Retour de Jésus et retour de Christ

Pour beaucoup de chrétiens, le retour de Jésus est perçu comme la solution à tous les problèmes. Ils considèrent que le monde va de plus en plus mal et s’imaginent que la fin des temps sera précédée par une série d’évènements catastrophiques. Alors, Jésus arrive soudainement pour mettre fin à tout cela. Il réglera les problèmes et imposera un règne de paix.

Dans cette perspective, le chrétien attend donc que Jésus vienne pour régler tous les problèmes.

Le problème est que, selon moi, les Ecritures affirment de leur côté exactement l’inverse : Jésus attend que tous ses ennemis soient vaincus pour revenir.

Les conditions du retour

Le verset le plus cité

« De David. Psaume. Parole de l’Eternel à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. » Psaume 110 :1

Ce verset des Psaumes a une particularité, il s’agit du verset de l’Ancien Testament, le plus cité dans le Nouveau Testament :

« Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied » Matthieu 22:44

« David lui-même, animé par l’Esprit-Saint, a dit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. » Marc 12:36

« David lui-même dit dans le livre des Psaumes : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. » Luc 20:42

« Car David n’est point monté au ciel, mais il dit lui-même : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. » Actes des apôtres 2:34-36

« Et auquel des anges a-t-il jamais dit : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied ? » Epître aux Hébreux 1:13

Or quand Jésus s’est-il assis à la droite de Dieu ?

« Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s’assit à la droite de Dieu. » Marc 16:19

Jésus est donc actuellement assis à la droite de Dieu et le restera tant que ses ennemis ne seront pas vaincus. Cela est aussi confirmé par l’apôtre Pierre :

« Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés, afin que des temps de rafraîchissement viennent de la part du Seigneur, et qu’il envoie celui qui vous a été destiné, Jésus-Christ, que le ciel doit recevoir jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé anciennement par la bouche de ses saints prophètes. » Actes des apôtres 3 : 19-21

Jésus restera donc au ciel « jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses » et l’Eglise ne doit donc pas s’attendre à un retour miracle où il réglera soudainement tous les problèmes « par un coup de baguette magique ». Au contraire, Jésus agit déjà actuellement sur la Terre par le biais de son nouveau corps, l’Eglise.

Quelle attente ?

Cette différence de compréhension entraine deux visions différentes de l’Eglise et de sa mission qui conduisent à deux comportements opposés.

Dans le premier cas, l’Eglise peut être comparée à un bunker ou à une citadelle assiégée. Le but du chrétien est de rester bien sagement dans l’Eglise, à l’abri du « monde », et d’attendre le retour du Seigneur qu’il pense imminent.

Dans le second cas, l’Eglise est perçue comme le nouveau corps de Christ et doit donc poursuivre la mission terrestre de Jésus. Le but n’est donc plus de se cacher du monde, mais de contribuer à l’avènement du Royaume de Dieu.

Beaucoup de chrétiens attendent que Jésus revienne pour tout arranger, tandis que Jésus Lui-Même attend au contraire que l’Eglise accomplisse la tâche qui lui a été confiée pour revenir. Quiproquo pour le moins embêtant : un des deux devra changer d’avis.

Toutefois, cela ne va pas sans poser certaines questions : des prophéties bibliques n’annoncent-elles pas malgré tout des catastrophes ? Le retour du Seigneur n’avait-il pas été promis comme imminent ?

C’est cette question, que je compte maintenant aborder en distinguant le retour physique de Jésus et le retour de Christ.

Retour de Christ 2

La manifestation de Christ

Christ dans les Ecritures

Pour comprendre cela, il faut bien distinguer Jésus et Christ. Jésus est un prénom qui désigne l’être humain qui était la parole de Dieu incarnée. Christ est une fonction. Christ veut dire « oint ». Le Christ, est donc le « Oint », ou « le Messie » en hébreu.

Dans l’Ancien Testament, beaucoup de personnes étaient ointes, notamment les rois d’Israël. Mais « christ » pouvait aussi désigner des rois païens. Ainsi dans la Septante, Cyrus est appelé par Dieu « son christ »:

« Ainsi parle l’Eternel à son oint (= « son christ »), à Cyrus, qu’il tient par la main, pour terrasser les nations devant lui, et pour relâcher la ceinture des rois, pour lui ouvrir les portes, afin qu’elles ne soient plus fermées » Esaïe 45:1

Cependant au delà de tous ces christs, les Israélites attendaient un Christ particulier.

« Simon Pierre répondit: Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Matthieu 16:16

Jésus n’était donc pas un christ comme les précédents, mais LE Christ. Lorsqu’il était sur Terre, Jésus était le seul corps de Christ, mais maintenant qu’il est monté au ciel, Christ a un nouveau corps dont Jésus est la tête.

