Réalité et fiction du règne de Constantin (306-307)

L’empereur Constantin est certainement un des personnages les plus connus de l’histoire de l’Eglise. Premier empereur romain converti au christianisme, il fait l’objet de jugements très contradictoires. Véritable héros pour les uns, certaines Eglises le qualifiant même d’ « égal aux apôtres », il est pour d’autres, surtout au sein du monde protestant, le « fossoyeur » du christianisme, celui qui a entrainé la « paganisation » de l’Eglise.

Toutefois, ces jugements opposés sont tous deux assez éloignés de la vérité historique, qui est beaucoup plus complexe, comme nous allons le voir. En réalité, Constantin n’est ni un modèle de chrétien, ni celui qui a perverti l’Eglise.

Conversion personnelle et politique impériale

Tout d’abord, la première chose à rappeler est que contrairement à ce que l’on entend parfois, pour ne pas dire souvent, Constantin n’a jamais fait du christianisme la religion d’Etat. Cela n’arrivera qu’à la fin du siècle sous Théodose Ier en 391-392. Constantin s’est converti à titre personnel, mais n’a jamais cherché à faire de l’Empire romain un Etat chrétien. Tout en encourageant l’Eglise, il n’a pas persécuté les païens. Les historiens païens ne manqueront pas d’ailleurs de rappeler la tolérance religieuse de Constantin, lorsque ses successeurs commenceront à persécuter les païens.

Un chrétien sincère ?

A l’inverse, d’autres pensent que celui-ci n’a jamais été un chrétien sincère. Il me semble ici qu’il faut rappeler les circonstances de cette conversion. En 306, Constantin a été proclamé Auguste, c’est-à-dire empereur « en chef », par ses troupes. En 313, il doit affronter un rival, Maxence, qui contrôle la ville de Rome et les régions alentours.

Il mène donc son armée en Italie et quelques temps avant la bataille décisive, il a une vision. C’est suite à cette vision qu’il décide de se mettre sous la protection du Dieu des chrétiens. Or, cette bataille se solde par une victoire complète, alors même que les troupes de Constantin étaient en large infériorité numérique.

Constantin a donc pu constater une première fois que le Dieu des chrétiens était plus fort que les dieux païens. Constantin décide donc de se mettre sous la protection de ce Dieu et il n’a jamais été déçu puisque qu’il a toujours été victorieux dans toutes les batailles qu’il a conduites.

Constantin a donc toujours raisonné comme un Romain de son temps. Il considérait que sa réussite, particulièrement dans le domaine militaire, était la preuve de sa piété. Par ailleurs, le fait qu’il avait mis sa confiance dans le Dieu des chrétiens et qu’il l’avait pu vaincre ses rivaux païens, était pour lui la preuve que ce Dieu des chrétiens était supérieur aux dieux païens. C’est dans ce cadre là qu’il faut comprendre son adhésion au christianisme.

On peut bien évidemment discuter pour savoir si cela suffit à considérer Constantin comme un véritable « disciple de Jésus » et certains de ses actes peuvent questionner, même si plus tard d’autres responsables d’Eglises feront bien pires. Toutefois, je ne pense pas que l’on puisse remettre en cause sa sincérité.

Un calcul politique ?

Par ailleurs, il faut noter que d’un point de vue « politique », Constantin n’avait aucun intérêt à adhérer à la foi chrétienne. Le christianisme, même s’il se développait dans certaines régions, était encore largement minoritaire au sein de l’Empire (entre 5 et 10% de la population) et n’était pas non plus la religion la plus favorable au gouvernement d’un empire. Un culte monothéiste comme celui de Mithra aurait fait une bien meilleure religion d’Etat.

Constantin et l’Eglise

Enfin, signalons que Constantin n’est pas directement intervenu d’un point de vue doctrinal dans l’organisation ou les doctrines de l’Eglise. Il a certes convoqué le concile de Nicée (325), mais il s’est ensuite contenté d’appuyer politiquement les décisions prises par les évêques. Positions qui, comme nous le verrons, ne correspondaient pas forcément aux siennes.

De même, il n’a absolument pas modifié l’organisation de l’Eglise. La structure épiscopale monarchique était bien établie dès le deuxième siècle et les développements ultérieurs, notamment l’établissement de la Pentarchie, se feront après le règne de Constantin.

Conclusion

Sans vouloir minorer l’importance de la conversion de Constantin, il ne faut pas non plus exagérer ses effets en lui imputant des changements qui ont en réalité eu lieu plus tôt ou plus tard. En particulier, les principales évolutions théologiques au sein de l’Eglise ont eu lieu avant ou après son règne et Constantin n’en est pas directement responsable.

L’Eglise a certes bénéficié de ses largesses à titre privé, mais elle était encore loin de constituer une religion officielle comme cela sera plus tard le cas, avec les avantages et les inconvénients de cette situation.

Surtout, cette conversion était un choix personnel, qui aurait d’ailleurs pu ne pas se maintenir chez ses successeurs.

Bibliographie

Maraval, P. (1997). Le christianisme de Constantin à la conquête arabe. Paris : Presses Universitaires de France.

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A propos David Vincent 282 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.