Pourquoi je n’ai pas participé à La Manif Pour Tous

Durant l’été 2013, j’ai eu l’occasion de participer à une émission qui abordait la question du mariage et de la sexualité d’un point de vue chrétien. Le temps de parole des intervenants étant assez court, j’ai décidé de faire une série d’articles pour expliquer de manière un peu plus détaillée mon point de vue.

A cette même époque, avaient lieu les « Manifs Pour Tous » qui mobilisèrent de nombreux chrétiens, aussi bien dans les milieux catholiques qu’évangéliques. Personnellement, je n’y ai pas participé et, dans cet article d’introduction, j’aimerais expliquer pourquoi.

Quelques considérations préalables   

Afin d’éviter tout malentendu, il est nécessaire de préciser trois points.

Premièrement, d’un point de vue chrétien, je pense que le mariage est l’union indissoluble et unique d’un homme et d’une femme. Je sais que cette définition du mariage est contestée par certains chrétiens, toutefois je ne suis pas convaincu par leurs arguments. Je prendrai cependant le temps de les discuter dans un autre article.

Deuxièmement, il est important de rappeler que les croyants ne sont pas des citoyens de seconde zone. Par conséquent, il est tout à fait légitime qu’ils puissent, comme tous les autres citoyens, exprimer leurs opinions au sein du cadre prévu par la loi, y compris par le biais de manifestations.

Troisièmement c’est que je suis bien conscient que Les Manifs Pour Tous ne portaient pas uniquement sur la question de l’ouverture du « mariage civil » aux couples homosexuels, mais que d’autres questions éthiques, comme la GPA (Gestation Pour Autrui), étaient aussi en jeu. Je n’aborderai toutefois pas ces questions dans ma série.

Les raisons de ma non-participation

Ces différents points étant précisés, j’aimerais maintenant expliquer pourquoi je n’ai pas participé à ces manifestations.

Les deux points clefs du débat sont, selon moi, la définition du mariage et le rôle du gouvernement dans la gestion de la société.

Je pense que le mariage, tel qu’il est conçu par Dieu, ne peut être accepté que si nous avons foi en Dieu. Ce mariage est une institution divine et ne peut donc pas dépendre des règles fixées par les dirigeants des sociétés humaines. Le « mariage civil » n’est donc pas pour moi un mariage, mais simplement un contrat civil.

De leur côté, les gouvernants civils ont pour mission de veiller au bon ordre de la société et de maintenir la paix entre les individus. La loi doit donc réprimer tous les comportements mettant en danger cette paix (le vol, le meurtre, etc.). En revanche, la loi n’a pas vocation à soutenir une doctrine religieuse particulière, celle-ci étant du ressort de l’individu. En cela, je ne suis pas théonomiste.

Puisque la définition chrétienne du mariage relève d’une opinion religieuse particulière, elle ne peut pas être imposée par le législateur à l’ensemble d’une société pluraliste.

hindouisme

Immoralité sexuelle et idolâtrie

Une comparaison qui me paraît assez pertinente est celle de l’idolâtrie. En tant que chrétien, je considère que l’idolâtrie est un péché contre Dieu et que les religions polythéistes, les Hindous, par exemple, sont idolâtres car ils adorent de faux dieux, des idoles. Pour autant, je ne vais pas interdire la construction de temples hindous en France. Je peux donc considérer qu’en pratiquant ce culte ils sont dans l’erreur, tout en acceptant qu’ils puissent librement pratiquer leur culte et donc vivre dans l’erreur, tant qu’ils ne troublent pas l’ordre public, car cette erreur est une question religieuse.

De la même façon, je considère que, selon la volonté de Dieu, le mariage ne peut être que l’union indissoluble et unique d’un homme et d’une femme. Toutefois, j’admets que cette définition est propre à la foi chrétienne et ne peut donc pas être imposée à une société pluraliste. Dans une telle société, chacun doit pouvoir contracter l’union qu’il veut, même si je pense qu’il est dans l’erreur.

Un débat biaisé

A ces remarques, j’ajouterai une dernière considération concernant les termes mêmes du débat. Je pense que la question de l’homosexualité est mal posée et il me semble que beaucoup de chrétiens se laissent finalement entrainer dans un faux débat.

En effet, l’opposition entre hétérosexualité et homosexualité suppose l’existence d’identités sexuelles distinctes entre les différents êtres humains. Or je pense qu’en tant que chrétiens nous devons précisément contester cette idée. Tout d’abord, il faut signaler que cette idée d’identité sexuelle est assez récente, puisqu’elle n’apparaît qu’à l’époque contemporaine. Toutefois, récent ne veut pas dire faux. En revanche, il est important d’insister sur le fait que cette position est nourrie par des motifs idéologiques plus que scientifiques, puisque l’on n’a jamais découvert de gênes qui coderaient pour l’hétérosexualité ou l’homosexualité.

D’un point de vue biblique, je pense que nous devons au contraire affirmer qu’il n’existe qu’une seule sexualité avec différentes pratiques sexuelles (tout seul, à deux, à plusieurs, avec une personne de même sexe, avec une personne de sexe différent, avec un animal, avec un partenaire fixe, avec différents partenaires etc.) et que parmi toutes ces pratiques sexuelles, une est clairement approuvée par Dieu, tandis que les autres sont écartées. Ainsi, la vraie opposition serait plutôt entre « orthosexualité » (sexualité approuvée par Dieu) et « hétérosexualité » (sexualité désapprouvée par Dieu), même si le sens courant d’hétérosexualité risque de créer quelques confusions au niveau du vocabulaire.

Conclusion

En conclusion, je vous propose un résumé des différentes propositions que je défends et qui aboutissent à ma position actuelle :

  1. Le mariage, d’un point de vue biblique, est une institution divine. Il peut être caractérisé par trois adjectifs : monogame, hétérosexuel et indissoluble.
  2. Historiquement, le mariage, tel qu’il vient d’être défini, est une exception au sein des sociétés humaines. Adhérer à cette définition du mariage n’est donc pas une « évidence naturelle » mais un acte de foi. Le mariage chrétien relève de l’éthique révélée et non de l’éthique commune.
  3. Dans une société pluraliste, l’Etat se doit d’être religieusement neutre. Par conséquent, puisque la définition chrétienne du mariage résulte de la foi biblique, elle ne peut pas être imposée à l’ensemble de la société.
  4. Le législateur doit veiller à ce que chacun puisse contracter librement l’union qu’il souhaite par le biais d’un contrat civil, tant que celle-ci ne porte pas atteinte à l’ordre public. En tant que citoyens, nous devons accepter que d’autres personnes puissent contracter des unions que nous désapprouvons en tant que chrétiens.

Les articles suivants me permettront de développer certaines de ces idées.

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A propos David Vincent 213 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.