Quelques remarques sur la théorie de la substitution pénale

Il y a quelques mois, j’ai entamé une réflexion autour de notre compréhension du sacrifice de Jésus. En effet, si tous les chrétiens sont d’accord pour dire que Jésus est mort et ressuscité, il existe différentes manières de comprendre ce sacrifice.

A titre personnel, je considère que ce qui est fondamental c’est l’acte en lui-même. Le premier discours de Pierre, rapporté en Actes 2, montre que c’est l’adhésion à cette réalité qui procure le salut et non le sens qu’on lui donne. Toutefois, je reconnais aussi qu’il est parfaitement légitime de chercher à comprendre le sens de cet événement et que cela est même important pour mieux connaître Dieu.

La théorie de la substitution pénale

Dans le protestantisme luthéro-réformé, c’est la théorie dite de « la substitution pénale » (TSP pour les intimes) qui est dominante. On peut résumer cette théorie en trois points :

  1. L’homme a péché. Le péché constitue une faute qui nécessite une punition : la mort.
  2. Dieu doit punir le péché, mais Il veut sauver l’humanité. Il y a une tension entre la justice de Dieu, qui exige la punition du péché, et l’amour de Dieu, qui veut éviter à l’humanité cette punition.
  3. Pour résoudre ce dilemme, Dieu punit Jésus à la place de l’humanité. Ainsi, la peine du péché a été exécutée et l’homme est sauvé.

Cette théorie est très répandue dans les milieux protestants confessants, mais beaucoup de personnes y adhèrent « passivement », sans avoir véritablement réfléchi au sujet.

Cette façon de comprendre le sacrifice de Jésus pose pourtant, à mon avis, de sérieux problèmes et c’est ce que j’aimerai exposer ici.

Ma réflexion personnelle

Cela fait déjà un certain temps que je sentais ces problèmes sans parvenir à les définir clairement. Depuis mon premier article, j’ai eu le temps d’approfondir la question, en étudiant notamment le Lévitique et le système sacrificiel de l’Ancien Testament et en réfléchissant aux différentes théories judiciaires.

Sans forcément prétendre à une réponse définitive, j’ai donc maintenant les idées un peu plus claires sur ce sujet et, puisque cela m’a été plusieurs fois demandé, j’ai décidé de faire un article de synthèse pour présenter mes principales objections à cette théorie.

La liste n’est pas exhaustive, mais je vous en propose déjà quatre.

Objection 1 : Le principe de « substitution pénale » est incompatible avec le système sacrificiel de l’Ancien testament

J’ai eu l’occasion de développer ce point lors de mon étude sur le Lévitique. J’invite donc le lecteur à s’y référer, je reprendrai simplement ici les grandes lignes.

Tout d’abord, il est important de comprendre que le cadre de pensée institué par la Loi de Moïse est complètement différent du nôtre. Nous raisonnons en terme de « bien » et de « mal », tandis que la Loi de Moïse est fondée sur d’autres oppositions, en particulier entre « pur » et « impur » et entre « sacré » et « profane », ce qui est très différent.

L’impureté est ce qui empêche le contact entre Dieu et les hommes. Si l’impur rentre en contact avec le saint, c’est la mort. Il est donc nécessaire d’être pur pour pouvoir être en contact avec Dieu.

Dans l’Ancien Testament, il existe différents types d’impuretés et le but des sacrifices est précisément d’effacer ces impuretés. En revanche, le sacrifice ne relève pas du domaine judicaire et ne peut en aucun cas remplacer une peine, comme le suppose la théorie de la substitution pénale.

1) Les sacrifices sont exécutés pour les impuretés ne requérant pas une peine judicaire : l’accouchement, les menstruations et surtout les fautes involontaires. En particulier, j’insiste sur le fait que le Lévitique indique clairement que les « sacrifices pour le péché » ne peuvent couvrir que les péchés commis involontairement. C’est d’ailleurs à cela que fait référence l’auteur de l’épître aux Hébreux  (10 : 26-27), lorsqu’il dit :

« Car, si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, mais une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui dévorera les rebelles. »

2) Les sacrifices accompagnent aussi les peines de réparation. Par exemple, les vols. La personne doit réparer son vol par un dédommagement matériel et en plus effectuer un sacrifice.

