Réfléchir sur la fin du monde : quelle utilité ?

L’eschatologie désigne la réflexion doctrinale sur la fin des temps. Le terme lui-même est très récent, puisqu’il n’est apparu qu’en 1804, mais l’intérêt pour cette question est ancien et remonte aux origines même du christianisme. C’est actuellement un sujet très à la mode dans certains milieux chrétiens. On peut trouver des blogs et des sites, souvent conspirationnistes, spécialisés dans ce domaine. Certains chrétiens passent leur vie à faire des recherches sur la question, étant persuadés qu’ils vivent « les derniers temps » et assistent à la mise en place du « nouvel ordre mondial » qui aboutira au règne de « l’Antéchrist ».

A l’inverse, d’autres chrétiens, souvent lassés par les excès des précédents, se désintéressent complètement du sujet, qu’ils trouvent trop compliqué, trop flou ou même sans intérêt. Ils préfèrent se concentrer sur des choses plus concrètes, comme « leur sanctification ».

Pour commencer cette nouvelle série consacrée à l’eschatologie, je souhaiterais tout d’abord montrer, dans ce premier article introductif, l’intérêt du sujet. Bien loin d’être une simple spéculation sur l’avenir, notre vision de la fin des temps a un impact direct sur notre comportement et donc sur le monde.

Je vous résumerai ensuite ma propre position sur le sujet en vous présentant les points que je développerai dans les articles suivants.

Eschatologie et politique

Au cours de l’histoire, l’eschatologie a eu une influence considérable sur la vie politique. Un survol exhaustif étant bien trop long, je prendrai simplement un exemple : le dispensationalisme.

Le dispensationalisme est une doctrine inventée au XIXe siècle par un certain John Nelson Darby. Pour diverses raisons, celle-ci est devenue très populaire aux Etats-Unis. La principale caractéristique de cette doctrine est l’établissement d’une séparation radicale entre Israël et l’Eglise. Par conséquent, les chrétiens qui y adhèrent croient que le retour de Jésus doit être précédé de la restauration physique « d’Israël ». D’après ces personnes, il faut que les Juifs puissent retourner « chez eux » et reconstituer un Etat. C’est ce qu’on appelle le sionisme chrétien. Ce courant pèse lui-même énormément sur la politique extérieure américaine, puisqu’il a été adopté par une part significative de l’électorat américain, ce qui explique le soutien inconditionnel des Etats-Unis à Israël. Ainsi, que l’on soit croyant ou non, nous constatons qu’une doctrine théologique a des conséquences très concrètes sur la politique mondiale.

Ce qui est vrai pour le monde, l’est aussi pour notre vie. En effet, notre vision de la fin des temps peut directement influencer notre comportement. On peut bien sûr penser à des cas extrêmes où certaines personnes considéraient que le retour de Christ était tellement proche qu’il n’était plus nécessaire de faire des études ou qu’il ne fallait plus avoir d’enfants car la grande tribulation approchait. Cependant, au-delà de ces exemples presque caricaturaux, mais néanmoins bien réels, il faut que nous prenions conscience que notre perception de l’Eglise et de sa mission est directement liée à notre vision de la fin des temps.

Fin du Monde quelle utilité

Les conséquences de l’eschatologie sur notre foi

Il existe de nombreuses théories divergentes concernant la fin des temps. Néanmoins, d’une manière générale, elles se rejoignent toutes dans l’idée d’une « catastrophe finale ». D’après cette croyance, le monde se détériore, les choses vont de pire en pire, et la période qui précèdera le retour de Jésus sera nécessairement marquée par une grande apostasie, un déchainement du mal.

Ayant grandi dans des milieux évangéliques qui véhiculaient ces croyances, j’y ai longtemps crues. Mes études d’histoire m’ont cependant complètement fait changer d’avis et, aujourd’hui, je ne peux tout simplement plus adhérer à ces idées. Je ne peux plus croire à un monde qui se détériore de jour en jour ou à une fin catastrophique, alors que toute l’histoire prouve le contraire.

Par ailleurs, une telle doctrine pose un problème fondamental : comment croire et obéir aux paroles de Jésus, qui nous demande de faire de toutes les nations des disciples, si dans le même temps, nous pensons que toutes ces nations finiront justement dans l’apostasie ? Comment annoncer le Royaume sans croire à son avènement ici bas ?

Conclusion

Cette nouvelle série d’articles a donc pour but de proposer une autre vision de la fin des temps et du retour de Jésus. Par rapport aux enseignements dominants, je développerai quatre idées clefs :

a) Jésus ne reviendra pas pour résoudre tous les problèmes, mais Il attend que tous les problèmes soient résolus pour revenir;

b) Il faut distinguer le retour de Jésus et le retour de Christ. Nous attendons le retour de Jésus, mais Christ est déjà revenu.

c) Les prophéties bibliques de « la fin des temps » ne parlent pas de la fin du monde mais de la fin de l’Ancienne Alliance. Celle-ci a définitivement pris fin en 70 ap. J-C. avec la destruction du Temple.

d) Toutes les prophéties bibliques concernent Israël, et non l’Eglise, et se sont donc accomplies (ou non) avant 135 ap. J-C., date qui marque la fin de l’histoire d’Israël.

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Sommaire de la série :

Les chrétiens et la fin du monde

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C’était mieux avant ! Mythe de l’âge d’or et nostalgie du passé

 

A propos David Vincent 283 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.