S’initier (gratuitement) à l’hébreu biblique

Le christianisme, contrairement à d’autres religions, ne connaît pas la notion de « langue sacrée ». La Bible a été écrite en hébreu, en araméen et en grec mais ces langues n’ont, d’un point de vue théologique, pas de statut particulier. Nous pouvons accéder au message de l’Evangile et le vivre sans connaître ces langues. C’est sûrement pour cette raison que la plupart des chrétiens ne jugent pas utile de s’intéresser à ces langues.

Pourtant, même si nous pouvons parfaitement comprendre le message de l’Evangile à travers nos traductions françaises de la Bible, je pense qu’il est essentiel de s’initier un minimum aux langues bibliques.

Qu’est-ce que s’initier aux langues bibliques ?

Tous les chrétiens n’ont pas besoin de devenir « bilingue » en hébreu, en araméen ou en grec. Je pense que le niveau d’apprentissage nécessaire dépend des fonctions de chacun. Pour un théologien, par exemple, il est indispensable de savoir au moins lire « dans le texte » (c’est à-dire le comprendre) l’hébreu et le grec bibliques. Pour les non-théologiens, cela est moins nécessaire.

En revanche, il me semble que chaque chrétien devrait au moins s’initier à ces langues, c’est-à-dire être capable de lire le texte (déchiffrer les mots sans forcément les comprendre) et connaître les notions grammaticales de base (les temps, etc.)

Pourquoi s’initier ?

Cette connaissance minimum permettrait d’éviter quelques erreurs d’interprétations qui engendrent parfois des doctrines théologiques particulières. En effet, certaines doctrines sont tout simplement fondées sur des erreurs linguistiques que l’on pourrait éviter si on connaissait un minimum les langues bibliques.

Par ailleurs, cela permet aussi de comprendre certaines subtilités de ces différentes langues et de mieux apprécier les nuances du texte biblique.

Les particularités de l’hébreu

Le texte biblique hébreu par exemple est écrit sans voyelle, sans séparation entre les mots, ni ponctuation. Par ailleurs son système verbal n’est pas le même que les langues indo-européennes, il n’existe pas de « passé/présent/futur », mais il réfléchit plutôt en terme d’accompli/inaccompli.

De ce fait, plusieurs lectures différentes sont souvent possibles. J’aimerais illustrer cela avec un exemple tout simple en comparant deux traductions françaises d’un même texte.

                                                 Proverbes 10 : 22
Traduction Louis Segond Traduction du Semeur
« C’est la bénédiction de l’Éternel qui enrichit, et Il ne la fait suivre d’aucun chagrin. » « C’est la bénédiction de l’Eternel qui enrichit, et toute la peine qu’on se donne n’y ajoute rien. »

Comme vous pouvez le constater ces deux traductions ont un sens très différent. La première partie du verset est identique, il est dit que c’est la bénédiction de l’Eternel qui enrichit. Mais la seconde partie est différente.

Dans la première traduction, on nous dit que l’Eternel ne fait suivre cette bénédiction d’aucun chagrin, tandis que dans la seconde traduction, on nous dit que les efforts humains ne peuvent rien ajouter à la bénédiction de l’Eternel.

Qui a raison ? Pourquoi une telle différence ? En réalité, les deux traductions sont possibles. Il s’agit du même texte hébreu compris différemment par les deux traducteurs.

Comment s’initier ?

Après avoir vu l’utilité de s’initier à ces langues. Il faut maintenant se demander : comment le faire ? On peut bien sûr prendre des cours dans des établissements ou acheter des méthodes d’auto-apprentissage.

Toutefois, dans cet article j’aimerais vous faire découvrir une troisième option : gratuite et facilement accessible : les cours en ligne de Michaël Langlois, qui est maître de conférence à la faculté de théologie protestante de Strasbourg et spécialiste de Qumran.

Dans cette première vidéo, vous découvrirez l’histoire de l’alphabet et apprendrez à tracer les lettres. Les autres vidéos, que vous pourrez trouver sur sa chaîne Youtube , vous permettront d’acquérir progressivement les bases de l’hébreu biblique. Il faut signaler, pour les plus avancés, qu’il propose aussi des ateliers de lecture.

Ce que je vous conseille personnellement, c’est de réserver chaque semaine un créneau fixe (le samedi ou le dimanche par exemple) pour regarder une leçon (qui dure 2h environ) puis ensuite de réviser cette leçon chaque jour 15 ou 20 minutes. Cela vous permettra d’assimiler efficacement ces nouvelles connaissances, sans constituer pour autant une surcharge excessive de travail.

Dans un prochain article, je présenterai du matériel complémentaire pour travailler les langues bibliques.

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A propos David Vincent 300 Articles
Né en 1993, David Vincent est chrétien évangélique et doctorant en sciences religieuses à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (#GSRL). Ses recherches portent sur l’histoire de la théologie chrétienne et de l’exégèse biblique, les rapports entre théologie et savoirs profanes, et l’historiographie confessionnelle. Il est membre de l’association Science&Foi et partage ses travaux sur son blog et sa chaîne Youtube.