3) Les sacrifices peuvent aussi purifier la communauté après le péché de certains membres.

Toutefois, en aucun cas, un sacrifice ne peut remplacer une peine. Et c’est là, le plus grand contresens de la théorie de la substitution pénale.

Si une personne commet une faute méritant une sanction, elle doit être sanctionnée. Dans la grande majorité des cas, cette sanction est la mort.

Ce qu’il faut retenir, c’est que la Bible ne prévoit aucun cas où un sacrifice puisse remplacer l’exécution d’une peine ou servir à pardonner une faute volontaire. Le sacrifice n’agit pas dans le domaine judiciaire, mais est là pour assurer la purification du péché, afin de permettre le rétablissement ou le maintien des relations entre Dieu et les hommes.

La seule possibilité qu’une peine ne soit pas appliquée est le recours à la miséricorde (divine ou humaine), ce qui me conduit au deuxième point.

Objection 2 : La théorie de la substitution pénale implique une logique judicaire contraire à la conception biblique de la justice

Une deuxième objection majeure peut être faite à la théorie de la substitution pénale, celle de reposer sur une conception non-biblique de la justice.

Les théories de la justice

On peut en effet distinguer deux grandes théories de la justice qui peuvent être définies par le rôle attribué à la peine. Dans la première théorie, la peine est une fin en soi, tandis que dans la seconde, la peine est un instrument.

Toute la théorie de la substitution pénale se fonde sur le présupposé que toute faute doit nécessairement entrainer un châtiment. C’est une conception de la justice qui existe, mais qui n’est ni évidente, ni universelle. Or, les partisans de la TSP affirment ce présupposé sans avoir démontré (bibliquement ou philosophiquement) sa validité.

Dans la deuxième théorie, que je défends, la faute implique bien évidemment une expiation, mais cette expiation ne passe pas nécessairement par une peine. Au contraire, une peine peut même s’avérer contre-productive et la miséricorde peut parfois être plus efficace pour parvenir au rétablissement de la justice.

Cette théorie ne rejette pas la peine, mais réduit celle-ci au rôle d’instrument et ne la considère pas comme une fin en soi. La peine n’est appliquée, que si l’on estime que cela est nécessaire et profitable.

Le Code d’Hammourabi

En dehors de la Bible, nous avons un très bon exemple de cette logique judicaire dans le Code d’Hammourabi. Ce texte est probablement le plus ancien texte législatif actuellement connu. J’illustrerai ce point avec la législation concernant l’adultère.

Lorsqu’une femme est surprise en état d’adultère, elle et son amant sont amenés au mari qui décide du sort des coupables. Le mari peut demander leur condamnation (et choisir la sanction) ou leur accorder sa grâce complète. La seule obligation est que la même sanction soit appliquée aux deux coupables (la femme et l’amant). Si le mari veut la mort de l’amant, cela impliquera aussi la mort de sa femme. Mais si le mari veut épargner sa femme, il devra aussi épargner l’amant.

Cette législation illustre parfaitement la conception juridique que je défends et qui me paraît être la plus fidèle à la vision biblique de la justice. Dieu est souverain. Son but est de maintenir la justice et restaurer celle-ci lorsqu’elle a été remise en cause. L’injustice, le péché, c’est la désobéissance envers Dieu.

La vision biblique de la justice

Lorsque quelqu’un s’éloigne de Dieu, Celui-ci va alors tout faire pour le ramener dans le droit chemin (la justice). Pour cela, Il peut bien évidemment châtier le coupable, mais Il peut aussi lui faire miséricorde. En aucun cas, Dieu n’est obligé de punir quelqu’un. Si Dieu juge que la restauration de la justice peut s’opérer par une grâce complète, alors Il est libre d’accorder cette grâce sans la moindre contrepartie. En supposant que Dieu doive nécessairement « payer une peine », la théorie de la substitution pénale porte gravement atteinte à la souveraineté de Dieu.

