Peut-on étudier les sciences religieuses sans perdre la Foi ?

Vendredi dernier, j’ai eu l’occasion d’assister au spectacle de Jean-Philippe Smadja, « La décroyance » (1). Excellent sur la forme, un peu plus contestable sur le fond. Le but de ce spectacle était de défendre la thèse de son maître, Bernard Barc, qui pense que la Torah a été rédigée par Siméon le Juste, un grand prêtre de l’époque hellénistique. J’aurai certainement l’occasion d’en parler une autre fois. Derrière cette défense, il y a aussi une promotion de l’athéisme. Toutefois, ce n’est pas de cela dont j’aimerais parler dans cet article.

Son parcours et le mien

Ce qui m’a donné envie d’assister à ce spectacle était le synopsis : un étudiant en sciences religieuses, issu d’une famille juive, raconte comment ses études l’ont conduit à devenir athée.

Au moment d’y aller, je n’en savais pas plus, cependant, au cours du spectacle, l’auteur nous donne des informations biographiques supplémentaires qui m’ont beaucoup amusé, car son parcours a de fortes similitudes avec le mien. Il a notamment mentionné plusieurs noms qui m’étaient familiers.

Il a fait sa thèse à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, l’école où je fais ma thèse. Il a fait huit ans d’études, je suis justement dans ma huitième année. Il a aussi mentionné l’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jérusalem où j’ai séjourné l’année dernière, ainsi qu’Anna van den Kerchove, qui était présente dans le jury de mon deuxième master, sans compter l’IESR. Bref, de nombreux échos.

Etudes historiques et perte de foi

Son parcours n’a rien d’inhabituel, et j’ai découvert que Bernard Barc avait eu un parcours similaire. A l’origine séminariste, il a finalement perdu la foi à cause de ses études d’histoire. Situation très classique qui s’est présentée de nombreuses fois durant la «crise moderniste ». Comme j’ai déjà pu le signaler sur ce blog, notamment dans mon Parcours personnel, c’est quelque chose que je comprends très bien, car cela aurait pu m’arriver.

L’origine des sciences religieuses

En France, les sciences religieuses se sont développées au 19e siècle, dans un contexte de lutte contre l’Eglise catholique. La section des Sciences religieuses de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes a été créée en remplacement de la faculté de théologie catholique de la Sorbonne, mais dans un but bien différent et tout à fait militant, celui de combattre les religions.

Il y avait en effet l’idée qu’en étudiant les religions de manière « scientifique », on finirait par démontrer leur fausseté, ce qui permettrait de faire disparaître la croyance religieuse.

Il ne faut pas croire que cette idée soit totalement fausse. Il est certain qu’une approche historique ou sociologique, pour ne parler que des disciplines qui me sont le plus familières, peuvent constituer un réel défi pour la foi, car elles ébranlent un certain nombre de certitudes, et on pourrait en dire tout autant d’autres disciplines.

Toutefois, je pense que cette épreuve loin d’être négative, peut au contraire être très positive.

Découverte et incompréhension

Lorsque j’ai commencé à être confronté à ces nouveaux problèmes, j’ai essayé d’en parler autour de moi, mais je me suis très vite heurté à une incompréhension. En réalité, je pense que les chrétiens qui n’ont pas eux-mêmes vécu cette situation peuvent difficilement comprendre ce qui peut se passer.

Sous prétexte que je mettais en doute certaines choses qui m’étaient imposées sous forme d’argument d’autorité, on me traitait d’orgueilleux. Par la suite, j’ai compris que c’était juste une stratégie d’autoprotection et que les personnes avec qui je discutais n’avaient justement jamais osé se poser certaines questions. Surtout, elles n’avaient jamais voulu chercher les réponses. Comme je l’ai signalé dans un autre article, je ne pense pas que tout le monde cherche nécessairement la vérité et ait envie de la trouver. C’est pour cela qu’il est à mon avis inutile de brusquer les gens. Je pense en revanche que beaucoup d’autres personnes ont une envie sincère d’apprendre et c’est pour cela que j’ai créé ce blog et cette chaîne Youtube.

Conclusion

Au cours du spectacle, l’artiste a cité une phrase de Bernard Barc qui disait : « j’ai rencontré deux types d’élèves, ceux que j’ai renforcé dans leur foi et ceux que j’ai rendu athée ». Il me semble qu’il y a une certaine part de vérité dans ce propos et que l’on pourrait l’appliquer aux études de sciences religieuses en général.

Il ne fait aujourd’hui aucun doute pour moi que confronter les religions, ou les faits religieux, aux sciences religieuses est un passage douloureux, mais indispensable. A titre individuel, cela peut parfois faire de gros dégâts et même conduire des gens à perdre la foi, j’en suis pleinement conscient. Mais à titre collectif, cette démarche sera d’un grand secours pour la société, car elle permettra de tendre vers la vérité. Loin d’affaiblir la foi, elle contribuera au contraire à sa purification en la débarrassant de certaines fausses croyances qui conduisent facilement au fanatisme et qui portent finalement plus préjudices à la foi et à Dieu que l’athéisme.

Enfin, pour revenir sur ce spectacle, je ne peux que le conseiller. Malgré les réserves sur le fond que j’ai exprimées tout au début, la performance artistique est tout à fait remarquable et par ailleurs, il n’est pas inutile de découvrir la thèse de Bernard Barc, à condition de prendre ensuite le temps de l’examiner de manière plus objective. Ce que je ferai probablement dans un prochain article (2).

Note

(1) Site de l’auteur 

(2) En attendant, vous pouvez consulter la recension d’Etienne Nodet o.p.

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A propos David Vincent 285 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.