Le rôle du Saint-Esprit dans l’interprétation de la Bible

Après avoir vu le rôle du Saint-Esprit dans l’inspiration de la Bible, j’aimerais maintenant m’intéresser à son rôle dans l’interprétation. On s’imagine souvent que le Saint-Esprit est là pour nous révéler des vérités intellectuelles et qu’Il nous permet de mieux comprendre la Bible.

Je ne crois toutefois pas que ce soit là son but. Plus exactement, je ne pense pas qu’il s’y prenne de la manière dont on l’imagine couramment. C’est ce que j’aimerais vous partager dans cet article.

Je commencerai par exposé les deux positions extrêmes, puis je reviendrai sur la notion de « vérité » d’un point de vue biblique, ce qui permettra de mieux comprendre la manière dont le Saint-Esprit agit. Enfin, je terminerai en évoquant la question de l’individualisme.

Esprit et intelligence

Nous voyons que les Ecritures distinguent l’esprit et l’intelligence :

« Car si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence demeure stérile. Que faire donc ? Je prierai par l’esprit, mais je prierai aussi avec l’intelligence ; je chanterai par l’esprit, mais je chanterai aussi avec l’intelligence. » 1 Corinthiens 14 : 14-15

 Chacune de ces facultés a une fonction particulière et chacune est utile. Le danger est d’en privilégier l’une au détriment de l’autre.

Deux positions extrêmes : mysticisme et intellectualisme

L’intellectualisme

Le premier extrême peut être appelé l’intellectualisme, il s’agit d’un raisonnement purement théologique, voire philosophique, coupé d’une réelle vie chrétienne. La personne réfléchit sur Dieu mais n’a pas de véritable relation avec Lui. Cela se rencontre souvent chez les protestants libéraux où l’on peut même trouver des théologiens athées.

Le mysticisme

Toutefois, dans le monde évangélique, c’est plutôt l’extrême inverse qui sévit. Sous prétexte d’être « en contact avec l’Esprit », on néglige complètement l’aspect intellectuel. On pense que le Saint-Esprit nous révèle le sens des Ecritures par une simple inspiration sans qu’une étude approfondie ne soit nécessaire. Chaque lecteur invente ses propres doctrines, tout étant persuadé d’être inspiré par l’Esprit-Saint. Cette erreur vient, à mon avis, d’une mauvaise compréhension de la définition biblique de la « vérité ».

La Vérité d’un point de vue biblique

Instinctivement, lorsqu’il est question de « vérité » nous pensons à une opinion intellectuelle jugée vraie. Pourtant, le christianisme nous présente avant tout la Vérité comme une personne.

En effet, la Vérité s’est incarnée dans un homme, Jésus, qui déclara Lui-Même : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi ». (Jean 14 : 6)

Est dans la Vérité, celui qui accepte que Jésus est le Christ, Parole de Dieu faite chair pour le salut de l’humanité. Cette acceptation se traduisant avant tout par un changement de vie et de comportement.

La Vérité n’est donc pas une connaissance intellectuelle, au sens contemporain du terme, mais avant tout une pratique, il ne s’agit pas de « croire » mais de « faire ». Avoir la foi ce n’est pas simplement adhérer à des opinions intellectuelles, mais les mettre en pratique. Si nous croyons à quelque chose, mais que cela n’a aucune conséquence dans notre vie, alors nous ne différons pas des incrédules.

« Mettez en pratique la parole, et ne vous bornez pas à l’écouter, en vous trompant vous-mêmes par de faux raisonnements. Car, si quelqu’un écoute la parole et ne la met pas en pratique, il est semblable à un homme qui regarde dans un miroir son visage naturel, et qui, après s’être regardé, s’en va, et oublie aussitôt quel il était. » Epître de Jacques 1 :22-24

Cette compréhension de la Vérité nous permet de mieux saisir le rôle du Saint-Esprit.

Le rôle du Saint-Esprit

 « Quand le consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. » Jean 16:13

En s’appuyant sur ce verset beaucoup de personnes s’imaginent qu’elles sont guidées par le Saint-Esprit dans leur lecture et leur compréhension de la Bible. Si on les écoute, chacune affirme être inspirée et pourtant toutes se contredisent.

Bien sûr, chacun dira que lui est dans la vérité, bien guidé par l’Esprit Saint, et que ce sont les autres qui s’égarent. En réalité, il me semble que ces personnes commettent deux erreurs :

a) Le Saint-Esprit qui agit dans l’individu n’a pas pour vocation d’établir une vérité doctrinale « intellectuelle » mais de transformer le comportement et la vie de la personne. C’est cette transformation qui aura pour conséquence d’amener chaque chrétien à mieux comprendre la Bible.

b) Même si chaque chrétien est rempli de l’Esprit Saint, le Saint-Esprit n’a pas été en premier lieu donné aux individus en particulier, mais à l’ensemble du corps de Christ, l’Eglise. C’est cette Eglise qu’Il conduit dans la vérité. C’est pour cela que l’apôtre Paul peut affirmer que l’Eglise est la « colonne et l’appui de la vérité » (1 Timothée 3 : 15). L’étude des Ecritures ne peut donc pas être coupée de cette dimension communautaire. Commençons donc par le point a).

