Trois bonnes raisons de s’intéresser à l’histoire

J’aimerais vous présenter trois bonnes raisons de s’intéresser à l’histoire. Si ces remarques sont valables pour tous, il me semble qu’elles concernent encore plus spécifiquement les chrétiens, puisqu’il existe un lien tout particulier entre le christianisme et l’histoire.

Le fondement de la foi

Ce lien tient premièrement au fondement même de la foi chrétienne. La foi chrétienne n’est pas fondée sur des spéculations philosophiques, sur un ensemble de préceptes ou de règles, mais avant tout sur un événement historique : la vie de Jésus de Nazareth, son incarnation, sa prédication, sa crucifixion et sa résurrection.

      De plus, cette vie ne s’est pas déroulée n’importe quand. L’apôtre Paul insiste sur l’importance du moment qui a été choisi par Dieu :

« Mais, lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, né sous la loi » Epître aux Galates 4:4

« Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Epître aux Romains 5:6

La Bible et les livres historiques

Deuxièmement, ce lien se manifeste aussi par la Bible elle-même et son contenu. La Bible  accorde quantitativement une grande place à  l’histoire. Je n’ai pas eu le courage, ni la motivation (avis aux amateurs) de faire un compte précis, mais approximativement je dirais que les livres et les récits historiques représentent au moins la moitié de la Bible. Comme nous y sommes habitués, nous n’y faisons plus forcément attention, pourtant un tel choix de la part de Dieu n’a rien d’une évidence. Après tout Dieu n’aurait-il pas pu concevoir la Bible comme un simple manuel de règles ? Un « code civil » pour les chrétiens. Mais, sans vouloir offusquer nos amis juristes, il semble bien que Dieu ait accordé plus de place à l’histoire qu’au droit.

Quelles raisons à cela ? En voici trois :

a)   Se souvenir

« L’Eternel dit à Moïse : Ecris cela dans le livre, pour que le souvenir s’en conserve » Exode 17:14.

        Dieu invite régulièrement son peuple à se souvenir de son histoire, aussi bien de ses ennemis, que des interventions divines. A ce propos, il est intéressant de noter que les anciens Israélites possédaient un livre intitulé Livre des Guerres de l’Eternel (Nombres 21:14) (1). Ce titre est particulièrement évocateur. Si les philosophes n’avaient, pour la plupart, aucun mal à admettre l’existence d’un Dieu créateur, le « grand horloger » de Voltaire, le fait que ce Dieu se soucie des hommes et intervienne dans leur histoire était beaucoup plus difficile à accepter. Or c’est pourtant l’un des points fondamentaux de la révélation biblique : Dieu s’occupe des hommes et dirige l’histoire. S’intéresser à l’histoire, et tout particulièrement à l’histoire du peuple d’Israël et de l’Eglise, permet de voir l’intervention de Dieu tout au long de cette histoire.

b) Tirer des enseignements

« Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. » Ecclésiaste 1:9

On s’imagine souvent que ce que nous vivons est tout à fait nouveau. Or sans tomber dans une pensée cyclique qui affirmerait que les mêmes évènements se reproduisent continuellement, il faut bien constater que souvent, par le passé, des gens ont été confrontés à des problèmes similaires.

Un proverbe dit que le fou tire des enseignements de ses propres erreurs (ce qui est peut-être déjà très optimiste), tandis que le sage tire enseignement des erreurs des autres. S’intéresser à l’histoire permet donc aussi de voir comment le peuple d’Israël et les chrétiens ont pu réagir dans le passé. Parfois bien, parfois mal. Le but n’est pas de les juger, mais de s’en servir pour notre propre enseignement afin d’éviter de commettre les mêmes erreurs. Conserver les bonnes choses et rectifier les mauvaises. 

c) Interpréter correctement

Du fait que la révélation biblique (2) s’inscrit dans l’histoire, il est nécessaire de prendre en compte le contexte historique pour bien la comprendre et éviter de faire certains contresens. Je prendrai pour illustrer mon propos un exemple tout simple.

Paul dans son Epitre aux Romains (10 : 18) écrit : « Mais je dis : N’ont-ils pas entendu ? Au contraire ! Leur voix est allée par toute la terre, Et leurs paroles jusqu’aux extrémités du monde. ». Paul parle ici de la prédication des apôtres de Jésus. Va-t-on en déduire que les apôtres avaient déjà évangélisé les Amérindiens ou les Papous de Nouvelle-Guinée ? Evidemment non. En réalité, dans le contexte de l’époque, les expressions « toute la terre » et « les extrémités du monde »  équivalaient soit à l’empire romain dans un sens restreint, soit, dans un sens plus large, englobaient éventuellement les autres nations qui vivaient à proximité : Ethiopie, Perse, etc.  On pourrait faire la même remarque lorsque Luc parle du recensement de « toute la terre habitée » (Luc 2 : 1). Il est évident que « toute cette terre habitée » se limite en réalité à l’Empire romain.

Ce que je veux montrer à travers cet exemple, c’est qu’il faut être prudent sur le sens des mots ou des expressions utilisés par les auteurs bibliques. Si le message général de la Bible est toujours valable et facilement  compréhensible  par tous, il faut se souvenir que les auteurs, pour le communiquer, n’en ont pas moins utilisé la langue, le vocabulaire et le système de pensée de leur époque, et que parfois certains passages plus difficiles à comprendre exigent des connaissances historiques ou linguistiques pour être interprétés correctement.

Notes

(1) Voir mon article Les sources de l’Ancien Testament

(2) Voir mon article La Bible, une révélation progressive 

A propos David Vincent 209 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.