Nous avons dans la Bible de nombreux exemples de cette miséricorde : Caïn, après le meurtre de son frère, David, après l’adultère avec la femme d’Urie, Ninive (livre de Jonas), mais aussi le publicain de la parabole :

« Jésus dit encore cette parabole, en vue de certaines personnes se persuadant qu’elles étaient justes, et ne faisant aucun cas des autres: Deux hommes montèrent au temple pour prier; l’un était pharisien, et l’autre publicain. Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même: O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus. Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine, en disant: O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. Je vous le dis, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l’autre. Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » Luc 18 : 9-14.

Dans tous ces cas, Dieu a usé de miséricorde et a accordé sa grâce au(x) coupable(s) sans la moindre contrepartie pénale, puisque leur repentance a été considérée comme une expiation suffisante. On voit aussi cela dans la magnifique parabole du « fils prodigue », que je préfère personnellement appeler celle du « Père parfait » (Luc 15).

Dans la conception biblique de la justice, une personne qui commet une faute doit personnellement subir la peine liée à cette faute. La seule alternative possible est que celui qui en a le pouvoir (Dieu, les autorités légales, la victime) fasse miséricorde au coupable et décide de ne pas lui infliger la sanction qu’il mérite.

En revanche, en aucun cas, une substitution pénale n’est envisagée, car seule « la miséricorde triomphe du jugement » (Jacques 2 :13).

Objection 3 : La théorie de la substitution pénale se trompe de cible. Elle met l’accent sur la peine consécutive au péché et non sur le péché lui-même

Dans la théorie de la substitution pénale, le but premier du sacrifice de Jésus est d’effacer la peine du péché. On peut dire que la TSP est une théorie « anthropocentrée », c’est-à-dire « centrée sur l’homme ».

Les Ecritures au contraire sont « théocentrées », centrées sur Dieu, et le sacrifice de Jésus ne vise pas en premier lieu la peine, qui ne concerne que l’homme, mais le péché lui-même :

« Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit: Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. » Jean 1 : 29

Jésus n’est pas venu pour enlever  la « peine du péché », mais pour enlever le péché lui-même. Certes, la peine est effacée, mais cela est une conséquence logique et non le but premier du sacrifice.

Objection 4 : La théorie de la substitution pénale se trompe sur le moment décisif du salut. D’après cette théorie nous sommes sauvés par la mort de Jésus, tandis que la Bible affirme que nous serons sauvés par sa vie

Enfin, en lien avec le point précédent, la théorie de la substitution effectue un glissement concernant le moment central du salut et le moyen par lequel il s’opère.

Suivant la logique de cette théorie, c’est la mort de Jésus en tant que telle qui produit le salut et non sa vie. En effet, si le but du sacrifice de Jésus est de « payer notre peine » et que cette peine est la mort, alors ce but est atteint dès lors que Jésus est mort sur la croix. Et puisque la peine est payée et le but atteint, la résurrection devient tout simplement inutile.

Or, cela est en contradiction flagrante avec les écrits apostoliques. Lorsqu’on lit le Nouveau Testament, on voit que l’accent est mis davantage sur la résurrection de Jésus que sur sa mort.

Mais surtout, l’apôtre Paul affirme très clairement que la mort de Jésus ne constitue que la première étape du processus de Salut, la réconciliation avec Dieu, mais c’est sa vie qui procure pleinement le salut :

« Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. A plus forte raison donc, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère. Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. » Romains 5 : 8-10.

Ce passage n’est que la formulation la plus explicite d’un enseignement que l’on retrouve tout au long du Nouveau Testament. Or, la théorie de la substitution pénale ne parvient pas à rendre compte de cette vérité.

Conclusion

Pour terminer cet article, je récapitulerai brièvement mes quatre objections à la théorie de la substitution pénale.

