Les prophéties bibliques : oracles fatalistes ou panneaux d’avertissement ?

Après avoir examiné notre vision de l’histoire, j’aborderai maintenant un deuxième préjugé : le « fatalisme prophétique ».

On associe instinctivement prophétie et prédiction du futur. Pourtant, littéralement, la prophétie désigne simplement la parole de Dieu communiquée aux hommes et le prophète est celui qui porte cette parole. Ainsi, à l’époque de la monarchie israélite, il y avait de très nombreux prophètes, qui conseillaient le roi et lui indiquaient la volonté de Dieu. C’est ce que nous voyons tout au long des livres historiques.

Par ailleurs, on aborde souvent les prophéties de manière fataliste, on pense que celles-ci sont là pour nous révéler ce qui va arriver, sans que l’on ne puisse rien y faire. Mais est-ce vraiment là leur but ?

Dans cet article, je montrerai qu’au contraire, les prophéties révèlent ce qui pourrait arriver, dans le but justement de nous encourager ou de nous corriger, afin qu’éventuellement cela n’arrive pas.

L’accomplissement historique des prophéties

La Bible comporte de très nombreuses prophéties. La plupart du temps lorsque nous étudions ces passages, nous les survolons car ils nous paraissent assez obscurs. Pourtant, si nous prenons le temps de les scruter dans le détail, et notamment d’en chercher la réalisation historique, nous remarquons un fait intéressant. De nombreuses prophéties se sont effectivement accomplies historiquement. Toutefois, un nombre aussi important ne se sont pas accomplies historiquement et, pour beaucoup, ne peuvent plus s’accomplir. J’en donnerai un exemple.

Ezéchiel et la destruction de Tyr

L’exemple le plus simple est la prédiction d’Ezéchiel contre la ville de Tyr. A cette époque, le roi de Babylone, qui était la première puissance militaire du temps, assiège la ville. Le prophète Ezéchiel prédit la chute de la cité :

« Car ainsi parle le Seigneur, l’Eternel: Voici, j’amène du septentrion contre Tyr Nebucadnetsar, roi de Babylone, le roi des rois, avec des chevaux, des chars, des cavaliers, et une grande multitude de peuples. Il tuera par l’épée tes filles sur ton territoire ; il fera contre toi des retranchements, il élèvera contre toi des terrasses, et il dressera contre toi le bouclier. Il dirigera les coups de son bélier contre tes murs, et il renversera tes tours avec ses machines. La multitude de ses chevaux te couvrira de poussière ; tes murs trembleront au bruit des cavaliers, des roues et des chars, lorsqu’il entrera dans tes portes comme on entre dans une ville conquise. Il foulera toutes tes rues avec les sabots de ses chevaux, il tuera ton peuple par l’épée, et les monuments de ton orgueil tomberont à terre. On enlèvera tes richesses, on pillera tes marchandises, on abattra tes murs, on renversera tes maisons de plaisance, et l’on jettera au milieu des eaux tes pierres, ton bois, et ta poussière. Je ferai cesser le bruit de tes chants, et l’on n’entendra plus le son de tes harpes. Je ferai de toi un rocher nu ; tu seras un lieu où l’on étendra les filets ; tu ne seras plus rebâtie. Car moi, l’Eternel, j’ai parlé, dit le Seigneur, l’Eternel. » Ezéchiel 26 : 7-14

Cette prophétie est la plus simple car, outre les informations historiques dont nous disposons, Ezéchiel lui-même reconnaît le non accomplissement de sa prophétie :

