Les temps obscurs

Nous avons vu qu’après la désobéissance de l’homme, deux sentiments nouveaux sont apparus : la peur et la honte. L’homme ne supporte plus la présence de Dieu et se cache. Mais lorsque l’homme s’éloigne de Dieu, le péché augmente, et lorsque le péché augmente, l’homme s’éloigne encore plus de Dieu. C’est donc un cercle infernal qui apparaît dès le chapitre 3 de la Genèse.

Le premier meurtre

« Adam connut Eve, sa femme ; elle conçut, et enfanta Caïn et elle dit : J’ai formé un homme avec l’aide de l’Eternel. Elle enfanta encore son frère Abel. Abel fut berger, et Caïn fut laboureur. Au bout de quelque temps, Caïn fit à l’Eternel une offrande des fruits de la terre ; et Abel, de son côté, en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L’Eternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande ; mais il ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité, et son visage fut abattu. Et l’Eternel dit à Caïn : Pourquoi es-tu irrité, et pourquoi ton visage est-il abattu ? Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui. Cependant, Caïn adressa la parole à son frère Abel ; mais, comme ils étaient dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel, et le tua. L’Eternel dit à Caïn : Où est ton frère Abel ? Il répondit : Je ne sais pas ; suis-je le gardien de mon frère ? Et Dieu dit : Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. »

Nous avons ici, en quelques lignes, un résumé de toute l’histoire humaine, marquée par des fratricides continuels. Lorsque que Caïn voit que son offrande est refusée, il s’irrite. Mais Dieu l’encourage et l’invite à triompher du péché.

Nous retrouvons ici la démarche pédagogique de Dieu fondée sur l’importance du choix personnel. Dieu ne veut pas forcer l’homme à agir, mais l’incite à choisir la bonne voie. Cette liberté (« le libre-arbitre ») est nécessaire au processus éducatif voulu par Dieu.

Un cercle infernal

Cependant, au lieu de changer de chemin, Caïn préfère persévérer dans cette voie et finit par tuer son frère. Ce nouveau péché de Caïn se traduit par un nouvel éloignement de Dieu.

« Puis, Caïn s’éloigna de la face de l’Eternel, et habita dans la terre de Nod, à l’orient d’Eden. »

Ainsi, au fur et à mesure que les générations passent, les hommes s’éloignent de Dieu. Quatre générations plus tard, nous voyons les premières traces de la polygamie.

« Lémec prit deux femmes : le nom de l’une était Ada, et le nom de l’autre Tsilla. »

Cette transgression de la sexualité ouvre alors la voie à un nouveau type de péchés.

Les fils de Dieu et les filles des hommes

« Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la face de la terre, et que des filles leur furent nées, les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu’ils choisirent. Alors l’Eternel dit : Mon esprit ne restera pas à toujours dans l’homme, car l’homme n’est que chair, et ses jours seront de cent vingt ans. Les géants étaient sur la terre en ces temps-là, après que les fils de Dieu furent venus vers les filles des hommes, et qu’elles leur eurent donné des enfants : ce sont ces héros qui furent fameux dans l’antiquité. » (Genèse 6 : 1-4)

L’identité de ces « fils de dieux » fait débat. A titre personnel, j’ai toujours pensé que ces « fils de dieux » étaient des anges et, pour moi, cela était même une évidence. Cependant, j’ai découvert qu’un certain nombre de croyants (juifs ou chrétiens) n’étaient pas en accord avec cette interprétation. Après avoir examiné les arguments proposés, il me semble néanmoins que ma première impression était la bonne. Voici donc les quatre arguments principaux qui justifient à mon sens cette interprétation.

Le contexte

a) Tout d’abord l’opposition entre « fils de dieux » et « filles des hommes ». Dans la Bible, le terme de « fils de dieux » peut désigner des hommes ou des anges. Mais le fait que dans ce passage l’auteur distingue « fils de dieux » et « filles des hommes » invite clairement à penser que les fils de dieux ne sont pas des fils des hommes et qu’il y a entre eux une différence de nature.

b)  Deuxièmement, la conséquence de ces unions. Le texte nous dit qu’après ces unions naquirent « des héros qui furent fameux dans l’Antiquité ». Si des hommes s’étaient simplement accoupler avec des femmes, pourquoi le narrateur insiste-t-il sur le caractère exceptionnel de leur progéniture ? Par ailleurs, ces héros fameux ont laissé des traces de leur existence dans la mémoire de tous les peuples. La Bible ne donne que peu de détails sur eux, mais on peut lire les récits conservés dans les mythologies orientales (sumérienne, ougaritique, etc.) et dans la mythologie grecque. Il est intéressant de constater que ce mélange entre « fils de dieux » et « filles des hommes » est justement un thème qui revient souvent. Beaucoup de héros, comme Hercule par exemple, sont nés de l’union d’un dieu et d’une mortelle.