Objection 1. Le principe de « substitution pénale » est incompatible avec le système sacrificiel de l’Ancien testament.

Objection 2. La théorie de la substitution pénale implique une logique judicaire contraire à la conception biblique de la justice.

Objection 3. La théorie de la substitution pénale fait erreur sur le but premier du sacrifice. Elle met l’accent sur la peine consécutive au péché et non sur le péché lui-même.

Objection 4. En lien avec l’erreur précédente, la théorie de la substitution pénale se trompe sur le moment décisif et le moyen par lequel s’opère le salut. Dans la logique de cette théorie nous sommes sauvés par la mort de Jésus, tandis que la Bible affirme que nous serons sauvés par sa vie.

A propos David Vincent 202 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.
  • Cactus Wren

    En science, ce n’est pas parce que l’on s’aperçoit qu’une théorie est incomplète, qu’il faut rejeter en bloc ses méthodes et ses résultats : on ne renonce pas aux lois de Képler sous prétexte qu’Einstein a depuis inventé la relativité générale, qui est beaucoup plus difficile. Il en va de même en théologie : il est impossible d’évacuer la notion de « substitution pénale », tout simplement parce qu’elle fait partie de la révélation biblique. Les versets sont bien connus, et incontournables :

    … Christ aussi a souffert une fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu, ayant été mis à mort…

    …Celui qui n’a point connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu

    Par conséquent, quelles que soient les objections qui nous embarrassent à l’égard de la TSP, elles vont nécessairement trop loin, si leur conclusion aboutit à nier toute substitution de Jésus à notre place, puisque cette substitution est un fait, d’après l’Ecriture, non une théorie.

    Ceci dit, quand on veut réduire le sacrifice de Jésus aux trois points :
    1. L’homme a péché.
    2. Dieu doit punir le péché, mais Il veut sauver l’humanité.
    3. Dieu punit Jésus à la place de l’humanité.

    je suis bien d’accord que la théorie apparaît peu satisfaisante, voir choquante. Mais il y manque une autre face essentielle du sacrifice biblique que la Bible nous affirme tout aussi clairement que celle de la substitution. Je m’explique :

    1) Si, pour un certain délit, la justice humaine, vous condamne à une amende de dix millions d’euros, que vous ne pourrez jamais payer, peu lui importe qu’un généreux donateur règle la dette à votre place : La morale n’est pas ce qui l’intéresse ici, mais l’argent.

    2) Par contre quand la justice humaine vous condamne à mort (du temps où cela existait), personne ne peut mourir à votre place. La justice ne désire pas dans ce cas une vie quelconque, mais la vôtre ; l’offense ne peut être effacée qu’au prix de la personne qui l’a commise. Humainement, l’idée de substitution pénale n’existe pas, quand il s’agit de la peine de mort.

    3) Pourquoi donc Dieu introduit-il la substitution pénale dans ce lourd système des sacrifices ? Quel moindre rapport pourrait-il exister entre la mort d’un animal innocent, et la culpabilité du pécheur, pour laquelle on le sacrifie ? La moralité de la justice Dieu ne peut pourtant pas être inférieure à celles des hommes ! Or, avant d’égorger la bête, le chef de famille devait lui imposer les mains, il les plaçait sur sa tête, signe d’identification avec elle.

    4) L’IDENTIFICATION, voilà la deuxième face biblique de la notion de sacrifice, qui vient compléter celle de SUBSTITUTION, et la rendre moralement acceptable. Personne ne peut mourir à ma place à cause de mes péchés, SAUF si celui qui meurt devient MOI, et que moi, je deviens LUI. C’est précisément ce qu’a accompli Jésus-Christ à notre égard : en lui nous sommes mort à la croix ; en lui nous ressuscitons, et cette union irréversible de sa personne à la nôtre, perdurera aux siècles des siècles.

