Un chrétien doit-il aimer tous les hommes ?

Un chrétien doit-il aimer tous les hommes ? La question ainsi posée peut paraître un peu provocante. On présente souvent le christianisme comme une religion d’amour et il paraît évident qu’un chrétien doit aimer tous les hommes. Pourtant, théologiquement parlant, la question est plus compliquée.

En effet, un chrétien se doit d’agir comme Dieu agit. La question est donc : Dieu aime-t-Il tous les hommes ? Or tous les chrétiens protestants ne sont pas d’accord sur le sujet, car la réponse à cette question est liée à un autre problème: Pour qui Jésus est-il mort ?

Certains chrétiens croient que Jésus est mort pour tous les hommes (expiation générale), d’autres chrétiens pensent au contraire que Jésus n’est mort que pour certains hommes (expiation limitée). De mon côté, je suis partisan (convaincu et militant) de la première option (expiation générale, Jésus est mort pour tous les hommes). Dans cet article, j’exposerai successivement trois points pour défendre cette position :

  1. La raison du salut
  2. Les conséquences pratiques de l’expiation limitée
  3. Quelques versets en faveur de l’expiation générale

L’Amour de Dieu et la portée du Salut

La raison du salut : l’amour de Dieu

Pourquoi Dieu a-t-il envoyé Jésus sauver les êtres humains ? La Bible est très claire, c’est par amour pour nous.

« Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. » Jean 3 : 16

«  Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec Christ » Ephésiens 2 : 4-5.

« Nous avons connu l’amour, en ce qu’il a donné sa vie pour nous; nous aussi, nous devons donner notre vie pour les frères. » 1 Jean 3 : 16

La mort de Jésus sur la croix est donc une conséquence de l’amour de Dieu. C’est une merveilleuse vérité biblique. Mais en même temps, cela veut dire que si nous croyons que Dieu n’a pas voulu sauver tous les hommes, il nous faut en déduire que Dieu n’aime pas tous les hommes.

Aujourd’hui les partisans de cette doctrine ne l’affirment plus très fort, mais leurs prédécesseurs n’hésitaient pas à signaler cette conséquence de l’expiation limitée. Ce point est très important car en tant que chrétiens, nous devons agir comme Dieu Lui-Même agit.

« Devenez donc les imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-aimés; et marchez dans la charité, à l’exemple de Christ, qui nous a aimés, et qui s’est livré lui-même à Dieu pour nous comme une offrande et un sacrifice de bonne odeur. » Ephésiens 5 : 1-2.

Par conséquent, si Dieu n’aime pas tous les hommes mais seulement les « élus », alors nous mêmes nous ne devons pas aimer tous les hommes, mais seulement les « élus ».

Aimer tous les hommes : un commandement divin

On pourrait faire deux objections à ce raisonnement :

  • D’une part, comment pouvons-nous connaître les élus ?
  • D’autre part, Jésus ne nous demande-t-il pas d’aimer tous les hommes ?

« Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » Matthieu 5 : 44-48.

En réalité, je pense que ces deux objections ne remettent absolument pas en question le raisonnement que je propose, elles prouvent juste que l’idée d’une expiation limitée est fausse et anti-biblique.

Jésus nous demande d’aimer tous les hommes, car lui-même a aimé tous les hommes et est mort pour eux.

Chrétien Aimer hommes 2

L’universalité de l’offre du Salut

Pour terminer cet article, j’aimerais simplement vous présenter quelques versets qui témoignent très clairement de l’universalité de l’offre du salut, c’est à-dire du fait que Dieu offre à chaque humain la possibilité d’être sauvé, sachant que certains saisiront cette opportunité, tandis que d’autres la refuseront. Je les commenterai en détail dans un prochain article.

Jésus est mort pour le monde entier

« Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » Jean 3 : 15-17

« Il est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier. » 1 Jean 2 : 2

« Et nous, nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé le Fils comme Sauveur du monde. » 1 Jean 4 : 14

Jésus est mort pour tous les hommes

« Car Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance, pour faire miséricorde à tous. » Romains 11 : 32

« J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. Cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » 1 Timothée 2 : 1-4.

« Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée. » Tite 2 : 11

Conclusion

En conclusion, nous pouvons dire qu’affirmer que Jésus n’est mort que pour certains hommes revient à dire que Dieu n’aime que certains hommes. Si cela est vrai, et puisqu’en tant que chrétiens nous devons agir comme Dieu agit, alors il faut en conclure que nous-mêmes nous ne devons aimer que les hommes que Dieu aime, c’est-à-dire les élus pour qui Jésus est mort.

Réciproquement, le fait que Jésus affirme très clairement que nous devons aimer tous les hommes prouve que Dieu Lui-Même aime tous les hommes. Ce constat condamne par conséquent la doctrine de l’expiation limitée. Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et a pourvu à ce salut pour tous, tout en sachant que certains ne saisiront pas cette grâce.

La doctrine de l’expiation limitée est en outre contredite par un certain nombre de versets que j’ai simplement présentés. Dans les prochains articles, j’étudierai ces versets plus en détail en exposant et en réfutant l’interprétation qu’en donnent les partisans de l’expiation limitée.

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A propos David Vincent 202 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.
  • Cactus Wren

    Aimer n’est pas un verbe binaire et statique, mais l’histoire d’une relation entre deux êtres. Que Dieu aime tous les hommes, la croix en est l’illustration éclatante et incontestable : cloué au bois en spectacle public, Jésus y meurt pour effacer l’arrêt de condamnation écrit par nos transgressions ; il est l’Agneau qui ôte, non un péché particulier, mais le péché du monde, déclare Jean-Baptiste.

    Cependant Dieu n’aime pas tous les hommes également parce que tous ne répondent pas également à son initiative. Il s’agit là d’un fait spirituel ou psychologique évident, qui ne demande pas d’avoir lu la Bible pour être connu et expérimenté. Les grecs l’avait illustré de la manière suivante :

    Aphrodite s’inquiétait de voir qu’Eros restait toujours petit (Cupidon est en effet constamment représenté comme un bambin joufflu). Il lui fut répondu que seul son frère jumeau Antéros pourrait l’aider à grandir. Or les deux se battaient.

    La métaphore est transparente : un amour non réciproque n’a pas d’avenir, il reste enfant. Ainsi, l’amour de Dieu manifesté par l’offre universelle du salut à tous les hommes, reste à l’état de virtualité chez beaucoup d’entre eux.

    La vraie question théologique qui divise les écoles évangéliques, n’est pas celle de savoir si Dieu est disposé à sauver tous les hommes, car aucune d’entre elles ne doute de sa bonté et de sa miséricorde, mais de savoir pourquoi certains hommes répondent à l’offre du salut, et d’autres pas.

    Calvin, on le sait, place la cause première entièrement en Dieu. Si on lui demande qu’elle est la cause de cette cause, il répond que c’est un mystère, et que la question ne sera pas posée. Il a certainement raison en disant que l’élection reste un mystère, et c’est bien pourquoi il aurait dû se modérer avant d’affirmer qu’elle ne dépend nullement de l’homme.

    « J’ai aimé Jacob, et j’ai haï Esaü », quelle que soit l’interprétation que l’on donne à cet oracle divin, qu’on le base sur sa prescience ou sur sa souveraine volonté, il montre assez que non, Dieu n’aime pas également tous les hommes, et qu’il finit par haïr le pécheur qui le méprise.

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