«  La vingt-septième année, le premier jour du premier mois, la parole de l’Éternel me fut adressée, en ces mots: Fils de l’homme, Nebucadnetsar, roi de Babylone, a fait faire à son armée un service pénible contre Tyr; toutes les têtes sont chauves, toutes les épaules sont écorchées; et il n’a retiré de Tyr aucun salaire, ni lui, ni son armée, Pour le service qu’il a fait contre elle. C’est pourquoi ainsi parle le Seigneur, l’Éternel: Voici, je donne à Nebucadnetsar, roi de Babylone, le pays d’Égypte; il en emportera les richesses, il en prendra les dépouilles, il en pillera le butin; ce sera un salaire pour son armée. Pour prix du service qu’il a fait contre Tyr, je lui donne le pays d’Égypte; car ils ont travaillé pour moi, dit le Seigneur, l’Éternel. » Ezéchiel 29 : 17-20

Ainsi, contre toute-attente, la ville de Tyr résiste au roi de Babylone et celui-ci doit finalement repartir sans l’avoir prise. La prophétie ne s’est donc pas réalisée, et tout au long de l’histoire, la ville de Tyr a toujours été habitée, jusqu’à nos jours.

Fatalisme ou avertissement ?

Un non-croyant peut simplement considérer que les prophètes se sont trompés. De mon côté, je pense au contraire que ce constat illustre parfaitement mes propos précédents et démontre que la réalisation des prophéties dépend du comportement des destinataires.

La grande erreur est de concevoir la prophétie comme une fatalité : ce qui est annoncé doit arriver et arrivera. En réalité, la Bible nous montre que le but de la prophétie est tout autre : celle-ci sert d’encouragement ou d’avertissement.

Les promesses de Dieu

Dans la Bible, Dieu fait un certain nombre de promesses conditionnelles. La réalisation de ces promesses (bonnes ou mauvaises) est liée à la conduite des hommes. Un bon exemple nous est fourni par Deutéronome 8 : 1 et 18 :

« Vous observerez et vous mettrez en pratique tous les commandements que je vous prescris aujourd’hui, afin que vous viviez, que vous multipliiez, et que vous entriez en possession du pays que l’Éternel a juré de donner à vos pères. (…) Si tu oublies l’Éternel, ton Dieu, et que tu ailles après d’autres dieux, si tu les sers et te prosternes devant eux, je vous déclare formellement aujourd’hui que vous périrez. »

On peut aussi ajouter d’autres passages tirés du même livre :

« Vois, je mets aujourd’hui devant vous la bénédiction et la malédiction: la bénédiction, si vous obéissez aux commandements de l’Eternel, votre Dieu, que je vous prescris en ce jour ; la malédiction, si vous n’obéissez pas aux commandements de l’Eternel, votre Dieu, et si vous vous détournez de la voie que je vous prescris en ce jour, pour aller après d’autres dieux que vous ne connaissez point. » Deutéronome 11 : 26-28

« J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre: j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, pour aimer l’Éternel, ton Dieu, pour obéir à sa voix, et pour t’attacher à lui: car de cela dépendent ta vie et la prolongation de tes jours, et c’est ainsi que tu pourras demeurer dans le pays que l’Éternel a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob. » Deutéronome 30 : 19-20.

Ici, nous voyons très clairement que les promesses dépendent directement du comportement des Israélites.

Oracles ou avertissements

Avertissement et encouragement

On pourrait croire que lorsque les prophéties bibliques sont décrétées par Dieu sans la mention explicite de conditions, elles sont au contraire irrévocables. Il n’en est rien et la Bible enseigne très clairement le contraire. Cet enseignement est formulé le plus explicitement dans le livre d’Ezéchiel, mais se vérifie tout au long de la Bible :

« Dis-leur : je suis vivant ! dit le Seigneur, l’Eternel, ce que je désire, ce n’est pas que le méchant meure, c’est qu’il change de conduite et qu’il vive. » Ezéchiel 33:11

Les prophéties sont donc toujours soumises au comportement des hommes et l’attitude de ceux-ci peut modifier les prophéties. Cette modification n’a cependant rien d’obligatoire et dépend toujours, en définitif, de la volonté de Dieu. Pour illustrer cela, je vous propose quelques exemples.

Jonas

Le premier exemple provient du livre de Jonas. Jonas est un prophète israélite à qui Dieu demande d’aller dans une ville appelée Ninive pour annoncer aux habitants la destruction de cette ville.