Le nouveau corps de Christ 

Cette idée du corps de Christ est abondamment développée par l’apôtre Paul. Tous les chrétiens nés d’en haut (Jean 3 : 7) forment ce nouveau corps dont ils sont les membres :

« Car, comme nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n’ont pas la même fonction, ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres. » Romains 12 : 4-5

« Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. » 1 Corinthiens 12:27

Il y a donc une différence entre le retour de Jésus et le retour de Christ. Si on attend encore celui de Jésus, celui de Christ en revanche a déjà eu lieu, puisqu’il a reçu un nouveau corps : l’Eglise.

La date du retour

La question que l’on peut maintenant se poser est : quand est-ce que cela s’est produit ? Il ne fait aucun doute que l’onction a eu lieu à la pentecôte lorsque le Saint-Esprit est descendu sur les disciples réunis dans la chambre haute (Actes 2 : 1-4).

Seulement, je pense qu’il faut distinguer le retour de Christ et sa manifestation (parousia). En effet, beaucoup de textes bibliques appliqués au « retour » de Christ, parlent en réalité plutôt de sa manifestation (« parousia » en grec)

Comment comprendre cela ? Examinons une préfiguration présente dans l’Ancien Testament.

« L’Eternel dit à Samuel: Quand cesseras-tu de pleurer sur Saül? Je l’ai rejeté, afin qu’il ne règne plus sur Israël. Remplis ta corne d’huile, et va; je t’enverrai chez Isaï, Bethléhémite, car j’ai vu parmi ses fils celui que je désire pour roi. […] Samuel prit la corne d’huile, et l’oignit au milieu de ses frères. L’esprit de l’Eternel saisit David, à partir de ce jour et dans la suite. Samuel se leva, et s’en alla à Rama. » 1 Samuel 16

« Les gens de David lui dirent: Voici le jour où l’Eternel te dit: Je livre ton ennemi entre tes mains; traite-le comme bon te semblera. David se leva, et coupa doucement le pan du manteau de Saül. Après cela le coeur lui battit, parce qu’il avait coupé le pan du manteau de Saül. Et il dit à ses gens: Que l’Eternel me garde de commettre contre mon seigneur, l’oint de l’Eternel, une action telle que de porter ma main sur lui! car il est l’oint de l’Eternel. » 1 Samuel 24

Nous voyons que David est oint (= « christisé ») comme roi très tôt. Pourtant dans les faits il n’exerce pas les fonctions de roi tout de suite après son onction. Il aurait pourtant pu éliminer Saül très rapidement, mais il a préféré attendre que Dieu lui-même, par l’intermédiaire d’un roi païen, mette fin au règne de Saül. C’est exactement ce qui s’est reproduit avec l’Eglise.

L’Eglise et le Temple

Pour parler de l’Eglise, Paul emploie aussi une autre image : celle du Temple. Dès la pentecôte, l’Eglise avait été ointe mais tant que l’ancien Temple était encore place, l’Eglise ne pouvait occuper pleinement ses fonctions. De même que David a toujours respecté Saül comme roi, les disciples ont toujours respecté le Temple de Jérusalem. Comme David, ils ont attendu que Dieu lui-même mette fin à ce Temple, encore par un païen, le général romain Titus. C’est donc à cette date qu’il faut situer la manifestation (parousia) de Christ. Cette manifestation s’est effectivement effectuée dans des conditions très dures, conformément aux prophéties bibliques.

Les Romains et les chrétiens

Il est d’ailleurs intéressant de noter que c’est à partir de cette période (les années 60) que les Romains ont commencé à distinguer les chrétiens et les juifs. Avant la destruction du Temple, il existait de multiples courants au sein du judaïsme. Les disciples de Jésus ne formaient donc qu’un courant parmi tant d’autres. Mais après la destruction du Temple, les pharisiens prirent progressivement le contrôle de l’ensemble de la société juive et excluèrent les dissidents. A partir de ce moment, l’Eglise se distingue véritablement du judaïsme et devient visible aux yeux de la société romaine.

Conclusion

Après son ascension, Jésus avait laissé la terre orpheline. Toutefois, conformément à sa promesse, le Saint-Esprit est descendu sur les disciples pour former le nouveau corps de Christ. Depuis la Pentecôte, Christ a donc sur Terre un nouveau corps qui est l’Eglise. Ce corps n’a cependant été pleinement manifesté aux yeux du monde qu’après la destruction du Temple en 70.

Cette manifestation s’est faite dans les terribles conditions décrites par Jésus et que nous examinerons dans de prochains articles.

Articles liés

Sommaire de la série :

Les chrétiens et la fin du monde

Article précédent :

Fin des temps et fin du monde

Article suivant :

L’enlèvement : fuite au ciel ou accueil triomphale ?

A propos David Vincent 283 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.