Solidarité vivifiante ou substitution pénale ?

Après avoir passé plusieurs semaines à étudier la question de la fin des temps, je vous propose de commencer une nouvelle série de réflexions sur un sujet complètement différent, mais tout aussi important : le sacrifice de Jésus et plus précisément la manière dont nous le comprenons.

Dans un article précédent sur les preuves de l’existence historique de Jésus, j’avais précisé que tous les chrétiens croyaient à la mort et à la résurrection (corporelle) de Jésus, mais qu’il existait en revanche des différences concernant la compréhension et la portée de ce sacrifice.

Dans ce premier article, je m’intéresserai au sens du sacrifice de Jésus. Pourquoi Jésus est-il mort ? Que s’est-il passé pour nous (chrétiens) à la croix ? Quelles sont les conséquences de ce sacrifice ?

Dans les articles suivants, j’aborderai le problème de la portée de l’expiation. Jésus-Christ est-il mort pour tous les hommes ?

La théorie que je vous propose s’appelle la « solidarité vivifiante » : Jésus s’est solidarisé avec l’humanité et a accepté de subir la mort pour pouvoir ensuite entrainer les hommes avec lui dans sa résurrection et éviter qu’ils ne restent prisonniers du séjour des morts. Pour résumer cette théorie en une phrase, je dirais qu’unis à Christ dans sa mort, nous restons unis à Christ dans sa résurrection.

Un peu d’histoire…

Avant d’étudier les principaux versets qui appuient cette doctrine, j’aimerais rappeler qu’au cours de l’histoire diverses théories ont été proposées. Je ne vais pas toutes les énumérer mais simplement évoquer celle qui est aujourd’hui la plus répandue dans le monde évangélique contemporain : la substitution pénale.

Cette théorie trouve son origine dans l’œuvre d’Anselme de Cantorbéry (XIe siècle, théorie de la satisfaction), avant d’être complétée et développée par les réformateurs.

Cette théorie peut être résumée en quelques lignes : A cause de son péché, l’homme mérite d’être condamné par Dieu. Ne pouvant pas pardonner à l’homme sans exercer Sa Justice, Dieu envoie Jésus sur Terre pour être condamné à la place des hommes. Le sacrifice de la croix est donc le paiement de la peine due à Dieu. Jésus est mort à la place des hommes pour payer la dette judiciaire que nous avions envers Dieu. Tout le processus de salut est donc compris comme une transaction judiciaire impliquant Dieu, Jésus et les hommes.

Cette théorie de la substitution pénale implique donc trois affirmations fondamentales :

1) Jésus meurt à la place des hommes. Les hommes n’ont donc pas été condamnés.

2) Le but du sacrifice de Jésus est d’effacer notre condamnation.

3) Nous sommes sauvés par la mort de Jésus.

Or, au regard de l’enseignement biblique, ces trois points me paraissent au pire faux ou au mieux incomplet et c’est ce que j’aimerais vous montrer dans la suite de l’article en insistant sur les différences avec ma propre compréhension de la croix (« la solidarité vivifiante »).

Première différence : Jésus meurt avec le croyant

La première différence est que Jésus meurt avec le croyant et non à sa place. Pour dire les choses autrement, le croyant n’échappe pas à la mort. Cette mort est essentielle, car sans cette mort, il n’y a pas de résurrection !

« J’ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » Galates 2 : 20.

« De même, mes frères, vous aussi vous avez été, par le corps de Christ, mis à mort en ce qui concerne la loi, pour que vous apparteniez à un autre, à celui qui est ressuscité des morts, afin que nous portions des fruits pour Dieu. » Romains 7 : 4.

« Cette parole est certaine: Si nous sommes morts avec lui, nous vivrons aussi avec lui; si nous persévérons, nous régnerons aussi avec lui; si nous le renions, lui aussi nous reniera; si nous sommes infidèles, il demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même. » 2 Timothée 2 : 11-13.

Dans la logique de la substitution pénale, Jésus subit la condamnation à la place du croyant. Le croyant n’est donc pas condamné, il ne meurt pas. Or, en affirmant que Jésus meurt à la place du croyant, la substitution pénale rend caduque la résurrection. Si le croyant ne meurt pas avec Jésus, il ne peut pas ressusciter avec lui.

« Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. En effet, si nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection, sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché; car celui qui est mort est libre du péché. Or, si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que Christ ressuscité des morts ne meurt plus; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Car il est mort, et c’est pour le péché qu’il est mort une fois pour toutes; il est revenu à la vie, et c’est pour Dieu qu’il vit. » Romains 6 : 3-10.

Deuxième différence : Jésus meurt pour détruire le péché

La deuxième erreur de la théorie de la substitution pénale est de se tromper sur le but du sacrifice de Jésus. Dans la substitution pénale Jésus meurt pour effacer notre condamnation, notre peine, c’est une vue terriblement anthropocentrée (centrée sur l’homme).

En réalité, Jésus ne meurt pas pour effacer notre condamnation mais pour détruire le péché. Notre condamnation est bien effacée par la mort de Jésus, mais c’est une conséquence de son sacrifice et non le but premier.

« En effet, si nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection, sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché; car celui qui est mort est libre du péché » Romains 6 : 5-7.

« Or, vous le savez, Jésus a paru pour ôter les péchés, et il n’y a point en lui de péché. » 1 Jean 3 : 5

«  Car-chose impossible à la loi, parce que la chair la rendait sans force, –Dieu a condamné le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché, et cela afin que la justice de la loi fût accomplie en nous, qui marchons, non selon la chair, mais selon l’esprit » Romains 8 : 3-4.