    5) En devenant homme par l’incarnation, Dieu le Fils s’est fait homme pour l’éternité : c’est en tant qu’homme qu’il meurt et ressuscite, c’est en tant qu’homme qu’il monte au Ciel et s’assoit à la droite du Père. En conséquence, il est désormais impossible d’être théocentré sans être anthropocentré, ni d’être anthropocentré sans être théocentré. L’union entre Dieu et l’homme est indissoluble dans la personne de Christ ; c’est ainsi qu’il l’a voulu, c’est par un mariage éternel qu’il s’est allié à la famille humaine, et qu’il a fait de nous les membres de son corps.

    • Que l’on soit bien d’accord. Je ne nie pas la substitution, mais le caractère pénale de celle ci.
      Je pense que les versets que tu cites au départ conforte ma position.
      Ce n’est pas une peine qui est transférée, mais une vie. Nous recevons Sa Vie.
      Il y a un changement d’état au plus profond de notre être et pas simplement un transfert de peine.

      Toutefois vu l’heure, je m’arrête là. Je reprendrai cela dans un prochain article.

      Merci pour ta contribution 🙂

      • Cactus Wren

        Mais si tu admets la substitution de Jésus-Christ mourant à notre place, à moins de dire que sa croix n’a eu d’autres causes que la bêtise et la cruauté de ceux qui l’ont condamné, il te faut bien reconnaître une décision divine et pénale dans son supplice ! « Maudit soit quiconque est pendu au bois… Mon Père s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ». Or d’après les faits nous sommes bien obligés de conclure que cela n’était pas possible, dans la pensée de Dieu…

        Je reconnais un effet positif de ta critique de la TSP, à savoir qu’elle met en garde contre un certain pharisaïsme réformé qui voudrait appliquer la théorie de la substitution comme un syllogisme, de manière mécanique, et qui s’estime en parfaite règle avec Dieu pour autant qu’il adhère à une confession de foi orthodoxe. Si la substitution s’appliquait indépendamment d’une l’identification mutuelle entre Jésus-Christ et le pécheur, ce dernier n’aurait plus qu’à bénéficier de la substitution, puis s’en aller de son côté sans avoir contracté aucune obligation envers celui qui est mort à sa place. Or ce n’est pas le cas, accepter la mort de Jésus à notre place nous rend esclave de sa personne à jamais, pour parler à la manière des hommes, dit Paul. Je répète donc que la TSP n’éclaire qu’un côté du sacrifice, insuffisant en lui-même.

        D’autre part, en niant le caractère pénal de la substitution, tu ne vois pas que tu ôtes tout le sérieux de la croix. La colère de Dieu contre le pécheur, sa détestation du mal qu’il voit en lui, sa justice en un mot, ne consiste pas en vaines menaces : Dieu a décrété que toute iniquité recevra son jugement et sera punie publiquement, il en sera ainsi. Il n’y a pas de miséricorde venant de Dieu sans reconnaissance de dette ; si nous sommes incapables de la payer, il nous offre de la régler à notre place, en son Fils. Mais elle sera payée ! sinon ce serait la nier.

        Sur la croix Jésus crie : πάντα τετέλεσται, TOUT est payé ! Tout c’est tout… rien n’a été caché sous le tapis, parce que Dieu voulait fermer les yeux.

    • Shor L.

      @Cactus Wren

      Il y a des très bons arguments présentées et cela m’a fait encore réfléchir sur le sujet.

      En regardant les différents exemples que tu/vous as/avez donné, on saisi que la substitution ne joue son rôle que pour celui qui demeure en Christ.
      Celui qui se retire ou qui n’adhère pas au don de Christ ne peut bénéficier de l’héritage de la Croix.
      En gros on peut parler de substitution pénale certes mais uniquement pour celui qui croit et demeure en Dieu par Christ son Fils mais substitution pénale universelle car elle est bien actée aujourd’hui pour quiconque croit…

