Papias de Hiérapolis et l’origine des évangiles

Papias de Hiérapolis était un évêque d’Asie Mineure dans la première moitié du 2e siècle (années 110-130). C’était donc un collègue de Polycarpe de Smyrne, dont j’ai parlé précédemment. Il est mentionné avec estime par Irénée de Lyon. On sait par différents auteurs qu’il a écrit un livre important intitulé Explication des paroles du Seigneur. Malheureusement ce livre est, pour le moment, perdu, mais nous en possédons quelques extraits conservés par plusieurs écrivains, et notamment Eusèbe de Césarée.

Je vous partage ici trois extraits qui me paraissent intéressant. Ils sont cités par Eusèbe, au troisième livre de son Histoire Ecclésiastique, chapitre 39.

La transmission des enseignements du Seigneur

« Pour toi, je n’hésiterai pas à ajouter à mes explications ce ce que j’ai bien appris autrefois des presbytres et dont j’ai bien gardé le souvenir, afin d’en fortifier la vérité. Car je ne me plaisais pas auprès de ceux qui parlent beaucoup, comme font la plupart, mais auprès de ceux qui enseignent la vérité ; je ne me plaisais pas non plus auprès de ceux qui font mémoire de commandements étrangers, mais auprès de ceux qui rappellent les commandements donnés par le Seigneur à la foi et nés de la vérité elle-même.

Si quelque part venait quelqu’un qui avait été dans la compagnie des presbytres, je m’informais des paroles des presbytres : ce qu’ont dit André ou Pierre, ou Philippe, ou Thomas, ou Jacques, ou Jean, ou Matthieu, ou quelque autre des disciples du Seigneur ; et ce que disent Aristion et le presbytre Jean, disciples du Seigneur. Je ne pensais pas que les choses qui proviennent des livres me fussent aussi utiles que ce qui vient d’une parole vivante et durable. »

On voit ici l’importance de la transmission orale. Dans l’Antiquité, celle-ci était jugée plus fiable que la transmission écrite, car on pouvait en vérifier plus facilement la provenance. Ce point de vue est partagé aussi bien par les chrétiens, que par les païens ou les juifs.

L’origine des évangiles écrits

« Et voici ce que disait le presbytre : Marc, qui était l’interprète de Pierre, a écrit avec exactitude, mais pourtant sans ordre, tout ce dont il se souvenait de ce qui avait été dit ou fait par le Seigneur. Car il n’avait pas entendu ni accompagné le Seigneur ; mais plus tard, comme je l’ai dit, il a accompagné Pierre. Celui-ci donnait ses enseignements selon les besoins, mais sans faire une synthèse des paroles du Seigneur. De la sorte, Marc n’a pas commis d’erreur en écrivant comme il se souvenait. Il n’a eu en effet qu’un seul dessein, celui de ne rien laisser de côté de ce qu’il avait entendu et de ne tromper en rien dans ce qu’il rapportait. »

« Matthieu réunît donc en langue hébraïque les sentences de Jésus et chacun les interpréta comme il en était capable. »

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A propos David Vincent 293 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.