« Jonas fit d’abord dans la ville une journée de marche ; il criait et disait : Encore quarante jours, et Ninive est détruite ! » Jonas 3 : 4

Notons bien que cette annonce n’est pas conditionnelle. Cependant, en entendant cette prophétie, les habitants ont changé de conduite et se sont repentis. Or, à cause de cette repentance, Dieu a décidé d’annuler la destruction de la ville. Cette histoire peut être résumé de la manière suivante.

Les Ninivites avaient le choix entre :

  1. a) faire le mal => A’ (destruction de la ville)
  2. b) faire le bien => B’ (sauvegarde de la ville)

Ils avaient commencé par faire le mal (a), la conséquence était donc la destruction de la ville (A’), qui était un avenir possible. Toutefois, lorsque Dieu leur a révélé, par l’intermédiaire du prophète Jonas, cet avenir possible, les habitants de Ninive ont changé leur conduite et se sont mis à faire le bien (b). A cause de ce changement, c’est un autre avenir possible qui s’est réalisé, et la ville n’a pas été détruite (B’).

David et Ezéchias

Après son adultère avec la femme d’Urie, Dieu révèle à David que le fils issu de cette union va mourir. David se met donc à jeûner et à prier pour intercéder auprès de Dieu afin qu’Il change Sa décision. Mais cela n’arrive pas et l’enfant meurt, conformément à ce qui avait été prophétisé.

A l’inverse, à l’époque d’Ezéchias, le prophète Esaïe révèle au roi que celui-ci va bientôt mourir. Le roi supplie l’Eternel de le laisser vivre. Dieu accepte cette requête et lui accorde quinze années supplémentaires (2 Rois : 20). Dans ce cas, Dieu, suite à la demande d’Ezéchias, a changé sa décision et la prophétie n’a pas été accomplie.

On pourrait multiplier les exemples et parler de Moïse, d’Abraham et bien d’autres. Dans la Bible, les prophéties ne sont pas des oracles qui nous révèleraient ce qui va inévitablement arriver. Bien au contraire, les prophéties doivent plutôt être comprises comme des signes d’encouragement, lorsqu’elles sont positives, ou des panneaux d’avertissement, lorsqu’elles sont négatives, pour influencer le comportement des hommes et les inviter à persévérer dans le bien ou à se repentir du mal.

Conclusion : Les prophéties et la fin des temps

Pour terminer, j’aimerais revenir directement sur le sujet de notre série : la fin des temps. Je pense que les chrétiens qui cherchent à découvrir l’avenir, souvent très sombre, en étudiant les prophéties bibliques se trompent lourdement.

Nous n’avons pas à attendre passivement que ces prophéties s’accomplissent, bien au contraire. Les prophéties sont des avertisseurs pour encourager les justes à persévérer dans la justice et inciter les méchants à se détourner du mal. En tant que chrétiens, nous devons constamment intercéder pour nous mêmes et pour les autres.

Or, cette intercession a précisément comme conséquence directe de modifier le cours des évènements prévus. Ainsi, l’Apocalypse annonce de nombreuses catastrophes, mais dès les débuts de l’Eglise, les chrétiens n’ont pas cessé d’intercéder en faveur d’eux-mêmes, mais aussi en faveur des autorités civiles dont ils dépendaient … y compris celles qui les persécutaient !

Comment penser qu’une telle intercession a pu rester sans effet auprès de Dieu ? C’est pourtant ce que beaucoup de chrétiens croient, consciemment ou inconsciemment, en pensant qu’une prophétie biblique doit nécessairement se réaliser. Au contraire, de mon côté, je pense que la prière fervente de l’Eglise a pu éviter beaucoup de malheurs.

En conclusion, le christianisme n’est pas une religion fataliste et la Bible n’a pas vocation à être un livre de voyance servant à prédire l’avenir. Les prophéties sont là pour encourager et avertir les hommes.

