L’Epître de Barnabé

L’Epître de Barnabé est un petit traité présenté sous forme de lettre. Son lieu d’origine est inconnu, tout comme son auteur. Une origine alexandrine est cependant possible, car l’auteur se réfère au Livre d’Hénoch, qui était surtout utilisé dans les Eglises d’Afrique.

Concernant l’auteur, on sait que c’est un enseignant de l’Eglise ancienne, qui écrit à la fin du 1er siècle ou au début du 2e siècle, mais on ne peut guère être plus précis.

Diffusion

Comme Le Pasteur d’Hermas, l’Epître de Barnabé figure dans le Codex Sinaiticus et elle a été citée comme « Ecriture » par plusieurs Pères de l’Eglise, notamment les alexandrins (Clément et Origène). Eusèbe la range dans les « écrits controversés ». Certains ont aussi pu croire qu’elle avait été écrite par Barnabé, le compagnon de l’apôtre Paul. C’est pour cette raison que l’on parle aujourd’hui plutôt de Pseudo-Barnabé, pour éviter une possible confusion.

But

Le thème principal de cette épître est de mettre les chrétiens en garde contre les judaïsants en insistant sur le fait que Christ a accompli toute la Loi. Il n’y a donc plus à regarder en arrière. L’auteur souligne à plusieurs reprises l’inutilité des sacrifices et critique même le culte terrestre du Temple en insistant sur le fait que le véritable Temple est spirituel. Dans la Nouvelle Alliance, l’Eglise a pris le relais du peuple hébreu (1).

Cet enseignement, qui s’étend des chapitres 1 à 17, est ensuite suivi d’une exhortation morale, chapitres 18 à 21, qui reprend les principes énoncés dans la Didachè.

Extraits

Pour terminer, je propose deux extraits qui illustrent ce que je viens de présenter.

Une exégèse allégorique des prescriptions mosaïques

« Si Moïse a dit : « Vous ne mangerez ni porc, ni aigle, ni épervier, ni corbeau, ni d’aucun poisson ne portant pas d’écailles », c’est qu’il avait reçu l’intelligence d’un triple enseignement. Enfin il leur dit dans le Deutéronome : J’exposerai à ce peuple mes volontés. » Ne pas manger n’est donc pas un commandement de Dieu ; bien plutôt Moïse a-t-il usé d’un langage spirituel.

Voici le sens de ce qu’il dit du « porc » : Tu ne t’attacheras pas, veut-il dire, à ces hommes qui ressemblent aux porcs en ceci que dans les délices de l’abondance ils oublient le Seigneur, mais dans le besoin ils s’en souviennent bien. Ainsi le porc : tant qu’il mange, il ne connaît pas son maître, mais dès qu’il a faim, il grogne pour se taire à nouveau aussitôt satisfait.

« Tu ne mangeras pas non plus, dit-il, d’aigle, ni d’épervier, ni de milan, ni de corbeau. » C’est-à-dire : Tu ne t’attacheras pas, en les imitant, à ces hommes qui ne savent pas gagner leur nourriture par le travail et la sueur, mais qui dans leur impiété s’emparent du bien d’autrui. Tout en se promenant d’un air innocent, ils sont aux aguets, à l’affût d’une proie que leur cupidité va dépouiller. Ainsi, seuls parmi les oiseaux, ces rapaces ne gagnent pas eux-mêmes leur nourriture, mais se postent, oisifs, en cherchant l’occasion de se nourrir de la chair des autres, véritables fléaux dans leur cruauté.

« Et tu ne mangeras, dit-il, ni murène, ni pieuvre, ni seiche. » C’est-à-dire : tu n’imiteras pas, en t’attachant à eux, ces hommes qui sont fondamentalement impies et déjà condamnés à mort. Ainsi ces poissons : seuls à être maudits, ils nagent dans les profondeurs sans remonter comme les autres et demeurent en bas sur le fond de l’abîme. » (2)

Le Temple

« En outre, au sujet du Temple, je vous dirai que dans leur égarement ces malheureux ont placé leur espoir dans un édifice, comme si c’était la maison de Dieu, et non dans leur Dieu qui les a créés. Presque comme les païens, ils l’ont enfermé dans l’enceinte consacrée du Temple. Mais apprenez en quels termes Dieu refuse le Temple :

« Qui a mesuré le ciel à l’empan, ou la Terre à la poignée ? N’est-ce pas moi dit le Seigneur ? Le ciel est mon trône, la Terre mon marchepied. Quelle maison me bâtirez-vous et quel sera le lieu où je reposerai ? » (Es 40 : 12 et 66 : 1)

Vous avez compris que leur espérance est vaine. Enfin, Il dit encore : « Voici que ceux-là mêmes qui ont détruit ce Temple le rebâtiront. » C’est ce qui arrive, car, du fait de leur guerre, le Temple fut détruit par les ennemis. Et maintenant, ce sont les serviteurs des ennemis qui le rebâtiront.

Il avait été également révélé que la ville, le Temple et le peuple d’Israël devaient être livrés. L’Ecriture dit en effet : « Il arrivera à la fin des jours que le Seigneur livrera à la destruction les brebis du pâturage, la bergerie et leur tour. » Et l’événement fut conforme à la parole du Seigneur.

Il nous faut donc chercher s’il y a un Temple de Dieu. Oui, il y en a un, là où lui-même dit qu’Il le réalise et l’apprête. Car il est écrit : « Quand la semaine sera achevée, il arrivera qu’un Temple de Dieu sera bâti, dans la splendeur, au nom du Seigneur. »

Je trouve donc qu’il y a un Temple. Et comment « sera-t-il bâti au nom du Seigneur » ? Apprenez-le : Avant que nous ne croyions en Dieu, nos coeurs étaient une habitation corruptible et fragile, tout à fait comme un temple bâti de main d’homme. En effet, ils regorgeaient d’idolâtrie et n’étaient que demeures de démons puisque toutes nos actions s’opposaient à Dieu. Mais « il sera bâti au nom du Seigneur » ? Prenez garde, afin que le Temple du Seigneur soit bâti « dans la splendeur ». Comment ? Apprenez-le : En recevant le pardon des péchés, en mettant notre espérance dans le Nom, nous sommes devenus nouveaux, recréés depuis le commencement. C’est pourquoi Dieu habite vraiment en nous dont Il fait sa demeure. Comment ? Par la parole de sa foi, la vocation de sa promesse, la sagesse des préceptes, les commandements de la doctrine, c’est lui qui prophétise en nous, qui habite en nous. Ainsi fait-Il entrer dans le Temple incorruptible ceux qui étaient asservis à la mort, en ouvrant pour nous la porte du Temple, c’est-à-dire la bouche, et nous donnant la repentance. En effet, celui qui désire être sauvé ne regarde pas à l’homme, mais à celui qui demeure en lui et parle à travers lui (…) Voilà le temple spirituel bâti pour le Seigneur. » (3)

Notes

(1) Ps-Barnabé, Epître aux chrétiens, 13, 1.

(2) Ps-Barnabé, Epître aux chrétiens, 10, 1-5.

(3) Ps-Barnabé, Epître aux chrétiens, 16.

Bibliographie

Epître de Barnabé, (trad. P. Prigent), Paris, Le Cerf, 1971. (SC 172).

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A propos David Vincent 283 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.