Un agraphon sur Papyrus : Jésus et Lévi, prince des prêtres

Dans un article précédent, sur les agrapha, j’ai mentionné le fait que plusieurs papyri rapportant des paroles de Jésus avaient été découverts à la fin du 19esiècle et au début du 20esiècle. Dans cet article, je vous propose d’en découvrir un.

Ce papyrus a été découvert en 1905 et porte aujourd’hui le n°840 dans la collection des papyri d’Oxyrhynque. Il commence avec sept lignes rapportant la fin d’un de discours de Jésus à Jérusalem, suivi du récit que vous allez lire et qui rapporte une discussion entre Jésus et un prince des prêtres nommé Lévi. La fin du texte est cependant perdue.

Authenticité de l’agraphon

L’authenticité de ce dialogue est très discutée. Au moment de sa découverte, il avait été immédiatement écarté, car on pensait qu’il contenait beaucoup d’anachronismes, c’est-à-dire des erreurs historiques. Toutefois, un certain nombre de découvertes historiques réalisées au 20esiècle ont montré que ce que l’on pensait être des erreurs, en fait, n’en étaient pas. Ce constat renforce donc la crédibilité de ce texte et relance la question de son authenticité

Jésus et Lévi

« Et les prenant avec lui, il (=Jésus) les (=les disciples de Jésus) fit entrer dans le saint parvis lui-même et il se promenait sur la place du Temple.

Or, un pharisien, prince des prêtres, du nom de Lévi, s’avança, se joignit à eux et dit au Sauveur : « Qui t’a permis de marcher dans ce saint parvis et de voir ces vases sacrés, sans avoir pris un bain et sans que tes disciples se soient même lavé les pieds ? Bien plus, tu as souillé la place du Temple ; ce lieu pur, tu l’as foulé, alors que personne qui ne se soit d’abord baigné, et qui n’ait changé de vêtements n’a le droit d’y entrer, et n’ose voir ces vases sacrés ! »

Le Sauveur s’arrêtant aussitôt avec ses disciples, lui répondit « Et toi, qui es ici sur la place du Temple, es-tu pur ? Il lui répond : « Je suis pur, car je me suis baigné dans la piscine de David, et je suis descendu par l’un des escaliers pour remonter par l’autre, et j’ai revêtu des habits blancs et purs, et ensuite je suis venu et j’ai contemplé ces vases sacrés. »

Alors le Sauveur lui répondit : « Malheur à vous, aveugles qui ne voyez pas ! Tu t’es lavé dans ces eaux déversées où il y a nuit et jour des chiens et des porcs, et après avoir pris un bain, tu as nettoyé cette peau du dehors, cette peau que les courtisanes et les joueuses de flûte, elles aussi, oignent, lavent, nettoient et parent, pour exciter la convoitise des hommes, tandis qu’au-dedans elles sont remplies de scorpions et de toutes sortes de méchanceté. Pour moi [et mes disciples] que tu dis ne s’être pas baignés, nous nous sommes baignés dans l’eau vive [et pure ?] qui vient [du Père qui est au ciel (?)] Mais malheur à ceux…»

Contenu théologique

D’un point de vue théologique, cette discussion porte sur la question de la pureté. Jésus oppose ici la pureté du cœur à la pureté rituelle sur laquelle insiste le pharisien. C’est un thème que l’on retrouve dans les évangiles.

Note

(1) Texte édité et traduit dans Jeremias (1970, p.51-52).

Bibliographie

Jeremias, J. (1970). Paroles inconnues de Jésus(Trad. Fr. : R. Henning). Paris : Le Cerf.

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A propos David Vincent 295 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.