      En effet, si la croix était substitution pénale de manière absolue, même celui qui pécherait aujourd’hui, qu’il croit ou pas en Christ, serait sauvé puisque la peine/mort de Christ se substituerait à la sienne.
      Donc aucun humain n’irait en seconde mort dans ce cas. Or ce n’est pas ce qui est vérifié car les impies iront/sont bien en seconde mort, de sorte que la Mort(dernier ennemi) sera vaincue qu’à la résurrection des morts/transmutation des corps…

      Ainsi la substitution pénale n’agit/n’est efficace que pour celui qui vient à Christ, accepte la Croix et marche en sanctification, car l’incroyant n’en bénéficie point et celui qui se retire se perd et perds sa place. Les antichrists/Ivraie/faux en Christ/Judas Iscariot de tout acabit qui sont assis dans l’Église le prouvent/prouveront bien.

      La substitution pénale n’empêche pas la mort physique ou celle du corps chair et sang du Chrétien fidèle.
      En effet, même si on est croyant en Christ on meurt bien de mort physique car le corps devient bien poussière et retourne à la poussière.(Sauf à l’avènement final ou autre miracle tel Hénoc ou Elie)

      A quoi donc a servit le sacrifice de la Croix si on meurt encore en ce corps chair et sang ?
      Et je pense que c’est ici le sens profonds de la Croix ou c’est ici qu’intervient la substitution pénale.

      En effet, le salaire du Péché c’est la Mort…C’est une Loi Universelle. On ne parle pas ici des péchés mais du Péché…Notons le bien !

      ‘Adam a commis un péché mais personne n’est imputé de ce péché de ‘Adam car c’est l’âme qui pèche qui meurt. On est par contre bien imputé des conséquences de ce péché de ‘Adam car la mort est bien entrée dans le monde et dévore même ceux qui n’ont pas commis de péchés comme ‘Adam, qu’il soit juste ou impie.

      Cependant ‘Adam en péchant ouvre la «boite de Pandore», ce qui fait que le Péché(qui n’existait pas dans la création mais était latent puisqu’il est antithèse) et ici je ne parle pas du péché de ‘Adam mais du Péché Universel, c’est à dire cette force universelle qui est l’antithèse de l’héritage de la Justice, Justice qui s’obtient en demeurant en Dieu,…je dis donc que le Péché (caractère Universel) est entré dans les créations telle une réaction nucléaire en chaîne qui irradie la création visible comme la création invisible.

      Le Ciel(création invisible) indubitablement fut entaché par le Péché puisque quand ‘Adam pécha il était bien dans le Paradis de Dieu qui est le Jardin d’Eden, de sorte que Christ mourant, porte son sang dans le lieu très saint qui est le Ciel et purifie tout ce qui est dans le Ciel(Hébreux 9:23-25) qui fut souillé par ‘Adam quand il pécha.

      ‘Adam mourut et ‘Ishshah aussi…
      Ainsi avec le Péché vint un second ennemi : La Mort.

      Et je crois bien que la substitution pénale joue son rôle ici et est l’arme qui détruit la Mort Universelle chose qu’aucun homme autre que Christ ne pouvait accomplir car il fallait un homme sans péché pour donner au Péché le prix du rachat de la Mort.

      Ainsi au delà de l’aspect du corps, il y a l’esprit et par conséquent l’âme dans la dimension du terrestre puisque ce qui est terrestre est âme car l’homme terrestre est chair et sang.
      La croix a répondu plus spécifiquement non pas à la mort du corps mais à la mort de l’âme et/ou de l’esprit ou mieux à la seconde mort.

      En effet si Christ n’était mort, aucun humain n’aurait pu obtenir la Vie après la mort, la Vie, la Vie Éternelle et les créations auraient été des Mondes où l’on meurt sans se relever de la Mort(éternelle).

      Et je crois que c’est ici la véritable action de la substitution pénale.
      Dieu peut-il pardonner les péchés des hommes ?

      Oui et cela même sans le sacrifice.
      Dieu peut-il tout faire ?
      Oui ! Et il l’a déjà démontré car il a tout pouvoir…
      Dieu peut-il bafouer les lois universelles de la Création en sortant de sa propre Justice établie depuis les temps immémoriaux ?
      Non ! Car Dieu est Juste et il est aussi Amour.

