La Septante dans le Nouveau Testament

Après avoir présenté la Septante et étudié la citation d’Amos 9, je continue cette série d’articles sur la Septante avec quelques exemples factuels. Contrairement à l’article précédent, les exemples que je prendrai ici non aucune incidence théologique particulière. Le but est simplement de mettre en parallèle les données fournies par le texte rabbinique et celles fournies par la Septante, puis de les comparer avec les textes du Nouveau Testament.

Les généalogies

Une des différences factuelles les plus importantes se trouve dans la Genèse. Tandis que d’Adam à la venue en Egypte, le Texte rabbinique compte 2238 ans, la Septante en compte 3 624 ans (soit 1386 années d’écart). Cette grande différence s’explique par des âges différents, mais nous pouvons aussi noter la présence d’un personnage qui n’existe que dans la Septante

 

Genèse 11 : 12-15

Texte rabbinique Septante
 Arpacschad, âgé de trente-cinq ans, engendra Schélach. Arpacschad vécut, après la naissance de Schélach, quatre cent trois ans ; et il engendra des fils et des filles.  Schélach, âgé de trente ans, engendra Héber. Schélach vécut, après la naissance d’Héber, quatre cent trois ans ; et il engendra des fils et des filles.

Et Arphaxad vécut cent trente-cinq ans et il engendra Kaïnan. Et Arphaxad vécut après qu’il eut engendré Kaïnan, quatre cent trente, et il engendra des fils et des filles et il mourut. Et Kaïnan vécut cent trente ans et il engendra Sala. Et Kaïnan vécut après qu’il eut engendré Sala, trois cent trente ans et il engendra des fils et des filles 

 Nous voyons plusieurs différences entre ces deux textes. Outre les âges d’engendrement, nous remarquons l’existence d’un Kaïnan dans la Septante. Dans le texte rabbinique, Arpacshad est le père de Schélach et a 35 ans au moment de la naissance de son fils. Dans la Septante, Arphaxad est le père de Kaïnan, qui est le père de Sala. Arphaxad est donc le grand-père de Sala et a 265 ans (135+130) au moment de la naissance de Sala, ce qui donne donc la généalogie suivante :

 Genealogies

 

Si on suit le texte rabbinique, Kaïnan n’a donc jamais pu exister. Or Luc l’inclut dans sa généalogie du Christ :« fils d’Eber, fils de Sala, fils de Kaïnam, fils d’Arphaxad, »  (Luc 3 : 35-36). Luc suit donc bien le texte de la Septante.

Le nombre de personnes descendues en Egypte

Une autre divergence : le nombre de personnes descendues en Egypte. D’après le texte rabbinique, ils sont 70, tandis que la Septante en compte 75. Notons simplement que dans le Nouveau Testament (Actes 7 : 14), Etienne reprend le chiffre de la Septante.

 

Texte rabbinique (Genèse 46 : 27)

Septante (Genèse 46 : 27)

Nouveau Testament (Actes 7 :14)

Et Joseph avait deux fils qui lui étaient nés en Égypte. Le total des personnes de la famille de Jacob qui vinrent en Égypte était de soixante-dix.

Les fils de Joseph, nés de lui en la terre d’Égypte, étaient au nombre de neuf. Il y avait donc, de la maison de Jacob, soixante-quinze âmes en Égypte.

Puis Joseph envoya chercher son père Jacob, et toute sa famille, composée de soixante-quinze personnes

La prophétie d’Amos

 L’utilisation de la Septante est d’ailleurs confirmée quelques versets plus loin, lorsqu’Etienne cite la prophétie d’Amos :

Texte rabbinique (Amos 5 : 26)

Septante (Amos 5 : 26)

Nouveau Testament (Actes 7 : 43)

Mais vous avez porté Sikkouth, votre Roi, et Kiyyoun, vos images, l’étoile de vos dieux, que vous vous êtes faits.

Vous avez élevé le tabernacle de Moloch, et l’étoile de votre dieu Raiphan, et leurs images que vous aviez fabriqués

Vous avez porté la tente de Moloch Et l’étoile du dieu Remphan, Ces images que vous avez faites pour les adorer! 

Nous voyons que le texte hébreu parlait des dieux Sikkouth et Kiyyoun, tandis que la Septante mentionne Moloch et Remphan. Notons simplement que dans le Nouveau Testament, c’est bien Moloch et Remphan qui apparaissent  

  Le temps séparant la promesse et la Loi.

Dernier exemple : le temps séparant la promesse faite à Abraham et la Loi. Dans le texte rabbinique, le séjour en Egypte a duré 430 ans (Exode 12 : 40). Il faut donc rajouter les 215 ans qui séparent la promesse faite à Abraham du début du séjour en Egypte. En revanche dans la Septante, les 430 ans commencent avec le séjour au pays de Canaan (Exode 12 : 40 LXX), c’est-à-dire au moment de la promesse. Or que dit l’apôtre Paul ?

 Or les promesses ont été faites à Abraham et à sa postérité. Il n’est pas dit: et aux postérités, comme s’il s’agissait de plusieurs, mais en tant qu’il s’agit d’une seule: et à ta postérité, c’est-à-dire, à Christ.   Voici ce que j’entends: une disposition, que Dieu a confirmée antérieurement, ne peut pas être annulée, et ainsi la promesse rendue vaine, par la loi survenue quatre cent trente ans plus tard.  Car si l’héritage venait de la loi, il ne viendrait plus de la promesse; or, c’est par la promesse que Dieu a fait à Abraham ce don de sa grâce.  Galates 3 : 16-18

La Loi est survenue « 430 ans après la promesse ». Paul suit donc, encore une fois, la chronologie de la Septante.

Conclusion

Encore une fois, comme je l’ai précisé en introduction, ces quelques exemples n’ont aucune incidence doctrinale, ils nous prouvent simplement que les auteurs du Nouveau Testament utilisaient bien la Septante et qu’ils ont ensuite transmis cette version de la Bible aux Eglises qu’ils ont fondées.

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Sommaire de la série :

La Septante

Article précédent :

L’importance de la Septante : un exemple de son utilisation dans le Nouveau Testament

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A propos David Vincent 176 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.