Le commentaire de Jude

c) Dans le Nouveau Testament, Jude fait clairement référence à des transgressions sexuelles commises par des anges :

« Je veux vous rappeler, à vous qui savez fort bien toutes ces choses, que le Seigneur, après avoir sauvé le peuple et l’avoir tiré du pays d’Egypte, fit ensuite périr les incrédules; qu’il a réservé pour le jugement du grand jour, enchaînés éternellement par les ténèbres, les anges qui n’ont pas gardé leur dignité, mais qui ont abandonné leur propre demeure ; que Sodome et Gomorrhe et les villes voisines, qui se livrèrent comme eux à l’impudicité et à des vices contre nature, sont données en exemple, subissant la peine d’un feu éternel. Malgré cela, ces hommes aussi, entraînés par leurs rêveries, souillent pareillement leur chair, méprisent l’autorité et injurient les gloires. » (Epître de Jude, 6-8)

J’insiste sur le « comme eux ». Jude parle tout d’abord des anges « qui ont abandonné leur propre demeure », ce qui peut effectivement renvoyer au passage de Genèse 6, sans toutefois dire explicitement qu’ils ont eu des relations sexuelles avec les femmes. Mais ensuite, il ajoute : « des habitants de Sodome et Gomorrhe et les villes voisines, qui se livrèrent comme eux à l’impudicité et à des vices contre nature ». Le « comme eux » désigne les anges et Jude nous dit donc que les habitants de Sodome et des villes aux alentours commirent le même type de péché (l’impudicité) que les anges dont il vient de parler. Ce qui correspond parfaitement à l’interprétation de Genèse 6 que je propose.

Genèse, Hénoch et Jude

d) Enfin, cette interprétation des propos de Jude est aussi confirmée par le fait que celui-ci cite juste après le Livre d’Hénoch. Or, ce livre dit explicitement que ces « fils de dieux » étaient bien des anges :

« Il arriva que lorsque les humains se furent multipliés, il leur naquit des filles fraîches et jolies. Les anges, fils du ciel, les regardèrent et les désirèrent. Ils se dirent l’un à l’autre : « Allons nous choisir des femmes parmi les humains et engendrons nous des enfants. » 1 Hénoch, 6 : 1-2

Ces quatre éléments m’amènent donc à penser, sans le moindre doute possible, que les « fils de dieux » mentionnés dans Genèse 6 étaient bien des anges qui, au mépris de leur condition, ont transgressé les lois naturelles fixées par Dieu pour s’accoupler avec des filles d’hommes.

Une objection ?

Certains pensent que les anges ne peuvent pas prendre un corps de chair. C’est la seule objection possible au raisonnement précédent. Toutefois, il n’y a rien dans la Bible qui permette d’affirmer cela et plusieurs passages montrent au contraire que des créatures célestes peuvent prendre un corps matériel.

« N’oubliez pas l’hospitalité; car, en l’exerçant, quelques-uns ont logé des anges, sans le savoir. » (Hébreux 13 :2)

Enfin, notons que cette croyance était aussi largement partagée par l’ensemble des peuples orientaux et même l’ensemble des peuples antiques, comme en témoignent les nombreuses histoires d’accouplements entre des dieux et des créatures matérielles (humains ou animaux).

Conclusion

Quoiqu’il en soit, la conclusion est la même. L’humanité se détourne toujours plus de Dieu et le péché s’accroit. Le plan de Dieu parait gravement compromis. Dieu va donc devoir intervenir de manière radicale pour redresser la situation. C’est ce que nous verrons dans le prochain article.

A propos David Vincent 209 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.
  • Pingback: Le déluge - Didascale()

  • Bonjour David,
    Bonjour David,
    Tu dis, je cite : « Lémec prit deux femmes : le nom de l’une était Ada, et le nom de l’autre Tsilla. »

    Cette transgression de la sexualité ouvre alors la voie à un nouveau type de péchés.

    Quelles sont les textes bibliques qui te permettent de dire qu’il existe en cette attitude de Lémec une transgression de la sexualité ?

    Est ce donc à dire que Jacob qui eut 12 enfants de quatre femmes dont deux épouses et deux concubines est un grand pécheur ?
    Israël est il donc impur ?

    Comprends par là que je ne te rejoins pas dans ta conclusion sur ce point car si la polyandrie était péché, la polygynie ne l’était pas.
    ______________

    Concernant les fils de Dieu en Genèse6, tu m’as forcé à faire un article pour expliquer cette dimension.
    Je laisse le lien : Les fils de Dieu de Genèse 6

    Bien à toi !