Qu’est-ce que le « parler en langues » ?

Dans cet article, j’aimerais évoquer brièvement le « parler en langues », une doctrine qui suscite beaucoup de débats au sein du monde évangélique. .

Il est tout d’abord important de rappeler qu’en théologie, on distingue deux types de parler en langues : la glossolalie et la xénoglossie.

La glossolalie correspond à ce que les pentecôtistes et certains charismatiques pratiquent habituellement. Il s’agit de prononcer une suite de syllabes inintelligibles, au sens étymologique du terme, c’est-à-dire non compréhensibles par l’entendement humain. Toutefois, ceux qui pratiquent ou croient à ce parler en langues, considèrent que ces suites de syllabes ont une signification dans une langue céleste que Dieu et les anges comprennent. Le but est donc avant tout, et même exclusivement, l’édification personnelle.

La xénoglossie en revanche correspond au don de pouvoir parler une langue inconnue mais néanmoins terrestre et compréhensible par d’autres personnes. Le but est ici la diffusion de l’Evangile.

Je vous propose d’examiner successivement ces deux aspects.

La glossolalie

Le parler en langue glossolalique est au cœur du débat entre évangéliques. D’un côté, les charismatiques/pentecôtistes y sont favorables, certains considérant même que c’est une pratique obligatoire pour un croyant réellement né de nouveau. D’autres évangéliques, que l’on appelle « cessationistes », considèrent au contraire que c’est, au mieux, une supercherie inutile, au pire une manifestation démoniaque.

Personnellement, comme je l’explique dans mon témoignage, j’ai connu les deux extrêmes. J’ai tout d’abord fréquenté pendant les huit premières années de ma vie une Mégachurch pentecôtiste, puis pendant douze ans, des assemblées de frères farouchement anti-charismatiques. Il me semble que quelques remarques peuvent être faites pour parvenir à une position plus équilibrée.

Il est vrai que le « parler en langues » existe dans de nombreuses religions. Il faut donc être très prudent. La première question est de savoir si bibliquement ce phénomène existe. Le texte clef est 1 Corinthiens 14 :

« Recherchez la charité. Aspirez aussi aux dons spirituels, mais surtout à celui de prophétie. En effet, celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes, mais à Dieu, car personne ne le comprend, et c’est en esprit qu’il dit des mystères. Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes, les édifie, les exhorte, les console. Celui qui parle en langue s’édifie lui-même; celui qui prophétise édifie l’Église. Je désire que vous parliez tous en langues, mais encore plus que vous prophétisiez. Celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues, à moins que ce dernier n’interprète, pour que l’Église en reçoive de l’édification. Et maintenant, frères, de quelle utilité vous serais-je, si je venais à vous parlant en langues, et si je ne vous parlais pas par révélation, ou par connaissance, ou par prophétie, ou par doctrine? Si les objets inanimés qui rendent un son, comme une flûte ou une harpe, ne rendent pas des sons distincts, comment reconnaîtra-t-on ce qui est joué sur la flûte ou sur la harpe? Et si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat? De même vous, si par la langue vous ne donnez pas une parole distincte, comment saura-t-on ce que vous dites? Car vous parlerez en l’air. Quelque nombreuses que puissent être dans le monde les diverses langues, il n’en est aucune qui ne soit une langue intelligible; si donc je ne connais pas le sens de la langue, je serai un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle sera un barbare pour moi. De même vous, puisque vous aspirez aux dons spirituels, que ce soit pour l’édification de l’Église que vous cherchiez à en posséder abondamment. C’est pourquoi, que celui qui parle en langue prie pour avoir le don d’interpréter. Car si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence demeure stérile. Que faire donc? Je prierai par l’esprit, mais je prierai aussi avec l’intelligence; je chanterai par l’esprit, mais je chanterai aussi avec l’intelligence. Autrement, si tu rends grâces par l’esprit, comment celui qui est dans les rangs de l’homme du peuple répondra-t-il Amen! à ton action de grâces, puisqu’il ne sait pas ce que tu dis? Tu rends, il est vrai, d’excellentes actions de grâces, mais l’autre n’est pas édifié. Je rends grâces à Dieu de ce que je parle en langue plus que vous tous; mais, dans l’Église, j’aime mieux dire cinq paroles avec mon intelligence, afin d’instruire aussi les autres, que dix mille paroles en langue. » 1 Corinthiens 14

Ce texte est très débattu et donne lieu à des interprétations divergentes. Ceux qui ne croient pas au parler en langues « glossolalique » affirment que Paul se réfère ici à des langues humaines, il s’agirait donc d’un phénomène de xénoglossie.