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Sommaire de la série :

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A propos David Vincent 209 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.
  • Bible2000

    Concernant la destruction de Tyr, il y a cette vidéo à partir de 23 minutes 53 secondes:

  • Bible2000

    Bonjour,
    Ayant conservé sur mon ordinateur un commentaire que j’avais fait dans le passé sur le message de Jonas, je vais donc en partager une petite partie en faisant un copier-coller que voici :
    Concernant « Jonas 3.4 »: « …encore 40 jours et Ninive est détruite! », il faut le prendre dans le sens que cela arrivera seulement si les gens ne se repentent pas; le traducteur a choisi le temps « présent » (est). Le texte de Jonas ne contient pas de citation de Dieu disant qu’il DÉTRUIRA Ninive, mais Dieu a dit ceci à Jonas:
    « Jonas 1.1 : « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et CRIE CONTRE ELLE ! car sa méchanceté est montée jusqu’à moi. »

    1) Dieu n’a donc pas dit que la ville SERA détruite; le futur certain n’est donc pas employé par Dieu.
    2) Le fait que Dieu envoie Jonas avertir Ninive, cela indique qu’il y a appel à la repentance; sinon que sert de les avertir s’il avait l’intention de les détruire ? Ainsi, le message de destruction est conditionnel, autrement dit cela sous-entend : « Ninive est détruite si vous ne vous repentez pas ».
    3) Jonas savait à l’avance que Dieu n’allait pas détruire la ville si les gens se repentiraient.
    Jonas 4.2 : « …Car je savais que tu es un Dieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, et qui TE REPENS du mal. »
    Jonas 4.10-11 : « (10) Et l’Eternel dit : Tu as pitié du ricin qui ne t’a coûté aucune peine et que tu n’as pas fait croître, qui est né dans une nuit et qui a péri dans une nuit. (11) Et moi, je n’aurais pas PITIÉ de Ninive,…!  »

    Donc, le contexte nous montre que la destruction annoncée était CONDITIONNEL; le message de Dieu via Jonas était donc au conditionnel et ainsi Dieu n’a pas menti. …sachons que dans l’ancien hébreu (biblique) il n’existait pas de temps de verbes comme c’est le cas dans l’hébreu moderne ou en français. L’ancien hébreu (celui de la Bible) comporte 4 modes : 1) infinitif : absolu et construit; 2) participe : actif et passif; 3) indicatif : accompli et inaccompli; 4) volitif. À l’indicatif, les verbes n’ont donc pas vraiment de temps comparativement à ceux du français, mais la notion d’accompli (qui exprime une action unique, terminée ou instantanée) et d’inaccompli (qui exprime une action inachevée, prolongée ou répétée). À l’indicatif ce ne sont donc pas des temps, car l’accompli et l’inaccompli expriment beaucoup plus l’aspect de l’action que sa situation dans le temps. Ainsi donc, dans nos traductions françaises de la Bible, selon le contexte et le traducteur, un même verbe hébreu peut aussi bien être traduit par un passé, un présent, un futur, un subjonctif ou un conditionnel; il faut donc tenir compte du contexte et de la syntaxe du texte.

    Raymond Houle http://www.bible2000.net

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  • Dither Jannev

    Bonsoir David .
    La différence entre les prophéties du passé et celles concernant la fin des temps , c’est que depuis le déluge, Dieu a laissé les humains se diriger eux-même en s’établissant des dirigeants.
    Mais cette période de domination humaine a été un désastre et la terre est gorgée du sang d’une multitude d’innocents.
    Dieu ayant prévu que cette domination cesserait , il détruira tous les gouvernement et il confiera la domination à Christ qui règnera depuis les cieux.
    Ce n’est pas une option. Nous vivons un cas de juris-prudence universelle. Et la démonstration arrive à son terme.
    ll n’y aura de renoncement mondial à la domination humaine.
    Dieu a déjà prévu d’y mettre un terme par la force.

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