Les chrétiens doivent-ils se rassembler dans des maisons ?

Dans le monde protestant, l’Eglise locale peut prendre des formes très diverses, allant des Mégachurch aux groupes de maisons, voire aux rassemblements virtuels. Les Mégarchurch sont des Eglises géantes qui, en France, peuvent réunir plusieurs milliers de personnes, mais qui, dans d’autres pays (en Amérique et Asie notamment), peuvent même compter plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de fidèles. A l’inverse, il existe aussi tout un mouvement d’ « Eglises de maisons » qui se développe de plus en plus et qui invite les chrétiens à abandonner les « Eglises traditionnelles » pour revenir à un mode de rassemblement « plus biblique ». Existe-t-il vraiment un mode de rassemblement plus biblique ? D’où viennent les églises ? C’est ce que je vous propose d’examiner dans cet article.

Les réunions des disciples dans le Nouveau Testament

La première chose à signaler, et qui n’est pas anodine, c’est qu’aucun des auteurs du Nouveau Testament ne donne d’instructions précises concernant les modalités de réunion. En revanche, nous pouvons trouver des exemples historiques de leurs pratiques.

Ce qui domine, c’est avant tout le pragmatisme : les disciples se réunissaient là où ils pouvaient. Le plus souvent, les réunions se tenaient dans les maisons de convertis, mais elles pouvaient aussi se dérouler dans une synagogue, si les autorités le permettaient, ou une école :

« Ensuite Paul entra dans la synagogue, où il parla librement. Pendant trois mois, il discourut sur les choses qui concernent le royaume de Dieu, s’efforçant de persuader ceux qui l’écoutaient. Mais, comme quelques-uns restaient endurcis et incrédules, décriant devant la multitude la voie du Seigneur, il se retira d’eux, sépara les disciples, et enseigna chaque jour dans l’école d’un nommé Tyrannus. » Actes des apôtres, 19 : 8-9.

Les maisons dans l’Antiquité et aujourd’hui

Toutefois, une première erreur est souvent commise concernant ces « Eglises de maison » : leur taille. Aujourd’hui les « Eglises de maisons» sont de petits groupes de quelques individus, 20 ou 30 personnes au maximum, souvent moins. Mais pour la période apostolique, et l’Antiquité, les choses étaient bien différentes. Il ne faut pas imaginer que les réunions dans les maisons étaient forcément des petits rassemblements, bien au contraire. Les maisons romaines ne sont pas nos maisons. Les maisons romaines étaient conçues pour abriter de véritables assemblées dans la salle principale, l’atrium, qui pouvait accueillir parfois plus de 1000 personnes.

Certes, ce chiffre représente un cas extrême, mais il faut garder à l’esprit que la plupart des maisons de notables pouvaient facilement accueillir plusieurs centaines de personnes. Le livre des Actes illustre d’ailleurs cela :

« Quand ils furent arrivés, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient d’ordinaire ; c’étaient Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe, Thomas, Barthélemy, Matthieu, Jacques, fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude, fils de Jacques. Tous d’un commun accord persévéraient dans la prière, avec les femmes, et Marie, mère de Jésus, et avec les frères de Jésus. En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères, le nombre des personnes réunies étant d’environ cent vingt» Actes des apôtres, 1 : 13-15.

Les disciples se réunissaient donc dans une « chambre haute ». On imagine facilement nos chambres actuelles mais, en examinant la suite du passage, on constate que les personnes réunies étaient environ 120. Il ne faut donc pas croire qu’« Eglise de maisons » équivaut à « petit rassemblement ». A l’époque des apôtres, les réunions dans les maisons rassemblaient certainement plus de personnes que les réunions dans nos Eglises locales actuelles, qui dans le monde évangélique francophone tournent souvent autour de 100 personnes, voire même parfois moins.

De simples réunions de maison ?

