » à l’époque de Jésus. Tout au plus pourrait-on parler d’un « canon pharisien », mais en réalité, les pharisiens eux-mêmes n’étaient pas d’accord entre eux sur la délimitation exacte du canon biblique. Ainsi, j’ai par exemple signalé dans un autre article que dans le Talmud certains rabbins citaient le Siracide comme faisant partie de la Bible. D’autre part, la composition du Nouveau Testament a été beaucoup plus discutée que ce que l’on en dit couramment, aussi bien à l’époque ancienne qu’au temps de la Réforme, et le choix de 27 livres n’a rien d’évident.

Pluralité et fluidité textuelles de la Bible

Le deuxième problème soulevé est celui de la pluralité textuelle de la Bible. On m’avait appris à considérer que le Texte Massorétique était le texte biblique de référence. Or, j’ai découvert qu’il existait en réalité d’autres versions du texte biblique, dont la plus connue était la Septante. Or, ces versions ont parfois de grandes divergences, quantitatives et qualitatives, entre elles. J’en parlerai plus en détail lorsque je reprendrai ma série d’introduction à la Septante.

J’ai ensuite découvert que les scribes qui nous ont transmis la Bible n’avaient tout simplement pas la même conception du texte que nous. Pour eux, le texte n’était pas fermé, ils pouvaient, tout en le transmettant, le corriger et le compléter. Là encore, je ferai une série d’articles sur ce thème pour présenter des cas concrets. Ce que je veux juste souligner ici, c’est que cette pluralité et cette fluidité textuelles sont difficilement conciliables avec une vision fondamentaliste de la Bible.

Problèmes historiques

Enfin, le troisième problème touche aux divergences que l’on peut constater entre le texte biblique et l’histoire. Une lecture fondamentaliste pousse à considérer comme historique toutes les histoires contenues dans la Bible. Or, là encore, une étude attentive, aussi bien interne qu’externe, montre que cela est difficilement tenable. Un exemple tout simple, la sortie d’Egypte. Les Hébreux arrivent à soixante-dix (ou soixante-quinze) en Egypte et deux siècles après, ils sortent à plusieurs millions. Cela impliquerait qu’à chaque génération, toutes les femmes aient eu plusieurs dizaines d’enfants.

En réalité, plus on étudie certains récits, plus on se rend compte que la part d’historicité est assez limitée et qu’ils relèvent plutôt d’un autre genre littéraire : les récits de fondation.

C’est aussi dans cette catégorie de difficultés que l’on peut situer la remise en cause de l’attribution du Pentateuque (les cinq premiers livres de la Bible) à Moïse. Sujet dont je parlerai prochainement.

En soi, cela ne remet nullement en cause la foi chrétienne, mais pour quelqu’un qui vient de mon milieu, cela peut être extrêmement troublant. Pour être tout à fait honnête, comme je l’ai signalé dans mon parcours personnel, je pense même que je serais devenu athée si Dieu ne s’était pas clairement manifesté à moi.

Conclusion

En conclusion, j’ai voulu répondre à cette question et partager ce bref témoignage personnel, car je me suis dit que cela ferait une bonne introduction à de prochains articles où j’évoquerai justement le développement des sciences historiques et leur application à la Bible.

Version vidéo

Articles liés

Sommaire : L’inspiration et l’interprétation de la Bible

Il est possible de me contacter pour réagir à l’article.

 

 

 

A propos David Vincent 265 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.