Jacques, Paul et l’alimentation

Je pense que la Bible elle-même atteste que le Saint-Esprit n’a pas vocation à établir des vérités doctrinales intellectuelles au niveau individuel. Pour illustrer cela, je prendrai l’exemple du « débat alimentaire » qui a eu lieu dans l’Eglise au temps des apôtres. Lisons attentivement ce passage :

« Alors il parut bon aux apôtres et aux anciens, et à toute l’Eglise, de choisir parmi eux et d’envoyer à Antioche, avec Paul et Barnabas, Jude appelé Barsabas et Silas, hommes considérés entre les frères. Ils les chargèrent d’une lettre ainsi conçue: Les apôtres, les anciens, et les frères, aux frères d’entre les païens, qui sont à Antioche, en Syrie, et en Cilicie, salut! Ayant appris que quelques hommes partis de chez nous, et auxquels nous n’avions donné aucun ordre, vous ont troublés par leurs discours et ont ébranlé vos âmes,  nous avons jugé à propos, après nous être réunis tous ensemble, de choisir des délégués et de vous les envoyer avec nos bien-aimés Barnabas et Paul,   ces hommes qui ont exposé leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous avons donc envoyé Jude et Silas, qui vous annonceront de leur bouche les mêmes choses. Car il a paru bon au Saint-Esprit et à nous de ne vous imposer d’autre charge que ce qui est nécessaire, savoir, de vous abstenir des viandes sacrifiées aux idoles, du sang, des animaux étouffés, et de l’impudicité, choses contre lesquelles vous vous trouverez bien de vous tenir en garde. Adieu» Actes des apôtres 15, 22-30

Dans cette lettre, Jacques et les apôtres interdisent expressément aux chrétiens la consommation de « viandes sacrifiées aux idoles » et « d’animaux étouffés ». Notons bien que pour eux il ne s’agit pas d’une mesure temporaire ou d’un compromis provisoire pour ne pas choquer certains croyants, mais bien d’une chose « nécessaire ».

Or, l’apôtre Paul enseignera exactement le contraire dans ses épîtres en disant qu’un chrétien peut manger  de tout ce qui se vend au marché, sans souci de conscience (1 Corinthiens 10 : 25). Cette remarque est d’autant plus forte qu’à cette époque la viande vendue sur les marchés grecs provenait justement des sacrifices païens (1), ce que Paul ne pouvait pas ignorer. Ainsi nous voyons que Paul et Jacques, tous deux revendiquant l’inspiration du Saint-Esprit, ont pu avoir des divergences d’opinions sur certaines questions. Cela remet-il en cause la parole de Jésus ? Oui si l’on considère la vérité comme une série d’opinions intellectuelles, non si l’on comprend ce qu’est réellement la Vérité. 

L’individualisme et l’Eglise

Le deuxième problème est celui de l’individualisme qui est souvent exacerbé dans les milieux évangéliques à cause d’une mauvaise compréhension du rôle du Saint-Esprit.

Pour reprendre ce que je disais au début de l’article, je ne pense pas que le Saint-Esprit révèle individuellement des vérités doctrinales, car cela irait contre la volonté même de Dieu. En effet, une telle attitude encouragerait l’isolement des chrétiens, chaque chrétien pensant pouvoir comprendre tout, tout seul, avec sa Bible. Cette conception des choses est en opposition avec le principe même de l’Eglise. Au contraire, l’Eglise a été conçue par Dieu comme un corps, le corps de Christ, où chaque membre est interdépendant des autres. Ainsi, le meilleur moyen de comprendre la Bible est justement de prendre place dans ce corps et d’être connecté aux autres membres, c’est-à-dire interagir avec les autres chrétiens de notre époque, mais aussi des époques précédentes.

Une deuxième erreur consiste en effet à s’imaginer, consciemment ou non, que le christianisme débute en Europe moderne. Non, depuis 1900 ans les chrétiens commentent la Bible, et lire ce que les générations précédentes nous ont laissé n’est jamais une perte de temps. Au contraire, pour continuer l’édification du Temple, il faut s’appuyer sur les fondations posées par les apôtres et le travail des générations de croyants qui nous ont précédés. C’est cette dimension collective, communautaire et transgénérationnelle, qui fait le plus défaut dans les milieux évangéliques.

Conclusion

Le Saint-Esprit est indispensable à une bonne compréhension du texte biblique (2). Néanmoins, c’est une erreur d’imaginer que cette compréhension du texte biblique nous serait révélée de manière individuelle et « spontanée », comme par illumination.

Comme le terme de « Saint » l’indique, le Saint-Esprit a avant tout pour mission de « sanctifier » chaque croyant. C’est cette sanctification qui amènera le chrétien à mieux comprendre les Ecritures, puisqu’elle détruira tout ce qui peut faire obstacle à cette meilleure compréhension (orgueil, paresse, préjugés, etc.)

Le travail du Saint-Esprit consiste avant tout à transformer nos vies pour que nous soyons renouvelés et prêt à prendre notre place de membre du corps de Christ. C’est seulement en tant que membre, et en coordination avec les autres membres, que nous pourrons progresser dans la compréhension des Ecritures et la connaissance de Dieu.

Cette meilleure compréhension implique donc de notre part un véritable travail et une étude minutieuse des textes bibliques.

Notes

(1) Sur ce sujet voir : Detienne, M. & Vernant, J.-P. (dir.). (1979). La cuisine du sacrifice en pays grec. Paris : Gallimard.

(2) Voir mon article sur les 3 sens des Ecritures

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A propos David Vincent 222 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.