Une parabole du Salut : Perdus dans la montagne

Une des questions centrales de la foi chrétienne est le rôle de Dieu et de l’homme dans l’œuvre du Salut. Le Salut est-il uniquement l’œuvre de Dieu, est-il au contraire possible sans son intervention, ou résulte-t-il d’une coopération entre Dieu et l’homme ?

Il y a quelques temps, j’avais présenté les trois grandes positions développées dans la théologie chrétienne : le déterminisme, le libertarianisme et le volontarianisme.

Pour le déterminisme, toute l’oeuvre du salut est accomplie par Dieu. Pour le libertarianisme, Dieu a doté l’homme des capacités nécessaires pour se sauver lui-même. Pour le volontarianisme, le salut résulte d’une coopération entre Dieu et l’homme, l’action divine répondant à la volonté humaine.

Dans cet article, je vous propose une petite parabole que j’ai imaginée afin d’illustrer simplement ces trois positions.

Le guide et les trois voyageurs

Trois voyageurs sont en route vers une destination. Mais, pour y arriver, ils doivent passer par une montagne qu’ils ne connaissent pas. Un guide vient vers eux et leur indique l’itinéraire qu’ils doivent suivre pour arriver à la destination prévue.

Seulement, celui-ci les met fermement en garde : Ils ne doivent surtout pas se détourner du chemin indiqué, ni à droite, ni à gauche, sous peine de se perdre définitivement dans la montagne.

Remerciant le guide, ils entament alors leur marche à travers la montagne. Toutefois, en cours de route, plutôt que de suivre l’itinéraire défini par le guide, ils décident de prendre un autre chemin qui leur paraît plus facile, plus court et plus agréable. Très vite cependant, ils finissent par s’égarer dans la montagne et se retrouvent complètement perdus.

Comment peuvent-ils donc parvenir à destination ?

Perdus dans la montagne 2

Position déterministe

D’un point de vue déterministe, avant de les laisser partir, le guide avait placé sur chacun d’eux une balise qui permet de connaître en temps réel la position géographique de son porteur. Voyant qu’ils n’avaient pas suivi ses consignes et qu’ils s’étaient égarés dans la montagne, le guide décide malgré tout d’aller en chercher un des trois pour l’amener à destination, tout en laissant les deux autres perdus dans la montagne.

Position libertarienne

D’un point de vue libertarien, avant leur départ, le guide avait confié à chacun des trois voyageurs tous les outils (carte, boussole, etc.) et les provisions nécessaires pour se repérer dans la montagne et retrouver le bon chemin, même après s’être égarés. Seulement, tous les hommes n’y parviennent pas. Un des trois fait bon usage de ses outils, réussit à retrouver son chemin et arrive à destination. Les autres cependant, ne sachant pas utiliser la carte ou la boussole, restent perdus dans la montagne.

Position volontarianiste

D’un point de vue volontarianiste, le guide a confié à chacun d’eux un émetteur qu’ils peuvent activer s’ils sont perdus. L’un des trois, comprenant qu’il est perdu, active son émetteur et le guide vient effectivement le chercher pour le mener à destination. Les deux autres en revanche, n’activent pas leur émetteur. L’un estimant qu’il n’est pas perdu et que tout va bien, l’autre comprenant qu’il est perdu mais pensant qu’il peut s’en sortir par ses propres moyens.

Conclusion

A travers cette parabole, je voulais simplement illustrer les positions qui pouvaient exister sur la question du rôle de Dieu et de l’homme dans l’œuvre du Salut au sein du christianisme.

Ceux qui ont lu les articles précédents savent que je suis personnellement un partisan convaincu de la troisième position : le volontarianisme. Cette doctrine affirme que le salut est bien l’œuvre de Dieu (contrairement à la deuxième option, le libertarianisme), mais qu’il ne résulte pas d’un choix arbitraire et est potentiellement accessible à tous les hommes (contrairement à la première position, le déterminisme).

Dans un prochain article, j’examinerai plusieurs préfigurations christiques qui, à mon avis, appuient cette position.

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A propos David Vincent 213 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.
  • Cactus Wren

    OK, la parabole pourrait encore passer dans un feuillet de calendrier, genre Daily Bread ou Bonne Semence, mais elle sera impitoyablement recalée par les pasteurs sérieux qui connaissent bien leur Schwartzbachermann, et ses Disquisitio metaphysica seu dubitationes et instantiae adversus Vincentii præceptum voluntatis.

    En effet, ils repéreront immédiatement la faille rédhibitoire de ta petite illustration : certes, le guide a remis un émetteur à chacun des trois voyageurs, mais il n’y en avait qu’un qui contenait des piles ! Le vrai débat entre experts théologiens reste de savoir si c’était parce que le guide voulait économiser des piles, sachant fort bien qu’un seul voyageur appuierait sur le bouton, ou si pour une raison secrète il souhaitait dès le départ qu’il n’y eût qu’un voyageur qui parvienne à destination.