      Et c’est à cause de cela, de sa Justice qu’il donne à la Mort le prix du Rachat afin demeurer un Dieu Juste en toute chose, tout en justifiant l’impie par la Croix.
      La Loi universelle du Péché exigeait la Vie(Le salaire du Péché c’est la Mort…) mais une Vie sans Péché car toute vie entachée par les péchés appartient déjà au Péché.

      Ce qui est déjà au Péché ne peut servir de rachat car cela appartient déjà au Péché.

      De fait il fallait une Vie sans péchés afin de donner au Péché le prix du rachat de la Mort.

      (On comprends que le sang/la vie de l’animal pouvait servir de moyen de purification temporaire car aucun animal n’a péché mais l’homme. La création fut soumise en effet à la vanité…)
      Ainsi, Jésus vint sans péchés et donne au Péché le prix véritable du rachat de la Mort.

      Et je crois qu’il y a bien à ce niveau là substitution pénale car ceux qui ont péché et qui croient et demeurent en Christ et qui devaient mourir éternellement à cause de leurs péchés (car tous ont péché et sont privés….) ne meurent plus éternellement même lorsque qu’ils meurent de corps.

      Ceux là, à cause de la substitution pénale se relèveront d’entre les morts et n’iront pas à la mort éternelle car leur rachat aura bien été effectif. Christ est mort pour eux et à donné à la Mort le prix du Rachat des âmes et des esprits qui ne demeureront pas dans la Mort et captifs de la Mort de façon éternelle.
      Ceux là se relèveront d’entre les morts car Christ s’est substitué à eux dans la Mort et il a été bien au delà de cela il a pris non seulement la Condamnation Éternelle mais a encore donné la Justification Éternelle par la Foi en Lui.

      J’ai été rapidement, il peut y avoir un manque de clarté, je ne vais pas me relire et corriger de crainte d’enlever mon premier ressentie sur le sujet.

      Je remercie Jorel de m’avoir interpellé sur le sujet qui a pris beaucoup de temps afin de murir un peu en moi car le thème est très pointu.

      Il y a une chose que je voulais encore dire qui n’est pas en rapport avec La TSP.
      Cactus Wren a écrit ceci, je cite :5) En devenant homme par l’incarnation, Dieu le Fils s’est fait homme pour l’éternité : c’est en tant qu’homme qu’il meurt et ressuscite,
      c’est en tant qu’homme qu’il monte au Ciel et s’assoit à la droite du Père.

      Je ne pense pas que Christ est devenu homme par l’incarnation car il était déjà Homme depuis les Cieux selon qu’il est écrit :

      Heb.2:5 En effet, ce n’est pas à des anges que Dieu a soumis le monde à venir dont nous parlons.
      6 Or quelqu’un a rendu quelque part ce témoignage : Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui, Ou le fils de l’homme, pour que tu prennes soin de lui ?
      7 Tu l’as abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, Tu l’as couronné de gloire et d’honneur,
      8 Tu as mis toutes choses sous ses pieds. En effet, en lui soumettant toutes choses, Dieu n’a rien laissé qui ne lui fût soumis. Cependant, nous ne voyons pas encore maintenant que toutes choses lui soient soumises.
      9 Mais celui qui a été abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d’honneur à cause de la mort qu’il a soufferte, afin que, par la grâce de Dieu, il souffrît la mort pour tous.

      Nous lisons bien que Dieu le Père a abaissé Christ pour un temps au dessous des anges.
      Mais la Bible montre bien que Celui qui fut abaissé à savoir Jésus, est abaissé depuis les cieux en qualité d’homme puisque c’est l’homme qui fut abaissé par Dieu pour un temps au dessous des anges.
      Et s’il fut abaissé c’est bien dans son temps de pèlerinage terrestre car avant d’être abaissé au dessous des anges il était forcément au dessus des anges et après sa résurrection, il est replacé au dessus des anges et en mieux car il est nommé leur chef en titre en pouvoir et en autorité car les anges se prosternèrent devant lui dès lors…

      Il est évident que la Bible montre que Christ avant de venir sur terre était déjà Homme(je met grand H car il était déjà Homme Céleste) depuis les cieux.
      C’est un autre débat bien plus poussé encore mais c’est déjà un début de réponse.