« Ainsi donc, puisque les enfants participent au sang et à la chair, il y a également participé lui-même, afin que, par la mort, il anéantît celui qui a la puissance de la mort, c’est à dire le diable, et qu’il délivrât tous ceux qui, par crainte de la mort, étaient toute leur vie retenus dans la servitude. » Hébreux 2 : 14-15.

Le but de Dieu est donc bien de condamner le péché et non les êtres humains. Les êtres humains ne subissent cette condamnation que parce qu’ils ont été unis au péché. Toute l’œuvre du salut consiste justement à séparer le péché et les êtres humains, pour éliminer le premier et sauver les seconds.

Solidarité vivifiante 2

Troisième différence : Nous sommes sauvés par la vie de Jésus (sa résurrection)

Enfin la dernière erreur de la substitution pénale est d’affirmer que nous sommes sauvés par la mort de Jésus. En effet, puisque le but du sacrifice de Jésus est de payer notre dette et que ce paiement de la dette est effectué par la mort de Jésus, alors le salut est entièrement accompli par la mort de Jésus. Dans ce système de pensée la résurrection de Jésus n’est donc d’aucune utilité. Je ne dis pas que les partisans de la substitution pénale nient la résurrection. En revanche, je fais remarquer que, d’après cette doctrine, le salut est accompli même sans la résurrection.

Or la Bible affirme très clairement le contraire. La mort de Jésus n’est que la première étape. Elle est indispensable, mais pas suffisante pour nous procurer le salut. C’est seulement avec sa résurrection que nous accédons au salut.

« Mais ce n’est pas à cause de lui seul qu’il est écrit que cela lui fut imputé; c’est encore à cause de nous, à qui cela sera imputé, à nous qui croyons en celui qui a ressuscité des morts Jésus notre Seigneur, lequel a été livré pour nos offenses, et est ressuscité pour notre justification» Romains 4 : 23-25.

« Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. » Romains 5 : 10.

« Cette eau était une figure du baptême, qui n’est pas la purification des souillures du corps, mais l’engagement d’une bonne conscience envers Dieu, et qui maintenant vous sauve, vous aussi, par la résurrection de Jésus Christ » 1 Pierre 3 : 21.

Le but de la mort de Jésus était de détruire le péché. Ce but est atteint une fois Jésus mort, c’est pour cela que l’apôtre dit que nous sommes réconciliés avec Dieu. Toutefois, à ce stade là, toute l’humanité est morte et il n’y a donc pas de salut.

Pour que nous soyons sauvés, il faut que nous recevions à nouveau la vie. Or cette vie nous est donnée par la résurrection de Jésus.

Conclusion

La théorie de la solidarité vivifiante affirme :

  1. Que depuis la chute toute l’humanité est séparée de Dieu à cause du péché et qu’il était donc nécessaire de détruire le péché pour revenir à Dieu.
  2. Le péché étant lié à l’humanité, Dieu ne pouvait pas détruire le péché sans détruire en même temps l’humanité. C’est là le grand dilemme de l’Histoire.
  3. Pour résoudre ce dilemme, Dieu a envoyé sur Terre sa Parole qui s’est solidarisée avec l’humanité pour mourir avec elle. C’est pour cela que Jésus, la Parole de Dieu incarnée, est mort sur la croix.
  4. Jésus étant sans péché, la mort n’a pas pu le retenir, il est donc ressuscité.
  5. En ressuscitant, il a aussi entrainé dans sa résurrection tous les hommes unis avec Lui. En étant unis à Christ, nous mourrons avec Lui et nous ressuscitons avec Lui.

En conclusion tous les hommes doivent passer par la mort, car c’est l’étape indispensable qui permet de détruire le péché. La différence est donc entre ceux qui y vont seuls et ceux qui y vont avec Christ.

Ceux qui y vont seuls ne peuvent pas remonter du séjour des morts, tandis que ceux qui ont été unis avec Christ dans sa mort, restent ensuite unis avec Christ dans sa résurrection.

Le but de la croix n’est donc pas de permettre aux chrétiens d’éviter la mort, ce qui serait injuste, mais de ne pas en rester prisonniers. Voilà pourquoi Jésus peut affirmer qu’il s’est livré en rançon pour beaucoup :

« Car le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs» Marc 10 : 45

« Cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus Christ homme, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. » 1 Timothée 2 : 3-6

La théorie de la substitution pénale, en se trompant sur les trois points énumérés précédemment, occulte complètement ce merveilleux enseignement biblique et défigure l’image de Dieu en le faisant passer pour un terrible juge qui condamnerait un innocent et absoudrait des coupables. Une telle conception est moralement injustifiable et formellement contraire à l’enseignement biblique :

« On ne fera point mourir les pères pour les enfants, et l’on ne fera point mourir les enfants pour les pères; on fera mourir chacun pour son péché» Deutéronome 24 : 16

« En ces jours-là, on ne dira plus: Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées. Mais chacun mourra pour sa propre iniquité; tout homme qui mangera des raisins verts, ses dents en seront agacées. » Jérémie 31 : 29-30

Tous les hommes meurent pour leurs propres péchés, mais ceux qui ont été unis à Christ ne restent pas prisonniers de cette mort et peuvent ensuite ressusciter grâce à Sa Vie.

A propos David Vincent 293 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.