La deuxième erreur est de penser que les premiers chrétiens ne faisaient pas la distinction entre les «maisons » et l’Eglise. En réalité, même si les chrétiens se réunissaient dans des maisons, il est certain que ces moments de rencontre prenaient un sens particulier et n’étaient pas juste des  « retrouvailles chez un ami » :

« Lors donc que vous vous réunissez, ce n’est pas pour manger le repas du Seigneur ; car, quand on se met à table, chacun commence par prendre son propre repas, et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre. N’avez-vous pas des maisons pour y manger et boire ? Ou méprisez-vous l’Eglise de Dieu, et faites-vous honte à ceux qui n’ont rien ? Que vous dirai-je ? Vous louerai-je ? En cela je ne vous loue point. » 1 Corinthiens 11 : 20-22

Paul dans ce passage distingue nettement les temps où « l’Eglise de Dieu » se réunit et les simples rencontres ou repas entre chrétiens dans une maison. Le fait de se réunir dans un bâtiment qui n’était pas spécialisé n’empêchait pas une certaine solennité dans ces réunions. Cela nous amène donc au point suivant, d’où viennent ces fameux « bâtiments spécialisés » ?

L’origine des bâtiments églises

A l’époque de Jésus, les Judéens avaient déjà commencé à construire des bâtiments spécifiques pour se réunir dans un but religieux : les synagogues. Il est important de souligner que le terme de « synagogue » est l’exact synonyme d’ « église ». Dans les deux cas, il s’agit d’un terme grec qui signifie « rassemblement ». Il faut préciser que ce terme ne désigne pas à l’origine le bâtiment mais les personnes qui se rassemblent. Le nom du bâtiment provient de l’activité des personnes qui le fréquentent. C’est un procédé de langage assez courant. L’ « Assemblée nationale », par exemple, désigne premièrement l’ensemble des députés français. Toutefois, on a aussi pris l’habitude d’utiliser ce terme pour désigner le bâtiment où se réunissaient ces députés. C’est exactement la même chose pour l’Eglise. L’Eglise, qui veut dire « assemblée » en grec, désigne les disciples de Christ. Ces disciples, qui forment constamment l’Eglise, se réunissent dans des bâtiments qu’on a donc fini par nommer « églises ». En français, pour distinguer ces deux réalités, on écrit « Eglise » avec un « E » majuscule lorsqu’il s’agit des personnes et de l’institution, et « église » avec un « e » minuscule lorsqu’il s’agit du bâtiment.

Historiquement, il est difficile de déterminer la date exacte de l’apparition de ces bâtiments. En revanche, ce qui est certain, c’est qu’ils existaient déjà au IIIe siècle, puisqu’on sait que plusieurs d’entre eux ont été détruits lors des grandes persécutions. On sait même qu’à l’époque de Dioclétien, il existait une église juste en face du palais impérial de Nicomédie, où résidait l’empereur.

Nos motivations

Enfin, le dernier point concerne nos motivations et nos attentes. La question centrale est : qu’attendons-nous de ces réunions ? Est-ce pour adorer Dieu ? Nous soutenir les uns les autres ? Partager notre témoignage ? En fonction, de nos réponses, nous pourrons nous orienter vers tel ou tel type de rassemblement, qui n’est d’ailleurs pas forcément exclusif.

Adorer Dieu par des chants est tout à fait possible dans une Eglise de 1000 personnes. Par contre, il sera bien plus dur d’avoir une communion approfondie ou un réel partage avec d’autres frères et sœurs dans une telle réunion.

 Conclusion

En conclusion, je retiendrai plusieurs points.

  • Jésus et les auteurs du Nouveau Testament incitent les chrétiens à se rassembler régulièrement mais ne donnent aucune consigne précise sur les modalités de ces rassemblements.
  • Les différents modes de rassemblement ne sont pas exclusifs les uns des autres. Chacun a ses avantages et ses défauts.
  • Si le mouvement « Eglise de maisons» témoigne d’une réelle volonté de mieux connaître Dieu, il faut cependant faire attention à ne pas transformer ce mouvement en une nouvelle dénomination exclusiviste qui contribuerait à dénigrer les autres chrétiens.

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A propos David Vincent 297 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.