Nécessité et danger de l’apologétique

En ce moment, je suis en train de présenter les ouvrages apologétiques des premiers Pères de l’Eglise. Je me suis dit que c’était l’occasion de partager mes propres réflexions sur le principe même de l’apologétique.

L’apologétique

L’apologétique peut-être définie comme la défense de la foi. Elle peut prendre différentes formes, mais elle fait souvent appel à la raison. Il s’agit d’exposer les fondements de la foi. On peut distinguer une apologétique « offensive » et une apologétique « défensive ».

L’apologétique défensive répond aux objections qui peuvent être faites contre la position que l’on défend, tandis que l’apologétique offensive montre les failles des systèmes concurrents.

Je pense que l’apologétique est à la foi nécessaire et dangereuse et c’est ce que j’aimerais expliquer dans cet article

Nécessité de l’apologétique

Lorsque je parle de nécessité de l’apologétique, je ne me place pas à un niveau individuel, on peut très bien vivre sa foi chrétienne sans, mais collectif. Je pense qu’il est indispensable de répondre aux questions qui peuvent être soulevées concernant la foi chrétienne ne serait-ce que parce qu’elles permettent de mieux comprendre la vérité.

De plus, si ces questions ne nous troublent pas personnellement, elles peuvent être pour d’autres personnes un obstacle sur le chemin de la foi. Il est donc à mon avis important de prendre au sérieux les questionnements de chacun.

Un impératif : la recherche de la vérité

Lorsque je parle de recherche de la vérité, j’entends aussi bien une apologétique défensive qu’une apologétique offensive. L’apologétique défensive nous permet de réfléchir à ce que nous croyons: pourquoi y croyons-nous ? A-t-on raison d’y croire ?

Quant à l’apologétique offensive, elle permet de confronter nos propres croyances avec celles des autres, ce qui permet à chacun de cheminer vers la Vérité. Si nous nous trompons, nous pouvons nous corriger et si l’autre se trompe, peut-être pourra-t-il, grâce aux éléments que nous lui apportons, se rapprocher de la Vérité.

Danger de l’apologétique

Toutefois, l’apologétique contient aussi à mon avis deux dangers majeurs. Le premier c’est de nous laisser entrainer dans de mauvais comportements. Discuter avec des personnes d’opinions différentes peut facilement dégénérer et nous risquons de nous mettre en colère ou d’avoir un mauvais comportement. En cela nous péchons.

Vérité ou succès ?

Le deuxième danger est de chercher la victoire plutôt que la vérité. C’est d’ailleurs personnellement pour cela que je suis assez réticent à l’idée des débats, sans pour autant critiquer ceux qui y participent. Je constate bien souvent que le but du débat est simplement de prouver que l’on a raison, mais cela n’est pas, à mon avis, le meilleur moyen de cheminer vers la vérité.

Parfois, je remarque aussi que certains apologètes défendent des positions sans même questionner leur validité. Dans ce cas-là, loin de permettre le progrès de la vérité, ils contribuent au contraire à une stagnation, voire à une régression.

Il me semble qu’une apologétique saine est nécessairement couplée à une réflexion autocritique sur ses propres croyances. Et c’est peut-être cela qui fait actuellement le plus défaut dans le monde évangélique.

Conclusion

En conclusion, même si je suis convaincu que les fondements de la foi sont vrais, sans cela je ne serai pas chrétien, et que je reste persuadé de la pertinence de la démarche apologétique, je m’interroge de plus en plus sur les priorités.

Au vu de la situation actuelle du monde évangélique, je me demande si le premier effort ne devrait pas d’abord porter sur une démarche autocritique pour épurer un certain nombre d’opinions préconçues que l’on s’efforce de défendre, sans même s’interroger sur la pertinence des critiques à leurs égards.

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A propos David Vincent 296 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.