Cependant, de mon point de vue, il me semble plutôt que Paul fait bien référence à la glossolalie. Sans entrer dans une interprétation détaillée, je comprends le texte de la manière suivante :

  1. Paul reconnaît l’existence de la glossolalie
  2. Mais démontre que c’est inutile dans un culte public
  3. Il recommande donc son usage privé

Ainsi je n’irai pas jusqu’à affirmer que ces manifestations sont forcément fausses ou démoniaques. Néanmoins, je pense aussi que l’on peut relever au moins trois dérives dans la pratique pentecôtiste:

  1. La première est de considérer qu’il s’agirait d’une manifestation obligatoire attestant le « baptême du Saint-Esprit ». Sans entrer dans le débat sur le « baptême du Saint-Esprit » qui est déjà très problématique, rien n’atteste bibliquement que ce « parler en langues » soit une preuve d’une quelconque maturité spirituelle.
  2. Deuxièmement, Paul est très clair là-dessus, cette pratique doit être privée. Soit tout seul, soit au sein de petits groupes de chrétiens partageant déjà une ferme conviction. Les manifestations publiques du « parler en langues » risquent de porter un contre-témoignage défavorable à l’Evangile.
  3. Troisièmement, il me semble dangereux de pousser les gens à parler en langues. La pression de groupe peut entrainer les gens à parler en langues, mais le danger est que cela soit alors juste un pur « mimétisme »

Parler en langues 2

La xénoglossie

L’expérience de xénoglossie est associée à la fondation même de l’Eglise. Il y a un lien étroit entre ce miracle et la diffusion de l’Evangile.

« Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et se mirent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. Or, il y avait en séjour à Jérusalem des Juifs, hommes pieux, de toutes les nations qui sont sous le ciel. Au bruit qui eut lieu, la multitude accourut, et elle fut confondue parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. Ils étaient tous dans l’étonnement et la surprise, et ils se disaient les uns aux autres: Voici, ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens? Et comment les entendons-nous dans notre propre langue à chacun, dans notre langue maternelle? Parthes, Mèdes, Élamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont, l’Asie,la Phrygie, la Pamphylie, l’Égypte, le territoire de la Libye voisine de Cyrène, et ceux qui sont venus de Rome, Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, comment les entendons-nous parler dans nos langues des merveilles de Dieu? Ils étaient tous dans l’étonnement, et, ne sachant que penser, ils se disaient les uns aux autres: Que veut dire ceci. Mais d’autres se moquaient, et disaient: Ils sont pleins de vin doux » Actes 2 : 1-13

Dans le récit des Actes, le caractère miraculeux est très marqué. Mais je pense que ce don peut aussi se manifester de manière tout aussi efficace, mais avec un caractère surnaturel moins visible.

En étudiant l’histoire, j’ai toujours été frappé par les prouesses linguistiques de certains missionnaires. Le christianisme est certainement la religion qui a créé le plus d’alphabets (arménien, cyillique, etc.). Plusieurs langues étaient parlées avant le christianisme, mais n’ont été écrites qu’après. Le but des missionnaires était de permettre aux populations locales d’avoir accès aux Ecritures (la Bible) dans leur propre langue.

Un autre cas qui m’a particulièrement marqué est celui du Nouveau Monde. Les langues sont plus ou moins proches les unes des autres et il est bien sûr plus facile d’apprendre des langues proches des nôtres. Or les langues des civilisations amérindiennes (les Mayas, les Aztèques, etc.) sont certainement les langues les plus éloignées des langues européennes. Malgré cela, les missionnaires chrétiens ont réussi à apprendre très rapidement ces langues et ont pu ensuite en un temps record composer des grammaires et traduire des ouvrages religieux pour diffuser l’Evangile.

Il me semble que de telles prouesses peuvent aussi être rattachées au don des langues que nous venons d’évoquer.

Conclusion

En conclusion, je dirai que les deux types de « parler en langues » (glossolalie et xénoglossie) existent. Toutefois, le premier type de parler en langue doit être manié avec une extrême prudence et strictement encadré. Il faut mieux l’exercer dans la sphère privée et non dans le culte public, car la visée est avant tout individuelle.
Le second type de parler en langues a au contraire une dimension collective puisqu’il sert avant tout à diffuser l’Evangile.

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A propos David Vincent 293 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.