Unité et diversité de la Bible

« L’unité dans la diversité », telle est la devise de l’Union Européenne. Mais cette phrase pourrait aussi très bien s’appliquer à la Bible. Dans cet article, j’aimerais justement examiner ces deux aspects en montrant à la fois l’unité et la diversité de la Bible, et en insistant sur le fondement théologique d’une telle réalité. Cette réflexion servira de base pour la suite de la série. Mais tout d’abord, qu’est-ce que la Bible ?

La Bible

De nos jours, la Bible se présente le plus souvent sous forme d’un livre, mais cette première impression peut être trompeuse. Le terme de « Bible » vient du latin « biblia » qui est la transcription du grec « biblia », le neutre pluriel de « biblion » qui veut dire « livres », avec un « s ». La Bible est donc avant tout une bibliothèque plus qu’un livre. Cette bibliothèque rassemble tous les livres reconnus comme canoniques, c’est-à-dire servant de « règle », par les juifs et les chrétiens.

Le nombre de livres présents dans cette bibliothèque est variable d’une religion à une autre, et même, au sein du christianisme, d’une Eglise à une autre. Chez les chrétiens, cette bibliothèque comporte actuellement au minimum 66 livres pour les protestants. Il y en a 73 chez les catholiques et parfois plus pour certaines Eglises orthodoxes. J’aurai l’occasion de revenir sur ces différences dans d’autres séries d’articles, je ne m’attarde donc pas là-dessus.

Deux auteurs

On peut considérer que la Bible a deux types d’auteurs : des auteurs humains, les rédacteurs des différents livres, et un auteur divin, le Saint-Esprit. C’est cette double paternité qui offre une diversité et une unité, à la fois dans la composition et dans l’interprétation. Commençons par examiner la diversité.

Diversité

La diversité de la Bible se manifeste par de nombreux aspects. Diversité temporelle tout d’abord, puisqu’entre Moïse et les apôtres, il y a plus d’un millénaire d’écart, quant aux évènements décrits, ils couvrent plusieurs milliers d’années.

Diversité aussi de langues, puisque la Bible a été écrite en trois langues différentes : l’hébreu, l’araméen et le grec.

Mais aussi diversité de genres littéraires, puisque la Bible comporte des livres historiques, prophétiques, didactiques et artistiques. Enfin, les Bibles chrétiennes sont divisées en deux grandes parties, l’Ancien et le Nouveau Testament, séparées par la venue de Jésus-Christ. Et c’est justement ce Jésus qui fait l’unité de la Bible.

L’unité

Dès le premier livre de la Bible, la Genèse, nous voyons que Dieu a un plan pour l’humanité (1) et malgré la désobéissance de l’homme, Dieu ne renonce pas à Son plan, mais décide au contraire d’envoyer Jésus pour réussir là où Adam a échoué.

Toute l’histoire biblique tourne en effet autour d’un évènement : la venue du Messie et l’établissement du Royaume de Dieu. Ce messie, les juifs l’attendent toujours, tandis que les chrétiens l’ont reconnu dans la personne de Jésus de Nazareth.

Toute la première partie de la Bible (« l’Ancien Testament »), nous montre comment Dieu prépare l’humanité à la venue du Messie, notamment à travers le peuple d’Israël, tandis que la seconde partie nous raconte la venue de ce Messie et les conséquences de cette venue.

« Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il (=Jésus) leur (= ses disciples) expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait. » Luc 24:27

 Les 3 sens de l’Ecriture

Mais le fait que les Ecritures aient deux auteurs, un auteur humain et le Saint-Esprit a aussi des conséquences sur l’interprétation des Ecritures. Un même verset peut avoir plusieurs sens.

Cette idée, qui a longtemps été développée dans l’Eglise, est aujourd’hui assez méconnue, au moins dans les milieux évangéliques, et peut nous paraître abstraite, voire désuète, pourtant elle me semble capitale.

Différentes théories ont pu être élaborées. De mon côté, je vous propose, en partant des deux auteurs de la Bible, de distinguer trois sens : le sens verbal (auteur humain), le sens spirituel (auteur divin) et le sens personnel.

Sens verbal (immédiat)

Ce sens est le sens premier du texte. C’est ce que l’écrivain humain cherche à communiquer à ses destinataires. Pour déterminer ce sens il n’est pas nécessaire d’être chrétien. Nous n’avons besoin que de connaissances grammaticales, linguistiques et historiques qui nous permettront de comprendre au mieux le texte. Un non-chrétien plus compétent dans ces domaines pourra donc tout à fait mieux comprendre le sens verbal de la Bible qu’un chrétien.

Il ne faut cependant pas confondre verbal et littéral. Le sens verbal peut avoir deux modes d’expression : littéral ou métaphorique.

 Sens personnel

Le sens personnel est le sens qu’un verset peut prendre pour nous personnellement à un moment donné. Ce sens n’est pas forcément directement a ce que l’auteur humain a voulu dire en écrivant ce texte, mais, à un moment précis, le Saint-Esprit se sert de ce verset pour nous parler.

Ce sens peut aussi avoir deux modes : individuel ou collectif. Individuel lorsque le sens personnel est adressé à une personne particulière et collectif lorsqu’il est adressé à un ensemble de personnes, une Eglise locale par exemple.

 Sens spirituel (allégorique)

Enfin le dernier sens, le sens spirituel, que l’on peut aussi appeler « allégorique », est le sens le plus profond, mais aussi le plus difficile de l’Ecriture. Ce sens provient directement du Saint-Esprit et l’auteur humain qui écrivait le passage n’en était même pas nécessairement conscient.

Même si c’est très dérangeant pour notre intellect, il faut reconnaître qu’il n’est pas possible de fixer des règles d’interprétation (d’ « herméneutique ») qui permettraient de révéler le sens spirituel de chaque verset. Les auteurs du Nouveau Testament qui nous révèlent plusieurs fois le sens spirituel de certains versets transgressent toutes les règles d’interprétation rationnelles.

Seul un chrétien peut accéder à ce sens grâce à une connaissance approfondie de Dieu.

Un verset et trois sens

Tous les versets ont un sens verbal. Bien que certains chrétiens, comme Origène, aient pu soutenir le contraire, il me semble que tous les versets n’ont en revanche pas nécessairement un sens spirituel. Par contre, chaque verset est susceptible de recevoir un sens personnel.

Conclusion

 La Bible est à la fois un livre et une bibliothèque. Cette double réalité découle directement de la double origine de la Bible : divine et humaine. Lorsqu’on interprète les Ecritures, il est nécessaire de tenir compte de ces deux aspects pour maintenir une position équilibrée et éviter de tomber dans les deux grandes erreurs contemporaines : le fondamentalisme, qui oublie l’aspect humain de la Bible, et le libéralisme, qui oublie son aspect divin.

Note

(1) Voir ma série : L’histoire du Salut

Articles liés

Sommaire de la série :

L’inspiration et l’interprétation de la Bible

Article précédent :

Réfléchir sur l’inspiration et l’interprétation de la Bible

Article suivant :

La Bible, une révélation progressive

Autres articles :

La Septante

Le Targoum

Version vidéo

A propos David Vincent 222 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.