      Bien à vous et merci de la lecture.

  • Salut David,

    Article une nouvelle fois très intéressant, qui je pense sera utile à plus d’une personne.
    Cependant, comme je te l’avais fait remarqué pour cet article (http://didascale.com/les-implications-morales-du-determinisme-theiste/), soulever les limites d’une doctrine est trop léger pour l’invalider de manière efficace.
    Pour que la boucle soit bouclée, il aurait fallu que tu proposes une lecture alternative des textes majeurs utilisés pour défendre la TSP (et qui sont légion !).

    Par ailleurs, le pardon ou la miséricorde est toujours un acte qui coûte à celui qui le/la délivre. Celui qui subit l’offense mais qui décide de pardonner (sans imputer le péché au pécheur), porte d’une certaine manière le péché à la place du pécheur. Cette réalité pratique, que l’on est appelé à vivre encore aujourd’hui en tant que chrétien, fait écho à mon sens à la TSP.

    A bientôt !

    • Bonjour Jorel,

      Merci pour ton commentaire.

      Si j’ai posté cet article, c’est effectivement parce que je souhaite ensuite proposer une autre lecture.
      Toutefois, cette nouvelle compréhension n’est pas venue du « jour au lendemain » et je suis d’abord passé par un certain temps de réflexion.

      J’ai donc volontairement présenté ces objections sans proposer d’office une autre alternative, afin de permettre au lecteur de refaire un peu le même cheminement que moi.

      Concernant, le dernier point que tu soulèves, je suis entièrement d’accord avec toi et j’avais d’ailleurs évoqué cela lors d’une conversation Facebook. La miséricorde n’est pas un acte anodin, c’est au contraire un acte d’une grande violence et c’est précisément pour cela qu’il peut remplacer la peine. Toutefois, je ne qualifierai pas cette substitution de « pénale ».

      A bientôt,

  • Pingback: Dieu avait-il besoin de sacrifier Jésus pour pardonner les péchés ? - Didascale()

  • Enastyc

    Salut,

    L’article soulève des choses intéressantes avec la discussion qui s’en est suivi ici et ailleurs !

    Pour ma part et en me limitant à la question de la substitution dans le sacrifice expiatoire, il me semble que le but soit avant tout orienté vers la destruction ou l’écrasement du péché à travers la victime propiatoire qui est mise à mort. Dieu se plaît à briser ce qui nous sépare de lui, il ne se plaît pas à punir le pêcheur, ni la victime en elle-même !

    D’ailleurs Esaïe 53 dans son contexte initial fait sans doute plus directement référence à la destruction de Jérusalem par les babyloniens, qui est personnifiée par le serviteur souffrant. Face à cette situation sans issue, qui atteint des sommets d’infidélité, il fait retomber l’idolâtrie du peuple sur la ville et en même temps se faisant il expie les fautes de ceux qui sont exilés et pourront s’approprier le sens de cet événement pour se repentir et être purifiés.

    L’evangile de Jean 1:29, énonce assez clairement le problème en écrivant que l’agneau doit ôter le péché du monde. La colère de Dieu est relative à la sainteté qui doit être préservé pour que Dieu soit présent à millieu de son peuple, pour que l’alliance et la relation soit maintenue. C’est la colère d’un amour bafoué qui n’est pas déconnecté de la relation qu’il propose à l’homme. Venant d’un Dieu créateur qui n’a pas pour volonté de détruire ou de punir mais de sauver tous les hommes !

    Le problème de la substitution pénale est aussi souvent lié à d’autres doctrines qui l’accompagne.